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F-Chapter 12

Page: 142-166


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CHAPITRE XII

Apathie des puissances de l’Europe sur l’état de la France ; les droits de l’homme ; leur critique ; réflexion sur l’égalité et la liberté.


Que faisait l’Europe entière, pendant cette succession alarmante de troubles et d’horreurs ?
Pitt, brûlant du désir de se venger, suivait son plan désorganisateur ; les autres cabinets, conduits par des ministres, ou inhabiles ou irrésolus, peu instruits des causes de la révolution, ne calculant ni la force du torrent, ni les limites où il peut s’arrêter, contemplent avec une espèce de joie, l’empire français prêt à s’effacer lui-même du grand théâtre politique.
Mais bientôt, voyant le fanatisme se propager, et le fracas d’un trône renversé lancer ses débris jusque dans leur asile ; ils aperçoivent le danger ; leur haine, leur jalousie font place à une pitié tardive.
Enfin, froissés entre la joie et la crainte,

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ils se préparent à la guerre, au-moins pour se garantir d’une funeste contagion.
Très peu avant la translation du roi à Paris, un métaphysicien très impolitique, mais plein d’orgueil, s’avisa de compulser Grotius, Condillac, Rousseau, le code américain, et accouche laborieusement des droits de l’homme fondés sur les bases fausses de l’égalité et de la liberté.
Des gens clair-voyants lui disent : - Monsieur l’abbé, étouffez ce monstre politique ; si vous le laissez vivre, il produira le vandalisme, l’insubordination et le désordre. – Eh bien ! déposez votre déclaration, votre chef-d’œuvre dans les tribunaux, pour éclairer les juges, mais ne les publiez point. Voulez-vous le rendre meilleur ? établissez ses devoirs d’une manière précise, et faîtes-les cadrer parfaitement avec les droits de l’homme. Faîtes dire au peuple : Personne n’est au- dessus de moi, je suis libre ; c’est égarer la morale publique, c’est détruire tous les rapports qui unissent les homes. Personne n’est au- dessus de moi : donc, je ne dois d’égards à personne.

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Je suis libre : donc, tous les freins qui s’opposent à mes volontés, sont brisés.
Voilà, M. l’abbé, la source des outrages que le peuple se permet envers ceux qu’il avait toujours respectés ; voilà, M. l’abbé la cause des crimes auxquels il s’est livré avec tant d’audace. Mais, examinons un instant votre prétendu chef - d’œuvre, qui se trouve partout encadré, comme le sont les tables de la loi chez les Juifs

Commençons par le préambule :
« Les représentants du peuple Français constitués en assemblée nationale, considérant que l’ignorance, l’oubli ou le mépris des droits de l’homme sont les seules causes des malheurs publics et la corruption des gouvernements, etc. »
D’abord, il est faux que l’ignorance soit la seule cause des malheurs publics ; c’est absolument le contraire : s’il se trouve un mauvais sujet dans un village, qui prêche la désobéissance : c’est toujours celui qui a fait quelques études ; mais suivons :
« Ont résolu d’exposer dans une déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de l‘homme. Afin que les actes

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du pouvoir législatif et ceux du pouvoir exécutif, pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus respectés. »
Mais cette faculté de comparer mettra des entraves continuelles aux autorités ; chaque individu se croira juge des contradictions, s’il y en a ; il en fera naître s’il n’y en a pas : qui sera juge entre la loi et celui qui ne veut pas qu’on l’exécute ?
Ce principe est très dangereux, et il a été la base de tous les mouvements séditieux. Les Jacobins, les Cordeliers, les Feuillans, les clubs en général, les clubs en général, prouvent cette vérité.
« Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ; les distinctions sociales sont fondées sur l’utilité commune. »
Tout droit date d’une convention, et comme il est convenu que le fils d’un savetier n’a pas les mêmes droits que le fils d’un prince, il en résulte que les hommes, en société, ne naissent point avec les mêmes droits, excepté les droits attachés à leur nature ; car le plus despotique tyran ne peut pas dire à son esclave : Je te défends de sentir le mal que je te fais ; je te défends de digérer : mais quand même les hommes naîtraient égaux en droits, ce n’est

