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F-Chapter 11

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CHAPITRE XI
On atténue les gardes du roi ; on le calomnie, on soulève les soldats ; situation de Louis XVI ; son discours ; régime inquisitorial ; affaire d’Avignon ; réflexions diverses ; discours projeté par M. Gilbert des Voisins à ses soldats ; excitateurs employés par l’assemblée nationale ; infamie des municipalités.


Dès que le roi fut prisonnier (car il l’était réellement) pour atténuer les égards qui lui étaient dus, on fit courir le bruit que le trône était environné de conspirateurs : ce qui répandit
l’alarme ; on rompit, par tous les moyens possibles, cette chaîne antique qui liait les Français à leur roi.

Il fut publié, avec une hardiesse incroyable, que la fidélité et l’obéissance n’étaient plus les vertus principales du soldat ; et il en coûta des sommes énormes pour opérer partout des soulèvements. Les Lameth répandirent à Nancy plus de 300 mille livres.

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M. D’Hervilly fut maltraité à ……par ses propres soldats ; Mirabeau, le cadet, courut des dangers ; il emporta les cravates des drapeaux de son régiment ; à Perpignan, il y eut une révolte considérable ; l’armée navale fut travaillé de la même manière ; à Toulon, d’Albert de Riom a presque été jeté à l’eau ; des femmes s’en mêlaient ; elles entraient dans les casernes, et versaient de l’eau de vie aux soldats. En vain Louis XVI tenta de ramener les esprits, on le livra aux outrages des libellistes ; l’opinion publique était corrompue, le malheureux monarque avait même des ennemis puissants en Angleterre ; milord Stanhope et le docteur Price l’attaquaient sans cesse.

Plus Louis montra de popularité et de candeur , plus on fit d’efforts pour le noircir ; la licence parut sous le nom de liberté, l’insolence, l’audace, se montrèrent sous celui d’égalité.

Louis était encore environné d’un fantôme de splendeur. Flatté par le royaliste qui le trompait , repoussé par les représentants de son peuple, qui le méprisaient, il gémissait des désordres, et ne pouvait les réprimer : à peine avait-il le droit de se plaindre.

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Voici l’extrait d’un discours qu’il vint prononcer à l’assemblée, le 4 février 1790. Je me plais à suivre ce bon roi dans ses démarches ; toutes sont des traits de pinceaux qui montrent l’excellence de son caractère.
« La gravité des circonstances où se trouve la France, m’attire au milieu de vous : le relâchement progressif de tous les liens de l’ordre et de la subordination ; la suspension, ou l’inactivité de la justice ; les mécontentements qui naissent des privations particulières ; les opposition, les haines, malheureuses qui sont la suite inévitable des longues dimensions ;
enfin, l’agitation générale des esprits ; tout semble se réunir pour entretenir l’inquiétude des véritables amis de la prospérité et du bonheur du royaume ».
« Un grand but se présente à vos regards …. C’état, je dois le dire, d’une manière plus douce et plus tranquille que j’espérais vous y conduire, lorsque je formai le dessein de vous rassembler ; livrons-nous de bonne foi aux espérances que nous pouvons concevoir….. Que partout on sache que le monarque et les représentants sont unis d’un même intérêt et d’un même voeu …. Ceux qui ont abandonné de grands privilèges pécuniaires, ceux

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Qui se forment plus comme autrefois un ordre politique dans l’état , se trouvent soumis à des sacrifices dont je connais l’importance ; mais j’ai la persuasion qu’ils auront assez de
générosité pour chercher un dédommagement dans les avantages publics, dont l’établissement des assemblées nationales présente l’espérance ».
« J’aurais bien des pertes à compter si au milieu des grands intérêts de l’état, je m’arrêtai à des calculs personnels ; mais je trouve une compensation pleine et entière, dans l’accroissement du bonheur de la nation et c’est du fond de mon coeur que j’exprime ce sentiment. »
« Je ne dois point le mettre en doute ; en achevant votre ouvrage, vous vous occuperez sûrement, avec sagesse et avec candeur, de l’affermissement du pouvoir exécutif, condition sans laquelle il ne saurait exister aucun ordre durable au-dedans, ni considération au-dehors ; nulle défiance ne doit vous rester ; ainsi il est de votre devoir d’assurer, au bien de l’état et à
la liberté publique, cette stabilité qui ne peut dériver que d’une autorité active et tutélaire.

