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F-Chapter 06

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CHAPITRE VI

Prise de la Bastille, massacre de Launay et de Flesselles, affaire des 11 soldats délivrés des prisons ; délire des Parisiens à ce sujet ; les électeurs de Paris envahissent l’autorité ; d’Orléans se lie à ce nouveau parti ; on force le roi de rappeler Necker ; Louis XVI se rend à l’assemblée ; extrait de son discours ; on exige qu’il aille le répéter à Paris, il y consent ; il est blessé légèrement ; le roi autorise la garde bourgeoise ; il congédie son armée, détruit,, par cet acte, son parti, et se met à la merci de ceux qui veulent sa perte, on commence à lanterner.


Le bruit circule que la bataille est un arsenal rempli d’armes, et qu’il y a un projet de s’en servir à paris. – Il faut s’en emparer, crient aussitôt plusieurs voix ….. oui …. oui ……oui ! Aussitôt 15 ou 20 coupe-jarrets, quelques hommes déguisés en femmes, marchent et sont suivis d’une armée de peuple. Des soldats

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aux gardes offrent de conduire le siège, et la troupe s’organise. On va chercher des armes, du canon : tout était prêt, gargousses, mèches, cartouches, etc. ; on arrive, les curieux deviennent soldats : l’attaque commence.

Launay était gouverneur de cette forteresse (qui avait résister au grand Condé) ; sommé de se rendre, il reçoit une nombreuse députation, feint de capituler, fait lever les ponts, et ordonne le massacre des ambassadeurs de la populace.

Le canon ronfle, on brise les chaînes, les ponts-levis, on escalade ; le fort est enlevé ; le pillage, le massacre en sont les suites. Launay est pris, on le traîne à la place de Grève, et il est assommé au bas de l’escalier de la maison de ville.

Dans les papiers de ce gouverneur, se trouva, malheureusement, une lettre de Flesselles, prévôts des marchands, qui lui promettait des secours ; on vole chez lui, il s’échappe ; un nommé Moraire le tue ; et les deux têtes, placées sur des piques, servent d’étendards aux vainqueurs. Peu après, on massacra Foulon et Berthier. Il résulte, de ce récit, que les

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héros, tant vantés, du 14 juillet(1) , n’étaient qu’un ramas de scélérats ivres, la plupart notés d’infamie, payés par les meneurs de l’assemblée national, du parti d’Orléans. Il est de ces ouragans populaires qui font, en un instant, les ravages de vingt siècles ; c’est ainsi qu’opéraient les Goths et les vandales : on pouvait, avec la même facilité, détruire le Pont-neuf ou le palais des Tuileries.

La vérité est, qu’un pareil mouvement ne pouvait venir du peuple, à qui les lettres de cachet, étaient très indifférentes ;: pourquoi n’a-t-il pas détruit les châteaux de Ham, de Doulens, de Guise et autres ?

La Bastille, considérée comme fort, inquié-

(1) Il est bon de remarquer que cette Bastille, regardée comme un dépôt de victimes immolées à la haine des grands n’offre( par une récapitulation formée sur pièces authentiques) que 300 emprisonnement en 315 années, dont le cours renferme les temps les plus orageux de la monarchie, les guerres civiles, et les règnes des ministres, à qui l’on a reproché les plus grands abus de pouvoirs. Il est notoire que, pendant les premiers mois de la constituante, il a été emprisonné dix fois plus de personnes, arbitrairement, que pendant les 315 années. Le fait est que la Bastille n’a pas été détruite comme prison, mais comme forteresse.

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-tait ; on voulait la détruire, parce que l’on craignait une réaction de la part des mécontents ; ainsi, les héros de la Bastille n’étaient que des coquins bien payés pour faire un coup de main, et les fêtes sur la prise de la Bastille ne sont que des niaiseries populaires qui opèrent des dépenses inutiles. Il est temps de lever le rideau sur les absurdités.

