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F-Chapter 10
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CHAPITRE X Une insurrection était préparée pour le 19, elle a lieu le 21 octobre ; François Boulanger est pendu, atrocité de Garan de Coulon et du peuple ; la reine envoie à la veuve de François 6000 livres ; cette insurrection produit la loi martiale ; Mirabeau parle contre ; cruauté des orléanistes ; on propose de rappeler le duc, pour qu’il se justifie ; le Châtelet condamne Favras innocent ; procès du duc d’Orléans ; extrait de quelques témoignages contre lui ; prononcé du Châtelet ; Chabroud fait son rapport ; décision de l’assemblée.
Les chefs du parti d’Orléans ne furent pas aussi généreux que le duc ; les mouvements préparés pour le 19 eurent leur effet le 21 octobre : il était question de livrer les boulangers à la populace ; on en sauva quelques-uns, en les envoyant en prison. Le nommé François, très honnête homme, fut pendu parce qu’il avait miss de côté
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Quelques pains pour ses pratiques. Ce fut une femme qui, prenant un de ces pains, dit au peuple qu’il était moisi. François est conduit au comité de police ; il prouve son innocence ; on parle en sa faveur. Garan de Coulon répondit : vous faites toujours esquiver nos ennemis ; et le boulanger fut livré à la populace. Sa femme enceinte de trois mois, ne le voyant pas revenir, va s’informer de ce qu’il est devenu ; arrêtée sur le pont de Notre Dame, elle lève les yeux et voit sa tête sur une pique ; elle crie, on lui présente le reste sanglant de son mari, on la force de déposer ses lèvres sur cet exécrable trophée.
La reine envoya 6000 livres à la veuve du boulanger, par le duc de Liancourt. Infortunée Marie-Antoinette, on a exagéré tes défauts (qui n’en a point) ! Jamais on n’a apprécié l’excellence de ton coeur.
L’assassinat du boulanger donna lieu à la loi martiale, proposé par Lafayette, pour éviter les émeutes. Comme cette loi contrariait les orléanistes, Mirabeau (qui précédemment en avait présenté le projet) parla contre. « Quel monstre, dit-il, répondra par des coups de fusil à un peuple attroupé, qui criera : donnez-nous du pain ». Barnave, les
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Deux Lameth appuyèrent Mirabeau, mais en vain ; la loi passa, et l’absence de d’Orléans fit manquer l’objet réel de la conspiration qui devait éclater le 19. Les conspirateurs n’étaient pas gens à abandonner la partie ; lorsqu’une trame ne réussissait pas, on en remettait une autre sur le métier, et toujours la disette était le grand moyen.
La commune de Paris avait envoyé à Vernon un de ses membres, nommé Planter, pour faire sortir des grains qui se trouvaient en dépôt ; aussitôt les conjurés font partir une bande de brigands pour s’y opposer ; ils soulèvent la populace, et deux fois Planter fut Pendu et délivré ; il dut la vie à un jeune Anglais. Les brigands espéraient le pillage, il en fut autrement. On envoya des troupes ; on déploya le drapeau rouge ; le sang coula, et les brigands se retirèrent. Il arrivait continuellement des convois à paris, ce qui mit le comble aux regrets d’avoir laissé partir le duc d’Orléans, qui, je le répète, n’était qu’un prête- nom.
C’est à cette occasion, qu’un ami de Mirabeau lui disait : voilà pourtant l’homme que vous vouliez mette à la tête du gouvernement ;
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« lui ! (répond Mirabeau en fureur) je n’en voudrais pas pour mon laquais ».
Peu après le départ de d’Orléans, le député Menou ; son ardent ami, se mit en avant, pour commencer sa justification sur l’affaire du 6 octobre. Il dit à l’assemblée : « Le duc d’Orléans est député de Crépy en Valois. Je n’examinerai pas s’il a pu abandonner sa première mission ; mais il court des bruits scandaleux sur son compte ; il est de notre dignité de voir le duc d’Orléans se justifier ; je demande, en conséquence, qu’il soit tenu de venir rendre compte de sa conduite » ; tout le parti appuie sa motion. Latouche se plaignit d’être nommément inculpé, et demanda que ses action fussent examinées, non par le parlement,mais par le comité des recherches ; ces propositions furent combattues, et comme l’assemblée quittait Versailles, dans ce moment, pour se rendre à l’évêché, il n’en eut rien de décidé.
Les députés vinrent flagorner le roi et lui offrir le titre de meilleur ami de la nation ; de là, ils passèrent chez la reine ; des réponses senties et touchantes furent improvisées, et
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acclamations, vive le roi et la reine éclatèrent de toutes parts. Versailles, revenu de son ivresse, vint réclamer son bon roi, par une harangue ; on répondit aux députés que des sujets fidèles pouvaient rivaliser d’amour et de sensibilité, et qu’on prendrait la demande en considération. Les Orléanistes étaient aux abois, ils n’en devinrent que plus acharnés. On fit sentir au duc la nécessité de recouvrer les sommes énormes qu’il avait dépensées, et cette raison le rendit aux scélérats qui le conseillaient.