Vous aurez, sûrement, présents à l’esprit que sans une telle autorité, toute les parties

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De votre système de constitution resteraient à la fois sans lien et sans correspondance ; et en vous occupant de la liberté, que vous aimez et que j’aime aussi, vous ne perdez pas de vue que le désordre en administration, en amenant la confusion des pouvoirs, dégénère souvent par d’aveugles violences dans la plus dangereuse et la plus alarmante de toutes les tyrannies ; ainsi , non, pas pour moi, messieurs, qui ne compte pas ce qui m’est personnel,mais pour le bonheur de notre patrie, je vous invite à vous affranchir de toutes les impressions du moment, qui pourraient vous empêcher de voir dans son ensemble ce qu’exige un royaume tel que la France, et par sa vaste étendue, et par son immense population, et par ses relations au dehors…. Par quelle fatalité, lorsque le calme commençait à renaître, de nouvelles inquiétudes se sont-elles répandues dans les provinces ? Par quelle fatalité s’y livre-t-on à de nouveaux excès ?... Eclairez le peuple que l’on égare… Ah ! s’il savait combien je suis malheureux à la nouvelle d’un injuste attentat contre les fortunes, ou d’un acte de violence contre les personnes ! peut-être il m’épargnerait cette douloureuse amertume…..Que ceux qui

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S’éloignerait encore d’un esprit de concorde devenu si nécessaire, me fassent le sacrifice de tous les souvenirs qui les affligent ; je les payerai de ma reconnaissance et de mon affection.

Au retour du roi, la reine dit à ceux qui l’environnaient : « Je partage les sentiments du roi ; je m’unis de coeur et d’esprit à la démarche que son amour pour son peuple vient de lui dicter ; voici mon fils, je l’entretiendrai sans cesse des vertus du meilleur des pères, et je lui apprendrai, de bonne heure, à respecter la liberté publique, et’ à maintenir les lois, dont
j’espère qu’il sera le plus ferme soutien ».

Après cette démarche du souverain, si sage, si désintéressé, si tendre, n’e-ce pas une chose bien étonnante, que le génie qui dirigeait l’assemblée, n’ait pas discontinué de l’avilir ! Qu’est-ce qui constitue une monarchie ? C’est qu’un seul gouverne selon les lois. Quel était le voeu des Français ? Que ses représentants fissent des lois, de concert avec le souverain ; donc il fallait un rapport direct entre l’assemblée et le roi ; donc il fallait un
concours de puissance ; car, sans ce concours, les députés, dépositaire de la force, ne seraient

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que des tyrans oligarchiques, comme furent les tyrans d’Athènes.
Le roi avait le veto suspensif : c’était un droit attaché à sa qualité de monarque ; pourquoi avoir trouvé mauvais qu’il en usât ? Pourquoi avoir exigé qu’il sanctionnât ce qu’il désapprouvait ? Pourquoi avoir voulu le rendre un signataire subordonné ?

Quoi ! le doge de Gênes a le droit de mettre en débat les propositions qu’il juge convenables, et cette faculté serait refusée au chef d’un vaste empire, parce aux 20 étourdis
veulent avoir une domination exclusive ! Français ! que la prévention ne vous aveugle plus ; il est temps de lever le bandeau de l’horreur.

Votre intention a-t-elle jamais été que vos délégués réunissent en eux seule les deux pouvoirs, législatifs et exécutif ? Prononcez.- Cela était nécessaire, disent vos députés ; autrement on ne serait venu à bout de rien.- Mais, je le répète, vous vouliez une monarchie ; il ne fallait donc pas dépouiller le monarque de ses prérogatives monarchiques ; et puisqu’il était rapidement suprême, il fallait u’il fut roi libre.