La prise de la Bastille fut un coup de foudre pour la cour, mais elle crut, un instant, que le soulèvement de Paris la débarrasserait des états généraux : c’est ce qui détermina le roi à montrer de la fermeté ; lorsque la translation de l’assemblée à Paris lui fut proposé. Il répondit que lui seul connaissait les mesures qu’il fallait prendre.

Le duc de Liancourt vint raconter, d’une manière forte, l’état affreux de Paris. Le comte d’Artois, peu effrayé, répondit : « C’est un tas de sans-culottes(1 ) que l’on mettra à la raison. .-Ce que vous appelez des sans-culottes, répondit le duc de Liancourt, est une armée en fureur ; elle a pris la Bastille, et peut venir à Versailles »…. D’un taon douloureux il ajouta : « Votre tête est à prix ». Voilà la cause de

Voici l’origine de la caste des sans- culottes.

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l’émigration du comte d’Artois. Elle était déterminante.

L’esprit de Paris était à la tempête ; vers cette époque,11 soldats, insubordonnés et voleurs, sont incarcérés à l’Abbaye ; ils imaginent de faire jeter, au Palais-Royal, un écrit, dans lequel ils annoncent que la cause de leur détention est le dévouement qu’ils ont montré pour les intérêts du peuple.

Dans l’instant 200 jeunes gens partent du Palais-Royal, et sont suivis par une multitude de curieux.

Cette troupe entre dans les maisons, pille tous les outils qu’elle peut trouver, va briser les portes de la prison, enlève les 11 soldats, fait un repas somptueux, en leur honneur, les mène à la comédie, les garde la nuit, fait des illuminations, et force le corps qui les avait punis, à les réintégrer. Voici bien les Parisiens ! tête légère, exécution prompte, point de raisonnement.

Dans ce moment de crise, les électeurs qui avaient nommé le députés de Paris s’avisent de se croire une puissance ; ils demandent une salle à la municipalité, pour délibérer ; on la leur accorde ; aussitôt cette bizarre assemblée s’empare des trésors, du péage, des barrières,

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arrête les courriers du roi, porte l’audace jusqu’à les fouiller.

D’Orléans s’accroche à ce nouveau parti ; il est convenu qu’il viendra offrir son épée au tiers-état, et qu’on le proclamera lieutenant général du royaume : l’instant est fixé ; le duc ne paraît point ; mais ce jour fut l’époque où l’on arbora la cocarde tricolore (1).

Lafayette fut élevé, par ce même corps, au grade de général de la milice parisienne, parce que, par respect, il avait baissé son épée devant la majesté de la populace : c’est en rampant, que le serpent avance.

Après l’expédition de la Bastille et le renvoi de Necker, des adulateurs adroits viennent chez le roi et lui disent : « Sire, vous êtes l’idole de votre peuple ; sire, le ministre que vous venez de disgracier avait son suffrage et son estime ; sire, les troupes cantonnées dans les environs de Paris répandent l’inquiétude, l’effroi et la famine ».

Cela signifiait : sire, vous êtes le meilleur des rois, nous sommes des sujets bien soumis ;

D’abord elle était verte, on la changea pour ne point porter les couleurs du comte d’Artois.

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mais nous ne voulons pas que Necker soir rappelé, et que vos troupes soient licenciées.

Les avis que la cour recevait de l’état de Paris, étaient affligeants ; il fut décidé, au conseil du roi, que d’Orléans se rendrait au château, et qu’il offrirait de se rendre médiateur entre le peuple et le roi.

Quel beau rôle à jouer ! mais il fallait un cœur, et celui du duc était gangrené : il parut et s’avilit alors, Louis, indigné prit le parti de se rendre à l’assemblée nationale, et d’y prononcer le discours suivant :

« Je vous ai assemblé pour vous consulter sur les affaires importantes de l’état ; il n’en est pas de plus instante et qui affecte plus mon cœur, que les désordres affreux qui règnent dans la capitale. » « Le chef de la nation vient avec confiance au milieu de ses représentants, leur témoigner sa peine et les inviter à trouver les moyens de ramener l’ordre et le calme. » « Je sens que l’on a donné d’injustes préventions ; je sais que l’on a osé publier que vos personnes n’étaient pas en sûreté : serait-il donc nécessaire de vous rassurer sur des récits aussi coupables, et démentis d’avance par mon caractère connu ? »

