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F-Chapter 01
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L’ESPION DE LA REVOLUTION FRANCAISE
CHAPITRE PREMIER
Etat de la France avant la Révolution
La plus parfaite des monarchies de l’Europe, la monarchie française, était dégénérée par une multitude d’abus, au point de nécessiter un autre ordre de choses.
Elle était tellement défigurée, qu’un chef ambitieux et altier pouvait sans peine atteindre au despotisme. Louis XV en avait fait la tentative dans un lit de justice, lorsqu’il dit : « Nous ne tenons notre couronne que de Dieu ; le droit se faire des lois appartient à nous seuls , sans dépendance et sans partage
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Cette phrase trouva des contradicteurs, donna lieu à des écrits politiques, et fit désirer une réforme. Qui ramenant la monarchie et ses vrais principes ; fixât le sort des Français. Le roi ne gouvernait plus l'état, c'était la cour ; par conséquent, l’intrigue. Les ministres étaient investis de l'autorité souveraine, et l’on ne peut nier que plusieurs (1) exerçaient, au nom du roi, des actes tyraniques. Les parlements étaient sans cesse aux prises avec le monarque : ce qui donnait des secousses violentes à l'état, et montrait le besoin d'en assurer les bases. La féodalité pesait trop sur les vassaux ; les privi1èges écrasaient le peuple (2). Les intendants gouvernaient la France à la manière des bachas en Turquie. Les prêtres avaient trop d'influence sur les actes ; (la Révolution a prouvé qu’il y avait parmi eux, beaucoup de scélérats (3.). La vénalité des charges
(1) Lavrillere donnait froidement des lettres de cachet; on sait que l’emprise Madame Sabatin avait sur lui (2) Chaque nouveau noble donnait lieu à une répartition nouvelle car la radiation d’un imposable ne diminuait point la somme taxée pour tel canton. (3) Amar, Joseph Lebon, étaient des prêtres.
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mettait la fortune, l’honneur, la vie des citoyens, dans les mains de l’inexpérience ou de l’ignorance.
La dette nationale, produite originalement par les guerres de Louis XIV, depuis par celle de Louis XV et ses dissipations, était portée à son comble ; l’état ne subsistait que par des moyens qui aggravaient le mal, affaiblissaient ses ressorts, et usaient complètement ses rouages.
Louis XV avait convaincu que son royaume était mal gouverné ; mais regardant les maux de la France comme incurables, il s’étourdissait sur l’état des finances, et détournait dans le sein des plaisirs, les inquiétudes qui pouvaient empoisonner sa vie.
La convocation des Etats Généraux était un remède, mais ce prince en connaissait le danger ; mais, il voyait la difficulté de rendre des comptes ; mais il savait qu’il ne portait plus le titre de bien aimé, depuis que ces goûts l’avaient empêché de regarder ses sujets comme ses enfants ; ils sentait qu’il était sur un volcan, et qu’une révolution ébranlerait son empire ; ses vœux se bornaient à ne pas en être le témoin.
Cependant Louis XV avait une espèce de
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politique, celle d’entretenir plusieurs partis pour renverser ceux que l’intrigue poussait près de lui, lorsqu’ils obtenaient une prépondérance trop marquante.
Il avait la certitude que l’honnête homme ne convenait plus ; qu’il ne se présentait que des gens à systèmes, avides de pêcher en eau trouble, sous le prétexte séduisant de rétablir les finances ; ils s’apercevaient très bien que l’on ne mettait, partout, que des étaies qui multipliaient les crevasses ; mais heureux de gagner un peu de temps, il confiait son autorité au premier venu, sans examiner ses facultés morales.
Un de ses ministres (l’abbé Térray) osa imaginer de détruire les tontines, dont presque toutes les actions appartenaient à de pauvres gens qui, pour se précautionner contre les horreurs de la misère dans leur vieillesse, avaient sacrifier le présent à l’avenir ; il viola un engagement sacré, en rendant l’état héritier des accroissements ; il arracha la vigne de Naboth.