Le 16 mars 1790, les lettres de cachet furent

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abolies, et il fut permis, à ceux qui étaient frappés de l’exil de revenir. On applaudit à ce décret, mais on ne vit pas des mêmes yeux l’immense pouvoir confié aux corps administratifs nouveaux Ces corps voulurent régner en dépostes dans leurs cantons, et soumetre la discipline militaire à des délibérations municipales.

La vengeance était le seul moteur de ces petits tyrans ; incapables de prendre des mesures sages, ils mirent les prêtres entre les outrages et la diffamation ; les nobles, entre le feu et les assassins ; et comme leur conduite n’était pas désapprouvée, il y a apparence qu’ils remplissaient les vues de l’assemblée nationale.

Cette marche frappa d’étonnement tout ce qui n’était point populace, de l’étonnement on tomba dans la crainte, et de la crainte dans la stupeur. Enfin, on respecta les représentants, comme les Manichéens respectent les dispensateurs de tous les maux.

Un nouveau décret paraît le 20 juin 1790 ; il prononce qu’on ne reconnaît plus en France d’ordres, de noblesse, de titres ; c’était un moyen sûr pour augmenter les mécontents ; il produisit son effet. Les émigrés se répandirent

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Dans toutes les cours, et n’eurent pas de peine à prouver que les brandons de la discorde ne s’allumaient en France que pour embraser l’Europe entière. Alors le régime inquisitorial s’établit avec une très grande force.

La ville de Paris enjoignit à toutes les personnes qui voudraient voyager, et de se pourvoir de certificat pour obtenir un passeport, et elle ordonna aux districts de prendre des renseignements bien exacts, avant de délivrer des certificats : ce qui assujettissait les gens les plus honnêtes, aux caprices des certificateurs. Le comité de la police voulut que les colpoteurs ne criassent que les décrets de l’assemblée ; les districts forcèrent les propriétaires de maisons et les locataires
à rendre compte de tous les déménagements ; enfin on établit le système d’oppression qui depuis a toujours été en augmentant.
Que les tyrans, jaloux de leur autorité, fassent de pareilles choses ; rien n’est extraordinaire ; mais que 1200 citoyens choisis par une nation puissante, pour reformer des abus, se comportent de cette manière : c’est ce qui est difficile à concevoir.

Vers ce temps, l’esprit d’insurrection se propageait

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chez l’étranger, et particulièrement à Avignon qui devint bientôt, comme la France, un théâtre d’horreurs de carnages(1). Cette ville, agitée par quelques séditieux, sur le prétexte de
l’oppression (tandis qu’il n’existait pas uns société plus libre et moins chargée d’impôts) se déclara indépendante, et voulut se mettre sous la domination française. La possession du Pape, pour le comtat Venaissin, remonte jusqu’en 1273, et pur Avignon, jusqu’en 1348. l n’est guères des princes en Europe qui aient des titres plus anciens et plus sacrés : à la vérité les rois de France sont rentrés plusieurs fois en possession du comtat Venaissin.

Louis XV s’en empara en 1663, mais il le restitua en 1664, au traité de Pise. En 1688, il réitéra cet acte d’autorité, mais il le restitua encor en 1689.

(1) On a observé que les pays méridionaux ont une férocité encore plus exaltée que les septentrionaux. Théodore de Beze raconte que, pendant les guerres de religion, les habitants d’Orange mirent, sur les cadavres des catholiques tués à Mornas et jetés à la rivière, des écriteaux conçus en ces termes : Péagers d’Avignon, laissez passer ces hommes, ils on payé à Mornas.

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Louis XV suivit cet exemple en 1769, et restitua de même en 1774.
Depuis longtemps, le germe de la discorde fermentait à Avignon ; il éclata le 10 juin 1790, avec violence, et le sang coula dans les rues de cette ville malheureuse : les citoyens s’égorgèrent pour des causes d’opinions.

