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LOUIS CROMMELIN
IRLANDAIS DE France
PAR H. Alfred BELL
Président de la Commission linière de France.


En l’an 1653, naquit à Armancourt , près de saint-Quentin (Aisne ) , Louis Crommelin , dont les ancêtres furent pendant 500 ans , agriculteurs et producteurs de toile de lin dans cette belle région picarde.. Il était l’aîné de quatre fils tous hommes d’affaires accomplis et énergiques.

L’incontestable influence de Louis Crommelin sur le brillant avenir d’une grande industrie Linière Amie : celle de l’Irlande du Nord , vaut la peine d’être contée .

La rédaction de cet article a été facilité par M.Alfred S.Moore de Belfast qui m’a autorisé à utiliser des extraits de deux livres intitulés : « LINEN » qu’il écrivit vers 1910 et en 1922 ) celle de Sir Milne Barrour de Hilden ‘ qui a bien voulu me faire parvenir plusieurs photographies et documents illustrant ce texte ) par les articles parus dans le « Lisburn standard « et le « Belfast Telegraph » en juillet 1950 et par la documentation précise de « cahiers CIBA » de Bâle.

L’intolérance religieuse de Louis XIV, qui en 1685 révoqua l’Edit de Nantes promulgué en 1598 par Henri Iv , eut pour effet de transformer plus de 500 000 français industrieux , en exilés des rive de France et de les contraindre à s’éparpiller dans le sein d’autres nations européennes dont la Grande-Bretagne , laquelle leur ouvrit grandes ses portes .

Un important nombre d’entre eux s’établirent à Lis-Na –Garvagh ( aujourd’hui dénommé Lisburn à 14 km de Belfast dans la province de l’Ulster en Irlande du Nord . Dans leur pays natal ce huguenots étaient spécialisés l’industrie de la soie ( l’importante affaire britannique de soie « Cour « est également d’origine huguenote ) mais ils étaient surtout dans celle des Toiles fines en Lin.

Dès leur arrivée dans leur nouveau pays , ils se mirent au travail et communiquèrent à leur entourage l’énergie et l’habileté qu’ils avaient l’habitude de rencontrer en France en des temps encore troublés . Ces efforts furent dispersés pendant quelques temps et il leur manquait des directives de coordinations qu’ils reçurent peu après. Pendant plus de deux cents ans et jusqu’à la fin du XVIIe siècle , les Pays-Bas avaient acquis une réputation de premier ordre dans la production des belles toiles de Lin et leurs toiles blanchies à Haarlem étaient à l’époque les plus belles d’Europe. Il est donc assez surprenant de constater que ce fut un prince hollandais qui facilita les débuts de l’Industrie Linière d’Irlande avec le concours fort efficace d’un Français . WILLIAM HENET DE NASSAU , Prince d’Orange troisième stadthalter des provinces Unies des Pays-Bas portant c nom , épousa Marly , une fille de James II, Roi d’Angleterre sous le nom de WILLIAM III, il eut la difficile tâche de soutenir les intérêts des Pays-Bas conjointement à ceux du Royaume-Uni . Ces intérêts étaient loin d’être similaires et il arriva que lorsque WILLIAM III prit contact avec Louis Crommelin , il décida des mesures peu favorables à l’avenir de l’Industrie Linière Hollandaise.

Sa réputation d’intégriste et d’homme d’affaire très intelligent étant parvenus jusqu’au Prince d’Orange c’est sur sa demande personnelle du Roi WILLIAM III que Louis Crommelin quitta les Pays-Bas et se rendit à Londres où le souverain très impressionné par sa personnalité et son sne commercial lui confia la mission « d’organiser , de diriger et de faire progresser en Irlande » ce qui n’était alors que l’embryon d’une industrie linière mais dont le Prince d’Orange avait constaté les premières possibilités lors d’une de ses campagnes dans l’Ile Verte. WILLIAM III semble avoir été un grand administrateur de tissus de lin . A la récente exposition rappelant la vie de ce Souverain , qui a eu lieu au Victoria and Albert Muséum Londres , l’on pouvait voir une chemise en lin portait par lui au moment de sa mort.

Cédant aux désirs du Roi ; quoique regrettant sa vie dans la paisible Hollande , ce n’est donc qu’en 1689 , quatre ans après l’arrivée des premiers huguenots à Lisburn que Louis Crommelin se joignit à cette colonie française et en devint le chef. Il se fit accompagner par 25 familles huguenotes jusqu’alors réfugiées aux Pays-Bas.

Dès son arrivée , il fut très impressionné par les vertes prairies d’Erin et en les parcourant ce penseur les voyait sans doute déjà couvertes de Lin portant de délicates fleurs bleues . En homme pratique et prévoyant , le premier travail fut mené à bien par les réfugiés eux-mêmes. Un pasteur huguenot fut nommé. le premier était le Rév . M. de la Valades, beau-frère de Crommelin le nouveau « directeur des Manufactures Royales de Toiles d’Irlande « car tel était son titre , fit venir petit à petit des Pays-Bas , plus de mille métiers à tisser de modèles très perfectionnés alors inconnus en Irlande. Ces métiers éclipsèrent rapidement les moyens très primitifs existant alors pour tisser la toile . En effet l’auteur SACHERVYL , écrivit que vers cette époque l’industrie linière irlandaise « n’était que d’importance infime , ce qui était produit l’était seulement dans la Nord par des personnes complètement ignorantes du coût de production et de prix de revient de la culture du lin, de sa filature et de blanchiment de la toile et aussi complètement étrangers à l’emploi de métiers à tisser et autres ustensiles nécessaires à un travail normal » Louis Crommelin introduisit en même temps que ces nouveaux métiers à tisser une précieuse innovation sous la forme de rouets hollandais à filer le lin , de forme et de rendement également inconnu des irlandais .

