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F-Chapter 04
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L’ESPION DE LA REVOLUTION FRANCAISE CHAPITRE IV Les Etats Généraux se constituent assemblée nationale ; proclamation du roi pour les suspendre, fermeté du président ; le roi se rend à l’assemblée ; extrait de son discours ; il annule l’arrêté qui constitue l’assemblée Nationale, et rétablit les trois ordres constitutifs ; effet de cet acte ; organisation d’une armée près de Paris ; portrait du Duc d’Orléans ; plusieurs traits de bonté ; comment il s’est perverti.
Le 17 juin 1789 ; les pouvoirs étant vérifiés, le tiers-états ( fortifiés par quelques curés), s’en embarrasser du clergé et de la noblesse, prononça le serment de remplir ses fonctions, et se constitua assemblée nationale ; par conséquent le tiers-état est devenu seul responsable du sort de la France, maître absolu, par cette victoire su la cour, par l’impuissance
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de ses adversaire, par la force même qu’il se tenait dans ses mains. Cette époque était frappante ; il pouvait faire le bien, établir l’ordre public, fonder un gouvernement heureux sous un roi souple et d’un caractère humain.
Le raisonnement fit place aux idées romanesques ; il gouverna sans boussole. Le premier décret fut que les contributions non arrêtées par l’assemblée, cesseront dans toutes les provinces. Quel génie désorganisateur a pu dicter une pareille loi ? C’était arrêter le balancier de la machine : il fallait être fou pour en ordonner la promulgation.
L’archevêque de Paris vint se jeter aux pieds du roi ; il lui prophétisa le renversement de son trône, s’il souffrait que cette assemblée nationale envahit un pouvoir dont il était impossible de calculer les bornes : il lui représenta qu’il pouvait, qu’il devait dicter sa volonté suprême, et prévenir les insurrections par une armée nombreuse à ses ordres. On sut la démarche du prélat ; la bas peuple fut mis au courant, et l’archevêque reconduit à coups de pierres ; et il est certain que sans l’adresse de son cocher , la bonté de ses chevaux , il aurait été la première victime.
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Au milieu de ces circonstances, le roi devait se montrer : il le fit, mais non pas de la manière qui convenait à la circonstance. Le monarque très embarrassé ne savait pas quel parti prendre. Il tint un conseil à Marly, où M. Necker développa le plan d’une séance royale, qui fut approuvé. Tout était d’accord, lorsqu’un officier vint à parler à l’oreille du roi. Sa majesté se leva, revint une demi-heure après, avec des intentions opposées au plan projeté. Qui pouvait faire lever le roi ? la reine seule avait cet empire, et elle était obsédée. La réunion des ordres, si nécessaire dans ce moment, fut manquée, et cet événement doit se mettre au rang des plus grandes fautes.
Le 20 juin, le monarque annonça une proclamation, que les travaux des Etats Généraux étaient suspendus, et qu’il ouvrirait. Le 22, une séance royale. Alors, on ferma les portes de l’assemblée : Bailly, président, obtint la permission d’y prendre quelques papiers, puis, invitant ses collègues à le suivre, il les conduisit dans un jeu de paume, là les têtes s’exaspèrent ; là, se fit le fameux serment de ne jamais se séparer et de se rassembler partout où les circonstances l’exigeraient, jusqu’à ce que la régénération du royaume soit établie sur des bases solides.
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Le 21, des joueurs de paume vinrent traverser le tiers-état : ce qui le forçat de se transporter à l’hôpital Saint-Louis : là une grande partie du clergé se réunit à lui. C’était une révolte alors ; mais l’opinion publique donnait une grande force aux factieux, et les cris de Vive le tiers-état, par la populace, augmentait leur hardiesse. La séance royale annoncée pour le 22, n’eut lieu que le 23. Le roi y a apparut avec l’appareil ordinaire des lits de justice. Il y fit lire un discours dont l’objet était de conserver les trois ordres, d’annuler l’arrête par lequel le tiers- état s’était constitué assemblée nationale. « Si vous m’adonnez dit-il, je ferai seul le bien de mon peuple, seul je me considérerai comme représentant , se connaissant vos cahiers , connaissant l’accord parfait qui existe entre le vœu le plus général et mes intentions bienfaisantes, j’aurai toute la confiance que doit inspirer cette harmonie. »
Le rois sortit, accompagné par la noblesse et du haut clergé, après avoir prononcé ces mots : Je vous ordonne, Messieurs, de vous séparer et de vous rendre demain matin chacun dans vos chambres pour y reprendre vos séances. Le tiers-état parut pétrifié mais il resta dans
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la salle. On députa le grand maître des cérémonies, pour lui intimer l’ordre de se retirer sans délai.