Ne capitulation sembla devoir arrêter le carnage, mais la nuit suivante, on renouvela les arrestations : des potences furent dressées et des citoyens vertueux subirent cet infâme supplice. Depuis, cette ville a été le théâtre de toutes les horreurs que l’esprit humain peut inventer.

C’est au milieu de ces abominables scènes que la vile d’Avignon déclara hautement son indépendance, et demanda sa réunion à l’empire français.

Est-ce donc parmi tant de violences, est-ce donc dans le moment où une foule de citoyens fugitifs avait déserté la ville, que l’on pouvait recueillir un voeu libre ? surtout, lorsque la municipalité est ébranlée, surtout, lorsque les autorités supérieures demandent des comptes rigoureux, auxquels il est probable qu’on voulait se soustraire ?

Cependant un membre de l’assemblée,

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nommé Bouche, après avoir rapidement parcouru l’histoire d’Avignon, déclare que son petit territoire intercepte la communication, et par sa localité, donne retraite à tous les fraudeurs, voleurs, etc. ; que c’est le foyer de la malveillance, et qu’il faut accepter le voeu du peuple Avignonnais. Ce M. Bouche avait sans doute oublié les décrets par lesquels l’assemblée avait déclaré que la France ne voulait pas s’agrandir.
A cette époque, l’Europe entière était en mouvement.

La désorganisation de la monarchie française, inquiétait toutes les puissances ; partout, il se faisait des préparatifs, au moins pour prévenir la contagion.

Aux premières nouvelles, en France, de cette disposition générale, des armées se réunissent de toutes parts ; des camps se tracent, des ateliers de bronze, de fer, des manufactures d’armes s’élèvent ; des millions d’hommes, comme par enchantement, s’exercent, en uniforme, dans les évolutions militaires. Coblentz devient un centre de réunions pour les émigrés ; l’esprit de parti se développe avec un acharnement extrême, et les querelles font verser le sang des Français avec profusion.

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On parlait d’un côté Autrichien qui communiquait secrètement de la cour à Vienne. Rien n’étai plus faux ; il fut imaginé pour rendre la reine odieuse, donner au roi un air de mauvaise foi, et fournir le prétexte de le surveiller avec plus de rigueur, c’est à dire, de resserrer les liens qui le tenaient captif.

Cette atroce calomnie fut repoussée d’une manière victorieuse, mais elle avait produit l’effet que l’on en attendait. Il faut bien du temps pour détruire l’erreur qu’un instant fait naître.
Il était impossible que l’assemblée nationale ne s’aperçût pas que ses opérations étaient mauvaises ; que, si elle suivait son plan désorganisateur, il en résulterait des séditions continuelles, dont ses membres seraient un jour es victimes. On n’est pas prophète dans son pays ; c’est un proverbe, donc, c’est une vérité.

Ne devait-elle pas sentir, cette assemblée, qu’en donnant à ses successeurs l’exemple du despotisme, elle préparait un désordre bien plus grand que celui qu’elle venait de créer.

De bonne foi, pouvait-elle croire que la France, livrée à 83 départements composés chacun de 5 ou – districts, pût être gouvernée

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comme un seul corps mis en mouvement par l’impulsion d’un même esprit ? N’avait-elle pas vu les abus sans nombre de cette administration ? Quoi ! 36 intendants faisaient la besogne, et il faut plus de six mille administrateurs, et peut-être trente mille bureaux, pour faire les mêmes affaires (1), et on établit une puissance composée de 40 mille municipalités,, qui tyrannise la surface entière du royaume.

Lacez la bride au peuple, il devient despote ; cette vérité est reconnue. Peut-on croire que 1000 ou 1200 hommes, plus ou moins, tirés tous les deux ans de leurs études, de leurs ateliers, de leurs boutiques, de leurs charrues, puissent administrer un grand empire ? Une assemblée permanente n’est-elle pas une source
continuelle de jalousies, d’intrigues, de désordres et de dépenses ? Si les lois sont bonnes, à quoi sert l’assemblée du peuple ? Quand l’architecte a fini son bâtiment, sa présence est inutile, il s’en va.