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pas une raison pour qu’ils demeurent égaux ; le criminel a perdu ses droits à la liberté.
Si l’on a voulu dire : les hommes naissent avec le droit de posséder leurs droits inégaux, cela ne valait pas le peine d’être écrit.
Quand aux distinctions, il en faut, sans doute ; ainsi on a induit le peuple en erreur, en lui faisant croire à l’égalité positive, et à la souveraineté sans réserve.
« Le but de toute association politique, est à la conversation des droits naturels, est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme ; ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté, et la résistance à l’oppression. »
La liberté, oui ; la propriété, oui encore ; la sûreté n’est pas un droit, c’est une convention politique.
Quand à la résistance à l’oppression, ce n’est pas un droit de l’homme ; le sauvage ne peut être opprimé ; la guerre n’est point une oppression. Si un voleur m’attaque, je résiste : voilà mon droit ; j’en use, parce que la société n’es pas là pour me défendre quand il se croira opprimé, alors toute contrariété sera une oppression ; il se défendra, et le loi n’aura

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point d’effet ; ainsi, ce prétendu droit est un germe de révolte.
« Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation ;nul corps, nu individu ne peut exercer d’autorité qui émane expressément »
Faute d’avoir défini la souveraineté, chaque club, chaque groupe, chaque attroupement lanternant, tuant, massacrant, guillotinant, prétend agir en vertu de la souveraineté nationale.
Le principe de la souveraineté du peuple, mal expliqué, est donc destructif de l’ordre.
« La loi ne doit défendre que les action nuisibles à la société. »
Mais les actions nuisibles dans un canton, sont très utiles dans un autre. De deux choses l’une, ou le législateur regardera comme nuisible ce qui lui plait de défendre, ou chaque individu sera juge de ce qui n’est pas nuisible ; dans le premier cas, le législateur fera une loi qui ne nuira pas à son canton ; dans le second, la loi sera jugée mauvaise, et le droit de résister à l’oppression détruira le ressort du gouvernement.
« La loi est l’expression de la volonté générale. » Bon ! Tous les citoyens ont le droit

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de concourir personnellement à sa formation ".
Ce principe est très dangereux.
Le concours de tous les citoyens est une chose impossible. La différence des territoires, des besoins, des esprits, empêchera souvent que le consentement soit général ; ainsi, tout homme, à qui une loi sera défavorable, pourra la méconnaître : des pétitions, pour et contre, paraîtront ; quelle sera la volonté générale, Céder ou passer outre ont des inconvénients ; l'un montre de la faiblesse ; l'autre étouffe la liberté.
Pour qu'une loi soit bonne, il faut que le peuple statue sur le peuple, et ne considère que lui- même. Voyez le contrat social.
" La loi ne doit établir ! Cette manière vague de raisonner établira une controverse éternelle entre le législateur et le délinquant, entre la loi et le critique. La loi n'est pas un être ; elle est faite par les hommes sujets à erreur.
" La libre communication des pensées et des opinions est un droit le plus précieux de l'homme. "
" Tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus

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de cette liberté, dans les cas déterminés par le loi. "
Tout abus doit produire un mal, pour l'éviter il fallait définir en quoi consiste l'abus de parler, d'écrire et d'imprimer, autrement on laisse à l'arbitraire la faculté de promener sur l'exception que la loi exprime.
" Tous les citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes, la nécessité de la contribution publique. "
Jamais un paysan ne constatera la nécessité d'une contribution, à moins qu'il ne soit excepté.
" De la consentir librement ".
Il ne la consentira que forcément.
" D'en suivre l'emploi ".
Il verra partout des inutilités
" D'en déterminer la quantité ".
Tout pour ses voisins.
Rien n'est plus avide, plus égoïste, plus injuste que le paysan, en fait d'intérêt.
" Toute société, dans laquelle la garantie des droits n'est pas assurée, ni la sparaion des pouvoirs, déterminée, n'a point de constitution. "
Et voilà justement pourquoi la France n'a point de constitution.

