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F-Chapter 05
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CHAPITRE V Premieres manœuvres du duc d’Orléans pour être lieutenant général du royaume ; on commence à atténuer l’autorité royale ; les villes, les campagnes se couvrent de brigands ; ils allaient incendier, de la part du roi, assassinat divers, flagorneries des députés ; Necker est renvoyé ; insurrection à cet égard.
Le génie des français était de faire beaucoup de réformés, on en avait besoin ; mais l’esprit destructeur s’empara des membres qui avaient le plus d’influence, et cet esprit dirigea presque toutes les opérations.
Jamais il ne parut de plan qui eût pour base l’amour du bien public.
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Le roi était de bonne foi ; il désirait lé régénération de son empire ; son économie, une probité stoïque et des mœurs pures, le rendait le monarque qu’il fallait à la France pour l’opérer. Mais le tiers- états venant de vaincre la noblesse et le clergé, voulait encore humilier la royauté.
En vain Louis XVI doubla les députés du tiers-états ; en vain il chercha à concilier les difficultés ; en vain il réduisit sa dépense ; en vain il opéra la réunion des ordres qui étaient en état de guerre (1) ; quelque chose qu’il fît, il ne put réussir à plaire, on ne lui sut gré de rien.
Il existe un fait bien étrange, c’est que l’insurrection du 14 juillet, dont nous parlerons avec détails, avait été arrêté p Assy par le parti d’Orléans, et c’est que les articles de la conspiration se distribuait publiquement au Palais Royal, alors on prodiguait aux soldats
(1) Je ne puis taire une anecdote fort singulière. Lorsque le roi eut donné gain de cause au tiers-état, en rentrant dans sa chambre, il trouva le portrait de Charles 1 er ; il l’examina quelques minutes, et dit : « Je vous entends , mais la chose est faite. » (probablement c’était une miniature).
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l’argent, on enseignait aux prostituées l’art de se corrompre ; on jetait par les fenêtres des paquets d’argent, avec ces mots : Soyez des nôtres, l’argent ne vous manquera pas. Le Palis Royal était un volcan d’où sortaient des feux qui embrassaient la France. Le plus grand nombre des gardes français fut corrompu par le nommé Valadi, ancien officier du corps. Mais voici les articles de la conjuration de Passy :
« Il y aura une insurrection générale à paris et dans les provinces, et l’on profitera du mouvement pour, proclamer d’Orléans lieutenant général du royaume. »
« On opérera une disette totale de pain, pour rendre le roi odieux et obliger les soldats à prendre les armes. »
« On assassinera Flesselles, prévôt des marchands , Berthier, intendant, Foulon , son beau-père , le comte d’Artois, les princes de Condé, de Conti, de Lambesc, l’abbé Maury, etc. »
« On assassinera quiconque s’opposera à l’accaparement des grains. »
« On pillera tous les châteaux. »
« On massacrera tous les royalistes. »
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A peine, ce plan fut-il arrêté, que les grandes villes furent couvertes de brigands, et les campagnes d'incendiaires. Ils avaient de faux édits et de fausses pancartes qui ordonnaient, de la part du roi de brûler tous les châteaux.
Dans le seul Dauphiné, trois mois après l'assemblée des Etats Généraux, on en comptait trente-six de brûlés et de pillés, à Caen, à Cherbourg, en Bourgogne, au Mans, et partout ailleurs, on exerçait les mêmes atrocités.
Bordier, comédien, fut envoyé à Rouen, où le parlement le fit pendre. Belzunce voulut préserver Caen de la famine ; il fut massacré (1 ) , et on le mangea.
Le maire de Saint-Denis, nommé Chatel, tenta de sauver sa patrie de la famine : il fut mis en pièces (2).
(1 ) Il dit aux femmes, qui le torturaient à coups de couteau : " Laissez faire les hommes, tant de barbarie ne convient pas à notre sexe ".
(2 ) Voici un fait qui prouve que le massacre du maire de Saint-Denis n'était pas l'effet d'une effervescence spontanée. Un paysan rencontre Chatel, et lui demande une prise de tabac, le maire ouvre sa tabatière ; alors le paysan lui dit : " tenez, monsieur le maire, il est aussi qûr que nous jouerons ce soir à la boule avec votre tête, qu'i l'est que je tiens une prise de votre tabac ".