En vain les gouvernants voulaient cacher le poids de 150 ans de désordre : en vain ils s’efforçaient de distraire l’attention des français par des loteries, des emprunts : la machine s’arrêtait à chaque instant.
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Pendant ce temps, des écrivains clairvoyants instruisaient le peuple formaient son esprit, et préparaient le levain de la fermentation générale.
TelIe était la situation du plus bel empire du monde, lorsque Louis XVI monta sur le trône de ses pères.
Il était facile au jeune roi de se débarrasser du fardeau énorme que ses prédécesseurs avaient mis sur sa tête, et de commencer une carrière nouvelle, mais par une probité qui caractérisait ce monarque, il aima mieux consentir à l'économie ; borner ses dépenses; s'accoutumer aux privations; faire des réformes dans sa maison ; se livrer à la douce espérance de payer les dettes de ses ancêtres ; s’oublier enfin, pour répandre plus généralement ses bienfaits.
L'avènement de Louis XVI a la couronne fut marqué par des traits frappants de désinteressement et de bienveillance.
Ses premiers actes de souveraineté furent la remise du tribut de joyeux-avènement; l'abolition de la servitude personnelle dans ses domaines; celle de la corvée.
La taille { imposition arbitraire) a été fixée immuablement.
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Il a dégagé la justice criminelle de toutes ses barbaries, comme la torture, qui forçait un malheureux à être témoin contre lui-même. Les protestants étaient persécutés ; ils ont reçu une sauvegarde légale, un état civil, qui les admet aux avantages de l’ordre social.
Louis XVI s’est montré pieux sans superstition, sans intolérance ; il a prouvé que dans l’effervescence de la jeunesse et des passions, environnés d’objets séducteurs, un roi peut, avoir des meurs pures. Il est le seul qui, depuis Charlemagne, ait voulu fonder la liberté publique sur des bases indestructibles, et limiter les bornes de son autorité.
Ce prince, d’une popularité extrême, fut le plus excellent des hommes. Dans le rude hiver de 1788, étant sorti seul, il vit un chantier de bois, aborda ceux qui le gardaient, et en demanda la destination. Lorsqu’il sut que c’était pour lui, il le fit distribuer aux pauvres.
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Irréprochable dans sa conduite, la plus austère probité a toujours réglé ses actions.
Jamais il n’a détourné les yeux des besoins de son peuple. On a pu le tromper par les prétextes dont on couvrait les demandes qui lui étaient faites ; mais, lorsqu’il était question de ses affaires ou de ses goûts personnels, ses réponses étaient toujours : Il n’y a rien de pressé pour moi ; s’il signait quelque chose qui le regardât, il écrivait : Bon, à condition que cela n’occasionnera pas de nouvelles dépenses (1).
Dans l’état affreux où était le royaume, il était impossible que Louis XVI suive l’impulsion de ses vertus. Né pour être chef d’un peuple heureux, il ne régnait point, parce que le gouvernail de l’empire était brisé.
La noblesse, le parlement, le clergé, souvent divisés par l’ambition ou l’intérêt, entendaient gronder un violent orage sur leurs têtes ; ils voyaient les progrès effrayants de la philosophie, et par suite, les points de distance se rapprocher ; alors ils sentirent qu’ils ne pouvaient se soutenir qu’en s’emparant des avenues
(1) Voyez l’avertissement de la description du livre rouge, signé Camus, Goupil de Prefeln
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du trône ; alors ils s’entendirent pour tromper le meilleur des rois, et le rendre l’instrument de leur despotisme ; mais ils creusèrent plus profondément l’abîme entrouvert sous leur pas. La dette publique s’accroît, d’une part, par la guerre de l’Amérique, qui depuis 1777 jusqu’en 1783, a coûté 733 millions de l’autre, par les dépenses énormes qu’il fallut faire pour établir une marine capable de résister aux vues ambitieuses de l’Angleterre. Une jeune reine assise sur le plus brillant trône d l’univers, entourée de flatteurs qui la séduisent, qui la trompent ; de vampires qui la tourmentent, de ministres, de mauvaise foi, qui lui montrent les sources où elle peut puiser.