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J’invite mes lecteurs à lire l’analyse de la constitution de 1789, 1790 et 1791, par M. de Clermont de Tonnerre, ils y verront que chaque article porte, avec lui, la condamnation de ses principes.
On a donc trompé le peuple, quand on lui a présenté ces droits comme une base solide, sur laquelle toutes les lois devraient s’appuyer.
Cette déclaration devait être une série de maximes si claires, si précises, que le législateur lui-même ne pût s’en écarter.
Ici chaque article a son exception, et il est constant qu’en fait la législation, tout doit être de rigueur.
Si l’un réclame le principe, et l’autre l’exception, qui décidera ?
Louis XVI a eu la vue plus longue que tous les philosophes de l’assemblée constituante, lorsqu’il a senti les dangers des droits de l’home, et a montré de la répugnance à les sanctionner.
L’égalité suppose une vert générale, et il n’y point de vertu générale, à moins qu’elle ne prenne sa source dans une vertu générale, comme à Sparthe ; on a beau prôner l’égalité, jamais, jamais la France ne le sentira que pour en abuser. Au reste, la souveraineté du peuple

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et l’égalité sont incomparables, car le principe du despotisme est l’égalité ; c’est ce que voulut dire Tarquin, lorsqu’il abattit les têtes de pavots plus élevés que les autres : lui despote, voulait des hommes égaux, et la souveraineté du peuple n’a jamais existé que dans l’enfance de la politique. Tous les législateurs ont mis une ligne de démarcation entre le peuple et la souveraineté, parce que l’obéissance ne peut être ordonnée que par un pouvoir au- dessus de celui qui obéit.
« L’égalité ( dit Burlamaquy) exclut toute subordination, comme l’égalité de deux poids fait qu’ils restent en équilibre ; il faut donc qu’il y ait, dans la nature même de ceux que l’on veut subordonner l’un à l’autre, des qualités essentiellement différentes, sur lesquelles on puisse fonder la relation du supérieur à l’inférieur. »
Si l’homme trouvait partout une subsistance assurée , aucun homme n’en aurait asservi un autre ; donc sans les besoins l’égalité subsisterait.
Ne faut-il pas quarante ouvriers pour un maître, autrement qui cultiverait la terre ? Pus il y a de bras, plus la terre rapporte ; donc le système de l’égalité est un principe de famine.
Les Ephésiens eurent leurs sans- culottes.

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Cicéron, qui valait bien nos législateurs, rapporte, comme une dépravation, ce qu’ils dirent en exilant Hernodore : Que personne parmi nous ne se croit supérieur à un autre ; si quelqu’un est dans ce cas, qu’il s’éloigne.
L’aristocrate Héraclite a prétendu que celui qui avait osé parler ainsi, méritait la mort.
Mais, supposons un instant l’égalité incontestable ; le législateur Sieyès devait sentir qu’une vérité n’est pas toujours une règle de politique, et que les ressorts qui font agir les homes ne doivent pas être connus de tous.
Composez une société de gens égaux ; elle n’aura ni chef, ni lois, ni force.
Les factions de Rome n’ont pris un caractère de férocité, que quand les distinctions civiles cessèrent d’exister.
Alors on vit des têtes sanglantes dans le forum ; alors tous les praticiens déshonorés se jetèrent dans le parti du bas peuple, pour tenir à quelque chose, et trouver des appuis.
Lecteurs, comparez ces faits historiques, avec ce que vous avez vu.
Je crois que, si, au lieu de dire : Tous les hommes sont égaux, on eût dit : tous les hommes sont aristocrates, on se serait bien approché de la vérité.