« Apprenez, dit Bailly, président, que les représentants du peuple ne reçoivent point d’ordre ; au reste je vais prendre ceux de l’assemblée que j’ai l’honneur de présider. Mirabeau ajouta : » Vous n’avez ici ni place, ni voix, ni droit de parler, vous ne pouvez être l’organe du roi auprès des Etats Généraux. ; je vous préviens que nous ne quitterons nos place qu’en présence des baïonnettes. Aussitôt l’assemblée décrète qu’elle persiste dans ses arrêtés, et déclare les députés inviolables.
Du 24 au 26, il y eut une réunion assez considérable. Le 26, la populace se remua beaucoup. Le 27, le roi enjoignit la réunion totale ; la noblesse voulut encore opiner par ordre ; mais l’assemblée trancha la difficulté. Paris se trouvait cerné par une armée formidable, commandée par le maréchal de Broglie ; elle était composée de troupes étrangères ; et il est certain que le roi pouvait tout. On disait assez publiquement à Versailles, que le roi allait partir pour Metz ; que dans
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cette place forte, il ajournerait les Etats Généraux ; et l’on ne manqua pas d’ajouter à ce projet celui des milles vengeances.
Le moment était favorable pour aigrir le peuple ; Paris manquait de vivres, et l’inquiétude était générale. La nation attendait avec empressement la réforme des abus dans l’administration des finances ; que fit l’assemblée constituante ? Elle s’occupa d’une constitution politique avant de penser à l’objet de sa mission ; elle laissa la mal s’y aggraver, au lieu d’y apporter remède, ele en fit plus, elle mit toute la circulation de l’état en stagnation. Pendant ses moments si précieux, d’Orléans rassemblait dans les jardins de son palais beaucoup de brigand, pour ébranler la multitude ; car ceux qui lui étaient dévoués, savaient que le début d’une révolution est toujours le massacre.
Ce prince a joué un trop grand rôle dans la révolution, pour me dispenser de donner ici une idée de ses qualités personnelles, tant physique que morales. Il fut élevé par un père vertueux, et ses instituteurs furent très bien choisis.
Au dessus de la taille ordinaire, on peut
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dire qu’il était, par ses formes, un très bel homme ; dans sa jeunesse il avait une physionomie charmante ; à cet extérieur il joignait de l’esprit, des connaissances une manière de s’exprimer noble et agréable ; mais il avait de la causticité, et visait à l’épigramme.
Il n’était pas né méchant ; en voici la preuve. Ayant involontairement blessé un des ses jockeys, on le vit pleure amèrement. Il donna l’ordre de mettre du fumier sous les fenêtres du blessé, pour que le bruit et l’ébranlement ne l’incommodassent pas ; s’étant aperçu que l’on ne l’avait pas fait, il entre dans l’écurie, prend une fourche et place lui-même le fumier ; pris sur le fait par quelqu’un de sa maison, il défendit expressément que l’on parlât de sa bonté.
Un autre de ses jockeys se noyait ; le duc, bon nageur, se jette à l’eau et le tire du danger. Le jockey, à genoux, le remercie de lui avoir sauvé la vie : « Mon ami, lui dit le prince en le relevant, la seule chose que j’exige de la reconnaissance, c’est de te faire couper les cheveux plus courts, pour que j’aie moins de peine à te sauver, si le même accident t’arrive en ma présence. » A manie du duc, cependant, était de
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paraître dur ; il n’aimait ni qu’on le surprît dans un acte de sensibilité, ni qu’on fit l’éloge de son cour.