N’eût-il pas mieux valu décréter une assemblée du peuple, tous les cinq ans, pour réformer les abus et modifier les lois dont

(1) Voilà la cause de la disette du bois

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l’exécution éprouve des difficultés ? et n’eut-il pas été sage de ne pas choisir Paris pour le lieu du rassemblement, parce que les intérêts de son énorme population ne sont pas les m^mes que ceux des autres parties de la France ? Son agiotage, une circulation exclusive, les opérations des changes, les grandes affaires, la multitude d’étrangers que divers intérêts y attirent, ouvrent mille portes à la fortune, par les suites du désordre.

Ah ! que de moyens cette ville possède pour corrompre des législateurs qui ont des passions ! Dans une grande monarchie, l’autorité du roi et celle du monarque sont inséparables Isolez ces deux autorités, les pouvoirs se confondent, se heurtent, se détruisent : il n’y a plus de régulateur.

C’était exposer la nation française au mépris que de restreindre la qualité de roi fût fonctionnaire public, car ce travestissement dénature la monarchie. Il n’était pas possible que le roi fût fonctionnaire public, comme le furent les consuls de Rome.

Il ne pouvait même pas être au pouvoir exécutif,

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car il n’était que le chef du pouvoir exécutif, titre qu’il tenait de la loi. Lorsqu’on lui a ôté cette suprématie, on a brisé la force publique ; on l’a disséminée ; tout le monde voulut
régner, donc personne ne dut obéir.

Il fallait, a-t-on dit, détruire le despotisme, celui du roi, celui des ministres, celui des intendants, celui des finances, etc. Quand on a la jaunisse, tous les objets paraissent jaunes. Il est absurde d’avoir confondu le despotisme avec l’ordre administratif, qui exige une grande sévérité. Au reste, rien n’était plus facile que de tempérer tous les despotismes, les uns par les autres, en fixant les autorités d’une manière précise ; cela aurait mieux valu que d’établir le despotisme des départements, le despotisme des districts, le despotisme municipal, le despotisme du comité des recherches, le despotisme des clubs, le despotisme des soldats, le despotisme des folliculaires, enfin le despotisme de la populace, le plus tyrannique de tous la punition de cette conduite irréfléchie, n’a pas été lente, la force publique et la sûreté ont disparu, ainsi que les arts ; le pauvre n’obtient plus de charité ; un impôt effrayant a été mis sur les diverses marchandises(1) . La

(1) J’appelle impôt, la rapacité des marchands.

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La confiance (base du commerce) a fait place au brigandage ; la disette s’est montrée, et l’anarchie civile et militaire a couronné les inconséquences des législateurs. Pour prouver cette dernière vérité, voici un discours que M. Gilbert des Voisins devait prononcer à ses troupes, à Valence, le 4 juin 1790.

SOLDATS,
« La France éprouve une révolution, dont l’histoire ne fournit pas d’exemples ; le royaume est dans une subversion générale ; tous les ordres sont anéantis et dégradés ; les cours de justice sont enlevées, la noblesse ne peut aider le paysan, le journalier ; le militaire se déshonore ».
« Quelques ambitieux, sous le faux prétexte d’un meilleur ordre de choses, et d’une liberté mille fois plus odieuse que le plus affreux despotisme, sont parvenus à armer le peuple contre une constitution aussi ancienne que la monarchie, dans laquelle il ‘y avait que quelques abus à réformer. »
« On est parvenu à rendre cruels et féroces les français, dont le caractère était la douceur ; on les a détachés de l’amour qu’ils portaient à leur roi; on les voit insulter à la