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« Eh bien ! c’est moi qui ne suis qu’un avec ma nation ; c’est moi qui me fie à vous ; aidez-moi donc dans cette circonstance, à assurer le salut de l’état ; je l’attends de l’assemblée nationale. Le zèle des représentants de mon peuple, réunis pour le salut commun, m’en est un sûr garant ; et comptant sur l’amour et la fidélité de mes sujets, j’ai donné l’ordre aux troupes de s’éloigner de Paris et de Versailles ; je vous autorise et vous invite même, a faire connaître mes dispositions à la capitale. »
Cette démarche du monarque ne dissipa point les inquiétudes ; on exigea qu’il vînt à Paris répéter se déclaration, il s’y rendit dans une voiture peu fastueuse, et ce voyage fut un acte de courage ; il est bien probable que l’on avait le projet de l’assassiner.

Le monarque fit la route au milieu de huit canons, entouré d’une horde armée de haches, de piques, de bâtons ferrés.

Lafayette avait défendu que l’on criât vive le roi. On tira, de loin, un coup de fusil sr la voiture du monarque : la balle alla tuer une femme nommée Duprateau ; le roi m^me fut blessé dans la foule, mais si légèrement qu’il ne s’en aperçut qu’en se déshabillant,

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Beaucoup de députés, le suivirent à pieds. Rendu à la maison de ville, il répéta ses intentions, fut harangué et arbora la cocarde tricolore, aux cris de vive la nation. Il méritait bien que l’on y ajoutât et le roi.

Louis autorisa alors l’établissement d’une garde bourgeoise, détruisit la force de son parti, et se mit à la merci de ceux qui voulaient sa perte.

La garde bourgeoise était composée de tous les hommes appelés aux assemblées premières, par conséquent nombreuses et formidables. Par une bizarrerie sans exemple, il n’existait aucune relation entre elle et le monarque ; ainsi trois ou quatre millions d’hommes pourvus d’armes et de munitions, n’avaient pour chef que des municipaux. Cette armée ne tarda pas à se rendre maîtresse des grandes villes, des garnisons sans que le ministre de la guerre pût diriger ses mouvements. Il en est résulté que l’armée de ligne, même sans le secours des séductions, était subordonnée à l’armée municipale.

C’est ainsi que se détruisit l’autorité royale, tout cela pouvait s’éviter, et jamais combinaisons ne furent plus fausses que celles des courtisans, aux conseils desquels le roi avait confiance.

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A cette époque, les trois ordres se réunirent. Quel moment pour détruire le despotisme ! On continua de prêcher au bas peuple que sa volonté est la puissance suprême.

Les mouvements de Paris devaient faire sentir qu’il était impossible de résister à un pareille population, et qu’elle donnerait l’impression à toute le France ; par conséquent il fallait éloigner le roi et lui faire tenir les états généraux, soit à Metz, soit à Compiègne ; alors, soutenu par de fortes garnisons, il aurait pu maintenir l’ordre et contenir les mutins. Une grande faute fut d’avoir expulsé M. Necker qui avait le suffrage du peuple ; son rappel dut humilier le roi, et quand un roi est humilié, sa couronne chancelle. On verra bientôt quelles furent les suites de cette excessive condescendance. Le peuple, toujours féroce quand il est excité, continua de montrer son avidité pour le sang : c’était à qui se ferait bourreau.

La mode de lanterner, c'est-à-dire, de prendre des hommes à des potences de réverbères, fut en vogue pendant quelques temps,et de proche en proche la terreur se répandit dans les provinces.

Toutes les passions se heurtaient dans l’assemblée les députés n’examinèrent point si la science de gouverner est pratique, et s’il n’est point imprudent de renverser un édifice dont le temps a prouvé la stabilité, pour en élever un autre absolument expérimental est sans modèle .