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Qu’est-ce qu’un aristocrate, dans le sens de la révolution ? C’est celui qui n’est point partisan de l’égalité.
Eh bien ! il n’ existe personne qui n’ait le désir de s’élever au- dessus de ses semblables.
L’enfant, dès le berceau, montre cet esprit ; il est impérieux avec sa nourrice ; il l’est avec sa bonne ; il l’est au collège avec ses camarades, s’il a quelque supériorité.
L’homme qui travaille pour s’élever est un aristocrate ; car il ne veut pas rester dans la classe commune.
C’est un choix incroyable, que les effets spontanés qu’ont produit les droits de l’homme, et la doctrine de l’égalité.
Traçons en une légère esquisse :
1° L’oubli de tous les égards
Voici une lettre, datée de Blois, écrite au roi avant son départ pour Varennes :
« Les amis de la constitution ne savent que parler son langage ; (le langage de la constitution !) le ton de fierté ne la quitte jamais, ; (est-il possible d’être plus bête ! le propre d’une constitution n’est pas d’être fière) nous ne vous ferons point de compliments ;la liberté ne nous a point appris l’art des

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compliments ; ( il fallait dire l’égalité) le corps municipal vous a fait une adresse ; nous improuvons une expression comme inconstitutionnelle : nous ne vous reconnaissons point comme notre souverain, nous sommes les sujets de la loi, et point des vôtres ».
« En nous délégant la première fonction du second de ses pouvoirs, elle ne s’est point dessaisie de la souveraineté. »
Quelle logique ! eh bien ! cette bêtise de quelques artisans bilieux, a trouvé des admirateurs. C’est la grenouille qui enfle.
2° Un mouvement général s’est fait sentir en raison inverse de l’ordre naturel ; le valet est devenu insolent, irrité par des passions viles, ne voyant plus de degrés entre lui et son maître, il a suivi les impulsions de son orgueilleuse avidité, et s’est fait dénonciateur.
3° Les gens les plus ineptes et les plus impudemment impérieux, ont été portés, par les sociétés populaires, à des places importantes.
J’ai vu un violon sauter, d’un orchestre, au grade de commissaire des guerres.
J’ai vu un cordonnier quitter sa boutique pour être proclamé général.
J’ai vu prendre des cadrans solaires et des arabesques pour des signes de féodalité (1).
On a bien fait de dire et l’on a eu raison de croire que l’homme de mérite a le droit de prétendre à tout, selon sa vocation ; car le génie est un brevet de noblesse donné par la nature. Mais quand Monsieur le chancelier m’a appris que toutes les occupations sont honorables. , je puis croire qu’il n’a voulu dire également honorables ; car autant vaudrait être savetier que chancelier.
Peut-être eut-il été plus vrai de dire : « La vertu peut se rencontrer dans tous les états ; par conséquent , tout état peut-être honoré, par celui qui l’exerce ».

(1) Voici une déclaration prise pour moi, étant en prison ; je supplie le lecteur d’excuser cette citation. J’ai l’écrit sous les yeux.
« Vue la demande du citoyen …… Le conseil accordera au dit citoyen, pour le jour qu’il sera demandé par le dit citoyen bien entendu que le dit citoyen ne sortira pont de ….. et le comité lui enverra un gendarme le jour qu’il sera demandé.
Les membres du comité, etc.
Tels étaient les gouvernants. Qu’auraient dit ces gens- là si l’on avait mis dans leurs boutiques des gens qui ne sussent pas rase ou mettre un fond à une vieille culotte ?