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majesté de son palais, le souiller de sang, et finir par l’en arracher ».
« Soldats, jadis mes compagnons, contempler ce tableau ; frémissez d’horreur et de remords ; vous vous êtes livrés la licence et à l’indiscipline ; vous avez méconnu, insulté vos officiers, vous vous êtes avilis en vous rendant accessibles à l’appas des séductions prodiguées pour faire de vous des traîtres ; vous avez encouragé, servi, propagé le désordre ; par vous le roi est sans pouvoirs, la France sans gouvernement, la patrie sans défenseurs….. Ah ! malheureux ! … rougissez, mais réparez vos erreurs ; unissez- vous aux princes pour constituer à rendre au roi sa liberté et sa puissance ; au militaire, sa considération ; à la France, son bonheur ».

L’assemblée nationale ne connût bien sa force qu’après la prise de la Bastille et le siège du château de Versailles ; sentant , par ces deux circonstances, combien le peuple est facile à conduire, elle a employé tous ses moyens pour le fanatiser complètement, en le tenant sans cesse sur la gâteau électrique ; tous les excitateurs possibles ont été mis en avant.

Celui de l’orgueil produit des effets étonnants, de la fange sortirent des dominateurs.

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Celui de l’opulence fut le plus fort, mais le moins sensible ; tout le monde voulut jouir des avantages de la richesse, personne ne hasarda d’en montrer l’éclat.
L’excitateur électrique de la modestie n’eut pas son effet que sur l’habit ; ainsi la modestie devint une mascarade ; celui de l’amitié ne fut q’une décomposition de la chose ; au- lieu des liens solides qui unissent les âmes, on ne vit plus que des filets plus fragiles que ceux qui nagent dans l’air, et sont emportés par les vents.
L’excitateur du patriotisme, en théorie, devait produire fraternité, liberté, égalité, vertu, etc. , dans la pratique ; ils ne fut question que d’intérêts personnels ; chaque patriote sentait que la patrie le touchait peu, mais il en entendait parler d’une manière si affectueuse qu’il faisait croire que l’amour de la patrie existait, et qu’il ne fallait que se dire patriote, pour l’être en effet. Les gens sages criaient : Détruisez cette machine électrique, elle désolera les familles ; d’autres dirent : loin de la détruire, il faut la fortifier. Les uns l’attaquent, les autres la défendent, et l’on finit par s’égorger.
Le peuple ressemble assez aux enfants ;

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les petits garçons déplument leurs oiseaux ; les petites filles brisent la tête de leurs poupées ; la populace va aux exécutions, et si l’on donnait la question en public, et s’y trouverait beaucoup de spectateurs.
De tous les ressorts qui font mouvoir les hommes, il n’en est pas de plus puissant que le fanatisme.
Le Turc, fanatisé par le ministre de Mahomet ; court à la mort, pour boire le vin que lui présentent les houris, dans les coups d’émeraude.
Fanatisez le peuple en masse, donnez-lui des armes, des mèches, des poignards, il ira incendier, piller, massacrer : il fera plus, il croira ce que l’on peut imaginer de plus absurde. En voulez- vous un exemple ?
Lisez les annales de Gênes, vous verrez que du temps des croisades, il vint une armée de pèlerins pour passer en Syrie, persuadée que la mer allait se retirer pour lui livrer passage.
L’esprit humain une fois sorti des routes de la nature, erre autour de la vérité, et s’enfonce dans les ténèbres, où le flambeau de la raison s’éteint absolument.
« Donnez-moi une patente, disait Cromwell, et je vais lever un régiment de meurtriers ».