Fastueux dans les grandes occasions, personne n’était plus simple dans ses vêtements ordinaires, ni plus affable dans le commerce familier. Malheureusement il se livra à la mauvaise compagnie, fut entraîné dans la crapule, prit un ton malhonnête, et affecta un certain cynisme dans la débauche.
Alors sa figure se bourgeonna, le vice mit son cachet sur son âme comme ur son visage, et il devint le plus méprisable des hommes.
Il n’est point probable qu’il eut jamais le désir d’être roi ; son caractère ne se prêtait point à cette espèce d’ambition ; mais je crois que ses courtisans le désiraient, et s’accordaient avec le ministre anglais, pour changer la branche régnante des Bourbons, évènement cru, par Chatam, nécessaire à la domination absolue de l’Angleterre sur les mers (1). Je
( 1) Un fait prouve que l’Angleterre était mal disposée pour Louis XVI ; an mai 1789 , les Anglais avaient une surabondance de grains ; le roi en demanda 20 000 sacs ; Pitt s’opposa à ce qu’ils fussent livrés. Mais après l’insurrection du 5 octobre, il en fit la remise au duc ; cependant le peuple Anglais, plein de mépris pour d’Orléans, le forçait à crier, en public, God save the King ; ce qui veut dire, Dieu bénisse le, roi.
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crois que d’Orléans consentait pas faiblesse à tout ce qu’on lui proposait, et que par faiblesse encore, il rompait toutes les mesures. Il était trembleur, et d’une timidité excessive : ce n’est pas là le caractère d’un factieux : on le faisait agir, voilà le vrai (1). Je suis bien loin d’être l’apologiste de ce prince ; il fut un monstre mais on a amplifié ses crimes ; l’histoire de sa conjuration est fausse (2).
(1) Dans les circonstances décisives, toujours il s’est conduit avec impulsivité. (2) L’assassinat de Pinet, dans la forêt du Vésinet, et le vol de son portefeuille sont des faussetés.
Pinet s’est donné, lui-même, un coup de pistolet, il fut pansé par le dénommé Daran, chirurgien, que j’ai connu ; le coup n’était point derrière la tête ; quand au portefeuille, une dame de Paris avait remis , le veille, une grosse somme d’argent, elle vint la réclamer ; Pinet indiqua le lieu où était le portefeuille, il n’y était plus ; mais sa famille, alors pauvre, a vécu alors avec faste ; ces faits sont publics. L’auteur de la conjuration de Louis Philippe d’Orléans dans une multitude de circonstances, s’est écarté de la vérité, en voulant tout faire cadrer avec son système ; Il dit, volume deuxième, page 131, « D’Orléans se crut tellement le chef de la nation française, qu’il fit toutes les dispositions nécessaires pour qu’au moment où ils monterait sur le trône, les armoiries de sa branche prissent, partout, la place de celle de la branche aînée des Bourbons . » Ce raisonnement est très mauvais ; les branches cadettes portent dans leurs armes, un lambel.
Etait-il probable que d’Orléans, voulant régner, en mis dans ces armes. Les mots Vive d’Orléans, écrits sur les plaques, dont l’auteur de la conjuration parle, prouvent que d’Orléans pouvait désirer d’être lieutenant- général du royaume, mais non roi de France.
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Le duc d’Orléans était un homme sans morale, susceptible de la plus haute haine, capable de se livrer à tous les excès de la vengeance ; il fallait qu’il fût ainsi pour remplir les vues de ceux qui le gouvernaient, et ils s’entendait parfaitement pour détruire les idées de vertu qu’il puisait dans la société de son épouse.
L’occasion d’humilier le roi, la reine et toute la cour , qui le méprisait lui parut une circonstance heureuse ; il trouva des adulateurs, des intrigants portés à le seconder, et s’aveugla au point de ne pas s’apercevoir qu’il était à la fois l’instrument dont on se servait pour payer les insurrections, et l’espoir sur lequel une horde de scélérats établissait sa fortune (1 ) .
(1) Ainsi, quand je parlerai du duc d’Orléans, je désignerai, en même temps , les brigands atroces qui le dirigeaient.
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