Cette jeune reine, sans expérience, remplie de générosité, se laisse aller aux mouvements de son cœur, et contribue (sans s’en douter) au dépérissement total des finances. A mesure que les embarras publics augmentaient, la cour était plus sévèrement examinée.
On accusait la reine de piller les trésors pour les faire passer à son frère l’Empereur ; on calculait les dépenses du comte d’Artois ; l’acquisition de St Cloud , la bâtisse du petit Trianon, etc., furent qualifiés de profusions
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inutiles; la malheureuse affaire du collier fit succeder l'indignation a la plainte.
Monsieur ne jouait absolument aucun rôle, et c’est une sagesse très remarquable ; car il était connu pour être instruit dans les arts, les sciences et la littérature. Le duc d’Orléans voulut posséder la charge de grand amiral ; il se fit marin, et ne montra point au combat d’Ouessant des qualités guerrières.
On destina cette charge de grand amiral au fils aîné du comte d’Artois ; le duc aigri, cessa de paraître à la Cour. Il lui fut proposé de marier sa fille aînée avec le fils aîné du comte d’Artois ; le duc de Penthièvre devait donner sa charge de grand amiral contre la dot de sa fille : tout fut accepté, d part et d’autre ; cependant le mariage ne se fit point ; alors le duc d’Orléans se montra l’ennemi du roi, et soupçonnant la reine d’avoir sollicité cette rupture, il chercha à la rendre odieuse par les plus infâmes libelles. Voilà la cause réelle des grands crimes de la révolution.
L’Amérique révoltée était nouvellement séparée de l’Angleterre par le secours insensé de la France.
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Chatam (imitant le père d’Annibal) venait de laisser à son fils Pitt sa haine contre les français ; ses talents et sa politique. Le peuple, absolument corrompu par l’esprit philosophique, n’avait plus de morale publique.
La cour n’était composée que de parvenus qui se partageaient les trésors de la France ; les besoins journaliers étaient une mine féconde pour les capitalistes ; ils prêtaient des fonds, mais à condition qui faisaient tomber l’état dans le marasme. L’influence du clergé tenait à la religion, et la religion n’était plus respectait ; les évêques, les abbés, au lieu de soutenir la dignité de leur état par une grande austérité de mœurs, vivaient à Paris et prouvaient qu’ils avaient les mêmes passions que les autres hommes. Ce qui jeta l’encensoir dans le mépris.
La balance de Thémis était devenue celle de l’intérêt et de la faveur ; les courtisanes jugeaient plus de procès que la justice. Les parlements dans lesquels se trouvaient un grand nombre d’égoïstes, s’embarrassaient peu que la France chancelât, pourvu qu’ils fussent exempts d’impôts. D’Orléans, poussé par sa haine contre la famille royale, était à la tête d’une foule
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d’écrivains qui minaient sans cesse le gouvernement et l’autel. Il fallait à Pitt un conspirateur d’un grand poids : il le trouva dans ce prince qui sans cesse allait de Paris à Londres, pour y chercher des plaisirs et tramer des vengeances.
La paix de l’Amérique avait ramené en France une multitude d’aventuriers, attachés au char de Lafayette ; ils avaient rapportés des Etats-Unis, l’amour de l’indépendance et des idées philanthropiques puisées chez les quakers à Philadelphie.
Les grands noms de fraternité, d’égalité, de tyran, entraient sans cesse dans leur conversation. Ils brûlaient du désir de quakériser les français, sans considérer qu’il ne faut pas aller chercher des usages à deux milles lieues de chez soi.
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