L’opinion s’accréditait que le duc avait payé les massacres des 5 et 6 octobre, et il fut convenu qu’il fallait la détruire. On sonda le châtelet, on lui fit entendre que le parlement serait abattu, et que leur tribunal deviendrait cour suprême. Alors, on demanda que cette cour fût autorisée à juger, en dernier ressort, les crimes de lèse –nation, et l’on y consentit, espérant que Voidel serait le grand inquisiteur de la France.
Le prix de la dénonciation d’une conspiration avait été fixé depuis 100 jusqu’à 1000 louis. Il est facile de concevoir que dans une ville corrompue, un pareil appas devait fournir des milliers de dénonciations.
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Les juges du châtelet absolvaient tous les accusés, parce qu’il ne s’en trouvait point de coupables : ce sui désespérait Voidel. Lafayette désirait assez, que l’on donnât au peuple le spectacle de l’exécution d’un noble, ou d’un gros financier. On mit Augeart, fermier –général, en avant ; il fut absous. On opta, ensuite, entre Bésenval et Favras : le dernier fut sacrifié, et il est impossible de mourir ignominieusement, avec plus d’héroïsme. Quatremer lui dit : »Monsieur, votre vie est un sacrifice que vous devez à la tranquillité publique ». Jamais on n’avait entendu un juge dire à un accusé, qu’il était condamné quoiqu’il ne fut pas coupable.
Il y a de la lâcheté à prononcer une telle sentence, et en convenir est une atrocité. Favras mourut en grand homme ; il dicta une suite de faits intéressants, reprit le secrétaire d’un faux qu’il avait écrit, corrigea les fautes d’orthographe de l’acte, et fut à la potence avec une très grande tranquillité. Un officier de la garde eut la barbarie de venir lui dire : Allons donc, dépêchez-vous, le peuple vous attend. Favras répondit : » Je n’ai plus que deux ou trois lignes à dicter et je suis à vous ». Favras, sur l’échelle, dit : » Citoyens,
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je meurs innocent ; priez pour moi le dieu de bonté » ; et le sacrifice fut consommé. Enfin, on entame le procès de d’Orléans au châtelet : les témoins, les preuves arrivent de toutes parts, et se multiplient à l’infini.
Voici quelques dépositions prises dans un volume immense : toutes ont un très grand poids. Déposition de M. Miomandre, officier au régiment de Turenne: « Le 5 octobre, en sortant de la terrasse, je fus arrêté par un chasseur, dont la douleur était peinte sur la figure : je lui demandai s’il avait besoin de secours, il me répondit qu’il n’avait besoin que de la mort. Puis il prononça ces mots, sans liaison ».
« Notre bon roi ….. cette brave maison du roi…. Je suis un grand gueux …. Les monstres qu’exigent-ils de moi ?.... – Qui ? lui demandai-je. – Ces j…. f…. de commandants et d’Orléans »… Dans l’instant il vint du monde. Cet homme voulait se tuer ; sa fureur était telle, que nous ne pûmes, un garde du corps et moi, l’empêcher de se blesser ».
« Je me rends à paris ; on ne veut pas me
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laisser passer au pont royal ; plus loin on s’empara de ma voiture, de mes chevaux, et je suis obligé de me sauver » ; « Revenu, le 6, à Versailles, je veux savoir ce que sont devenus mes frères, gardes du corps ». « Je me rends au grand escalier ; j’y vois deux cents suisses, dont l’un ôte respectueusement son chapeau. Je lui demande qui il salue. – C’est le duc d’Orléans. Ce prince était avec deux femmes de tournures gigantesques ; je les examine ; et je m’aperçois que ce sont deux hommes déguisés.
Déposition de M. Fondeville, député.
« J’ai entendu dire, à des femmes bien mises, qui se trouvaient dans la foule : Nous savions bien que nous le ferions sanctionner ». « Lorsque la salle fut remplie de piques, une femme s’approcha de moi, et me montrant un poignard, me demanda si l’appartement de la reine était bien gardé, et s’il ne serait pas possible de s’y introduire ? Ayant répondu que cela ne se pouvait pas s’en s’exposer à être puni, cette femme me regarda avec
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fureur, et parut dévorée du désir de commettre un grand crime. « Je me rendis chez la reine ;, tout le monde tait consterné ; quelqu’un voulut parler ;la reine imposa silence, parce qu’il y avait près d’elle un valet de chambre du duc d’Orléans ». « il pouvait être 8 heures du matin, lorsque je vis dans la cour, le duc d’Orléans, ayant un sac dans sa poche, qui paraissait pesant, et une badine à la main, souriant au peuple, qui criait : vive d’Orléans ! le voilà ! c’est le père du peuple ». « Ensuite j’ai vu le duc chez le roi, observer froidement ce qui s’y passer ».