En effet avant l’arrivée des réfugiés français , le fuseau et la quenouille tels qu’ils étaient utilisés par les Grecs dans les temps classiques étaient les seuls outils employés par les Irlandais pour filer le lin. Les nouveaux rouets permirent de produire un fil de lin plus uniforme et de qualité très supérieure à ceux produits jusqu’alors et en qualités supérieures .

Le tissage de la Toile jusqu »à cette révolution industrielle était essentiellement de caractère domestique dans tous ses détails : les fermiers cultivaient le lin sur leurs propres terres ,, la paille était rouée et teillée par eux , leurs filles et domestiques filaient le lin et leurs fils le tissaient <<<<<<<< ; quant au blanchiment , il était fait très primitivement sur les champs par les mêmes personnes. Louis Crommelin enseigna d’abord aux paysans de meilleures méthodes de culture du lin les soieries, à donner à la paille et à la filasse , construisit les premiers ateliers de tissage en collectivité et après de nombreuses difficultés fonda la première blanchisserie entourée de grandes prairies pour l’étendage régulier des toiles , laquelle fut inaugurée en 1791 à Haden près de Lisburn . Quelques années avant sa mort , un décret royal assurait à Louis Crommelin une somme de 500 livres sterling par an payables pendant 12 ans laquelle représentait l’intérêt sur la capital de 10 000 livres sterling qu’il avait investi à ses risques et sur ses propres ressources pour le développement de l’industrie du Lin en Irlande .

En plus de cette somme une rente viagère de 300 livres sterling lui était allouée personnellement ainsi que 130 livres pour le salaire de trois de ses assistants principaux et 60 livres pour les émoluments d’un pasteur français. Louis Crommelin voulant assurer l’avenir de son fils Louis qui était en mauvaise santé demanda et obtint du Gouvernement de reporter ce viager sur la tête de ce fils Celui-ci mourrut en 1711 à l’âge de 30 ans et la rente viagère ne fut pas rétablie au nom du père . Il est probable que la veuve Anne , alors au pouvoir , n’était pas disposée à continuer les libéralités de son beau-frère WILLIAM III.

Louis Crommelin mourut comparativement pauvre de fortune le 17 juillet 1727 , âgé de 75 ans , laissant derrière lui sa femme et une jeune fille . Il fut enterré à Lisburn dans le pourtour de la Cathédrale de cette ville . Lors du deuxième centenaire de sa mort , en 1927 , de nombreuses personnalités linières hollandaises déposèrent sur sa tombe la reproduction en fleurs d’un rouet hollandais .

Sur la photographie de cette tombe reproduite ci-contre , une partie de l’inscription sur la pierre a été effacée par les intempéries et l’on ne peut y lire que cette relative à la mémoire de son fils : » A six pieds d’ici , repose Louis Crommelin né à Saint-Quentin (France ) seul fils de Louis Crommelin , Directeur de la Manufacture de Toiles , qui mourut aimé de tous le 1-7-1711. Je suis heureux de pouvoir reproduire la photographie d’un vitrail qui a été tout récemment offert par Sir Milne Barrour à la Cathédrale de Lisburn . Dans ce vitrail , inauguré en juillet 1950,n figure parmi d’autres célébrités , Louis Crommelin. Il semble étonnant qu’à Belfast même, , centre de la Grande Industrie Linière Irlandaise , où de nombreuses statues rappellent les bienfaiteurs de cette industrie , aucune ne rende hommage à la mémoire de celui qui en fut le véritable fondateur .

Le « Belfast Telegraph » écrivait le 18 juillet 1950 : « Sous Louis Crommelin furent posées les fondations de l’industrie « Linière Irlandaise, laquelle fit connaître dans le monde entier la grande renommée de l’Irlande du Nord.3 Quelques jours avant, le 14 juillet 1930, le Lisburn Standard » écrivait : « L’histoire acclame Louis Crommelin, le réfugié huguenot, comme le plus grand bienfaiteur de l’Irlande et ce titre est certainement justifié .Crommelin fut bien le « Père « de l’Industrie Linière Irlandaise .

Rendons hommage à ces déclarations impartiales ; Trois dénominations de toiles fines , employées à ce jour par les tissages d’Irlande décèlent leur origine française :
CAMBRIC (baptiste ) origine : Ville de Cambrai
DIAPER (œil) : Ville d’Ypres
LAWN (linon ) : Ville de Laon.

Vers 1700, peu de temps donc après l’arrivée de Louis Crommelin en Irlande , les exportations de tissus de Lin, d’après d’anciennes statistiques , se chiffraient entre 200 et 300 000 yards annuellement et atteignirent à la fin du XVIIe siècle entre 30 et …. 40 000 000 de yards.

D’après d’autres statistiques l’on relève une intéressante progression des exportations de toiles de lin d’Irlande au cours des :
Année 1700 Exportations d’une valeur de 6 000 livres sterling
1705 24 000
1720 100 000
1741 600 000
1825 2 893 000

Il semble donc incontestable que ce fut bien sous l’influence directe , par l’intelligence et le travail acharné de l’exilé français que l’Industrie Linière Irlandaise de peu d’importance en 1700 , prit son premier essor . Grâce aux initiatives intelligentes et au travail opiniâtre des Irlandais et d’éléments Ecossais qui vinrent s’installer en Ulster , elle devint par la suite la très importante Industrie actuelle qui en 1948 , sous la bannière de The Irish Linen Guild , exporta plus de 33 000 000 de livres sterling de fils et d tissus de lin.