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Lorsque les Etats Généraux, par le conseil de Sieyes, furent convertis en assemblée nationale, sans considérer que le roi n’est qu’un usufruitier de la couronne ; qu’il ne peut enfreindre le serment qu’il a fait à son avènement, d’en soutenir les droits, pour les transmettre à ses successeurs ; on commença contre le vœu du peuple, à les regarder presque comme nul, acte qui brisa l’échelle pyramidale de la subordination, rompit les rapports entre le roi et ses sujets, anéantit le pouvoir exécutif, rendit le corps législatif absolu, et sacrifia l’empire au désordre de l’ochlocratie. On persuada qu’il était nécessaire de soulever le peuple, de recourir au moyen de terreur et qu’il fallait des fédérations patriotiques.
On commença par créer beaucoup de comités, l’un s’appela Comité des recherches ; à sa tête étaient Cochon, Pardieu, Sillery, Voidel, etc. Un autre devait établir les clubs, recruter les sujets, soulever les soldats, le duc de Chartres, Menou, Carra, Sillery et autres en étaient les directeurs, Sieyes était derrière le rideau.
Las anti-orléanistes, Malouet, Virieux et
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Clermont-Tonnerre, voulurent établir des contre clubs, ils ne réussissent pas. A cette époque, on ôta les chaînes des galériens ; on prit des patriotes sur les grandes routes, dans les cachots ; on donna aux uns le bâton municipal ; on employa les autres sur des tréteaux pour pécher la licence. Il était facile de persuader à la vile populace que l’amour de la liberté consistait dans le vol, le pillage $, et que pour être patriote, il ne fallait que devenir scélérat.
Cette doctrine trouva un grand nombre de sectateurs. L’effervescence de Paris, allait toujours en croissant ; l’assemblée était inquiète ; un orage violent grondait sur sa tête : elle prit le parti de flagorner le roi.
Mirabeau lui disait le 9 juillet : « Et comment s’y prend-on, Sire, pour vous faire douter de l’attachement et de l’amour de vos sujets ? avez-vous prodigué leur sang ? êtes-vous cruel, implacable ? avez-vous abusé de la justice ? le peuple vous impute-t-il ses malheurs ? nous nomme-t-il dans ses calamités ? a-t-on pu vous dire que le peuple est impatient de votre joug ? qu’il est las du sceptre
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des Bourbons ? Non, non, la calomnie n’est pas absurde, elle cherche un peu de vraisemblance pour colorer ses noirceurs ».
Le curé Grégoire parlait dans le même esprit. Les fourbes ! à cette époque on enivrait, on soudoyait le héros de la bataille ! Necker avait perdu son crédit à la cour ; on le regardait comme la cause de la situation cruelle où elle se trouvait. Il reçoit l’ordre de sortir sur le champ de la France, et le bruit se répand que d’Orléans va partager son exil.
Il est impossible de rendre la rumeur que cette nouvelle fit naître. Paris était en mouvement, le Palais Royal ressemblait à une ruche bourdonnante. Un groupe considérable se porte chez Curtius, enlève les bustes du duc d’Orléans et de Necker ; les couvre d’un crêpe, et les porte en triomphe, chapeau bas. Un détachement de Royal Allemand arrive ; celui qui portait le buste u duc d’Orléans le laisse tomber dans la boue ; un coup de sabre abat la tête de Necker.
Un orateur propose de proclamer d’Orléans lieutenant général du royaume (1) et Necker
(1 ) Il est bon d’observer que, pendant ce temps, Mirabeau proposait la même chose à Versailles.
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Ministre inamovible. Camille Desmoulins parle en énergumène, le pistolet à la main ; il crie, aux armes ! et propose un signe de ralliement, qui est la cocarde : d’abord elle fut verte ; je dirai bientôt l’époque où l’on prit les couleurs d’Orléans.
Le prince de Lambesc tenta d’arrêter le désordre ; on lui reproche de ne pas avoir assez réfléchi ses moyens ; mais, quoi qu’en dise la calomnie, pouvait-il réfléchir ? Le tocsin sonne la nuit du 13 au 14 ; une multitude d’hommes se trouve réunie sans savoir pourquoi ; on enfonce les boutiques des armuriers, on brûle les barrières,on pille quelques établissements, le tout pour monter les têtes à l’insurrection.
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