M. Delasalle, autre député, dit (Voyez ladite procédure criminelle du châtelet, sur la journée du 6 octobre 1789) : « Qu’ayant demandé ce que cela signifiait, il fut répondu : qu’il fallait que la reine eût le cou coup, et que l’on fît des cocardes avec ses boyaux » ; « Que M. Durban, principal commis du bureau des finances, lui avait assuré que, depuis
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Quelques temps, les ouvriers qui travaillaient aux ferrements de la nouvelle salle de spectacle du palais royal, avaient abandonné cet ouvrage pour faire des piques et des lances ». « Que ces ouvriers étant interrogés par M. Durban, sur le motif qui leur faisait fabriquer des armes, ils avaient répondu en avoir reçu l’ordre du chef d’atelier. » Le chevalier de Laserre, brigadier des armées du roi, a déposé : « Qu’ayant entendu des femmes crier vive le roi, il leur avait dit : Bon ! vous avez affaire à un excellent père ; qu’une femme répondit : Non…. F…, c’est vive le duc d’Orléans ! qu’il faut crier… ; que voyant du mouvement, il s’y rendit, et entendit ces mots : Marchons, notre père est avec nous. – Et qui est donc ce père ? – Et sacredieu ! c’est le duc d’Orléans. Est-il ici ? – Eh, f… ! est-ce que vous ne le voyez pas ? – Qu’ayant chercher des yeux, il avait aperçu, en effet, le duc d’Orléans, en frac rayé, qui, du doigt indiquait la salle des gardes. Il a ajouté, qu’on avait vu Mirabeau courir les rangs du régiment de Flandres, et, parmi le peuple,
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Barnave, Chapellier, un Lameth, déguisé en femmes. Messire Mathias, curé du diocèse de Clermont, a déposé,
« Que le lundi, 5 octobre, au soir, étant dans la salle de l’assemblée nationale, auprès de quelques femmes, il leur avait été entendu dire q’elles voulaient aller souper avec la reine, mais qu’elles attendaient nombreuses compagnie. « Que parmi les atrocités de ces femmes se permirent, une tint cet affreux propos : Nous avons apporté la serviette la plus fine et la plus blanche, pour porter à Paris les entrailles de la reine », au surplus, le pasteur a déclaré avoir vu un député leur donner de l’argent.
Mais rien n’est plus positif que la lettre de Laclos à Latouche, chancelier du duc ; la voici : « Monseigneur savait que les châtelet instruisait l’affaire du 6 octobre ; il vous charge de prévenir messieurs Dupont et Quatremer (que vous gagnerez facilement) en vous concertant avec M. de Mirabeau, qui peut tout éluder ». « Rappelez-vous que monseigneur ne triomphera
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Que par le discrédit et l’avilissement de Lafayette ; faîtes un emprunt de 1500 mille lires ; n’épargnez rien pour ramener l’amour du peuple ». « Pendant ce temps, MM de Mirabeau et Chabroud justifieront publiquement monseigneur, et donneront du nerf à ses projets, pour annihiler totalement la cour. Dîtes à M. février de continuer son mémoire contre Lafayette et le châtelet ; il est très captieux, et prendra dans le public ; enfin, triomphez des juges par présents, par douceur, ou en ameutant contre eux, la crainte les décidera ». Signé, Laclos
On fit ce que l’on put pour entraver les juges, au point que Pardieu, qui présidait le comité, osa leur dire : » Si vous persistez à vous occuper de cette affaire, ni l’assemble nationale, ni le comité, ni la municipalité, ni le commandant, ne répondront de votre sûreté ».
Un juge répondit froidement : « Nous ne sommes point effrayés de vos menaces ; les magistrats ne connaissent que leurs devoirs ; ils savent mourir sur les fleur de lis, quand il le faut ». Cette scène n’empêcha point 40 juges de
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prononcer qu’il y avait lieu à accusation. Mais sur le rapport de Chabroud, et quelques phrases de Mirabeau, l’assemblée se couvrit d’opprobre, en décrétant qu’il n’y avait pas lieu à accusation. Ici, le pouvoir législatif s’est emparé, bien visiblement, du pouvoir judiciaire.
Cet acte inconsidéré est une des véritables causes des malheurs de la France ; car, si d’Orléans, Mirabeau et leurs acolytes eussent été punis ; les factions se seraient détruites d’elles-mêmes, et le roi n’aurait pas été exposé aux outrages qui l’ont forcé à s’éloigner.
Jamais l’assemblée n’a recherché une seule fois les corrupteurs du peuple, jamais elle n’a fait le moindre effort pour empêcher la populace de se livrer aux plus coupables excès ; jamais elle n’a défendu les placards incendiaires, les libelles diffamatoires qui se multipliaient, les prédications sur des tréteaux par des forcenés.
Tout cela se faisait sous les yeux des législateurs, et propageait le délire révolutionnaire dont elle avait besoin pour détruire tous les ressorts de l’empire, désorganiser la société et provoquer des insurrections.
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