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Ce mot n’a pas été perdu : il a été proposé de le réaliser.
Je dis donc, que pour étouffer la force des mécontents, on fanatisa le peuple, on lui dicta des tragédies de cannibales.
Les instigateurs de ces horreurs n’étaient pas ignorés ; la voix publique les nommait ; l’assemblée connaissait ses membres gangrenés, mais elle laissait le mal s’invétérer.
La masse entière des législateurs permit que des orateurs, pris dans son sein, se fissent présidents de clubs, théâtres où l’homme le plus emporté était le plus applaudi ;où les délations, admises sans preuves, provoquaient les proscriptions ; où la prétendue opinion publique sortait du cerveau brûlé de quelques énergumènes, animés par la fureur , la vengeance ou la cupidité.
Tandis que le peuple se livrait, avec impétuosité, aux plus affreux brigandages, voici comment les corps constitués des provinces se comportaient. Quelques traits feront pressentir les horreurs qui doivent former la chaîne épouvantable de la révolution.
Les chartreux de Cahors cultivaient des arbres nains, pour eux et leurs amis : ils firent présent de quatre petits poiriers à M. de Beaumont,

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officier distingué, neveu de l’archevêque de Paris.
La municipalité de Cahors, minutieusement zélée, bêtement pusillanime, déclare : «M. de Beaumont coupable d’avoir témérairement et malicieusement dégradé les biens nationaux, et le condamne à 300 liv. d’amende, ordonne que les quatre petits poiriers seront portés, le mercredi, jour de marché, devant la porte de M. de Beaumont, pour y rester quatre jours, et être gardés à ses frais par quatre officiers ; que l’on attachera un écriteau conçu en ces termes : Louis de Beaumont, dégradeur de biens nationaux ; et en outre, qu’il sera imprimé mille exemplaires de la sentence, pour y être distribués et affichés ».
Voilà le début de la jurisprudence populaire ; loin d’y apporter remède, on a paru l’approuver.
Je ne doute pas que les quatre arbres nains, portés comme trophée, et les sentinelles placées près d’eux, n’aient produit, dans Cahors, un grand effet …. Pauvre peuple ! un théâtre de saltimbanques t’amuse, des absurdités excitent tes grands mouvements.
Que le maire de Cahors ait été un imbécile plein de fiel : l’imagination se prête à

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cela, mais qu’un corps de magistrats se soit réuni pour commettre une infâme stupidité, et que cette infâme stupidité ne soit point blâmée par les corps supérieurs, c’est ce que l’on ne peut concevoir. Une femme grosse était malade au village d’Equéherien, près de Guise, et elle était connue pour mieux aimer son ancien pasteur que le nouveau. Arrivent chez elle des magistrats de village accompagné du nouveau curé : Madame, dit l’homme ci-devant habillé de noir, vous êtes en danger, il faut vous confesser et recevoir le viatique. – Messieurs, à la vérité, je ne me porte pas bien, mais je sais ce que j’ai à faire, et vous prie de vous retirer. « Alors, les municipaux, déployant leurs écharpes, chassent à coups de bâtons les gardiens de cette femme : Ceci est une affaire de police, vous vous confesserez, madame ; la malheureuse, qui croyait à la liberté, éprouve une commotion vive, son enfant se détache avant le terme, et meurt.
Près de là, d’autres municipaux de village, dans un procès- verbal, font parler un mort…. J’aurai des faits plus graves à raconter, mais ceux-ci, pris au hasard dans une multitude, ne me parassent pas inutiles, parce que l’objet.

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de la convocation des états-généraux ayant été de réformer les abus et de régénérer la France il est bon de connaître quels firent les premiers pas vers cette régénération, l’esprit de vertige qui animait les têtes, la manière scandaleuse dont la licence s’est introduite, et l’absence absolue des moyens répressifs.
On commença par confondre les tribunaux de judicature et d’administration, et tout fut abandonné aux caprices de la force.
Les pouvoirs de départements et de districts ; ceux accordés aux municipalités, aux soldats, n’eurent point de limites ; et comme les hommes sont enclins à étendre leur domination, il s’ensuivit que la machine du gouvernement se trouvant sans balancier, sans régulateur, dût aller au gré de ses ressorts, et qu’on a pu calculer, comme prophétiser la destruction complète de ses rouages.
Telles furent, en général, les circonstances qui déterminèrent une multitude d’émigrations.
Quel homme juste pourrait blâmer l’abandon d’un pays où l’autorité et la force se trouvent dans les mains du délire et de la fureur ?