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Quand à la Liberté , c'est un être que le peuple ne connaît point ; dites- lui qu'elle consiste à faire tout ce que l'on veut, pourvu qu'on ne nuise point à autrui, il vous répondra : ce n'est point cela ; être libre, c'est n'être asservi à aucune loi ; c'est le droit de s'emparer des propriétés qui conviennent ; d'insulter qui l'on veut quand même quand on est le plus fort ; de violer ses engagements sans avoir peur des hussiers ; de piller, d'incendier, de tuer sans crainte d'être pendu. En voulez- vous l preuve ? c'est que depuis que nous avons des législateurs à la tête du gouvernement, tout cela se fait sans contrariété.
Ainsi la liberté française, telle qu'elle est conçue par le peuple, n'est autre chose que l'anarchie.
Il paraît, au surplus, que le mot peuple n'a pas encore une acception bien déterminée ; car si l'on se plaint de mauvais traitements, on vous répond : il faut avoir de la patience ; il faut souffrir ; il ne faut point contrarier le peuple.
Par conséquent la souveraineté du peuple n'est que la souveraineté du peuple n'est que la souveraineté des artisan …… Ah ! je me trompe, les artisans travaillent : ce sont d'honnêtes gens ; je ne prétends parler que de la tourbe fainéante et mal intentionnée, de-


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venue féroce, par la seule raison qu'elle se croit libre, mais d'une liberté semblable à celle des loups, des renards, des fouines.
Examinons un instant les effets de cette liberté, tant prônée, tant chantée, dont on a tant multiplié les signes.
Je ne puis vaquer à mes affaire ; je ne puis faire le plus petit voyage sans être arrêté, examiné, interrogé ; si par hasard j'ai égaré mon passeport, je suis suspect, et quoique bien connu, on m'incarcère.
Ma femme est absente pour affaires ; elle m'écrit : sois tranquille, tout va bien. Sa lettre est ouverte par des commissaires, on y voit une conspiration ; des gendarmes viennent me prendre, me conduisent en prison, je ne sais pourquoi ; on m'interroge sur une conspiration ; mon étonnement me donne l'air coupable ; on me montre la pièce de conviction, je prouve qu'il est question d'une affaire de commerce ; on ôte mes chaînes, mais avec une injonction d'être plus circonspect à l'avenir.
On me tourmente pour payer des impositions ; la nation me doit, je me présente pour être payé ; on me demande des pièces qu'il est impossible d'obtenir, des certificats que l'on me refuse. - Mais je ne demande à recevoir


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que pour vous payer ; retenez ce que je vous dois, et cessez vos poursuites. – Point. Commencez par payer. – Je ne le puis, à moins que vous ne me payiez vous- mêmes ce que vous me devez. – c’est égal, on saisit vos meubles.
Je ne suis pas sorti de chez moi , je le prouve par mes infirmités; un coquin me dénonce comme émigré, cela suffit ; on saisit mes biens – Mais j’ai la goutte, je ne puis marcher ; mille témoins déposeront que …….. – Vous êtes émigré, la preuve est sûre, voilà la liste.
Je suis chef de famille, la disette est à craindre, j’achète du blé, du riz, des provisions pour quelques mois, mon ennemi va déclarer que je suis un accapareur ; sur ce prétexte, une horde de brigands entre chez moi, me pille, dévaste ma maison ; mon crime est d’avoir été un bon père et prudent ;je connais les voleurs ; ma plainte n’est point admise, leur action est approuvée.
J’ai chez moi des armes pour une garantir de brigands ; on vient me les enlever. – Mais ma maison est isolée, vous me mettez en proie aux assassins. Rien n’est écouté.
J’ai un cheval ; il est nécessaire à mon état, à ma santé. Point d’égards. – Mais


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le cheval est à moi. - Non, il est né à la Nation. - Je l'ai payé. - Tant mieux, iln'est plus à payer. - Vous me volez. - On vous le remboursera, mais n'y comptez pas, c'est moi qui vais le montrer.
J'ai un peu d'argent, épargné pour vivre, dans ma vieillesse ; il faut que j'en fasse la déclaration ; il faut que je m'en dépouille.
Je n'ai point d'argent, mais je suis soupçonné d'en avoir ; on vient chez moi faire des perquisitions, comme si ce qui m'appartient avait été volé.
Je suis tranquille, je ne ors point, je ne médis de personne, je ne me mêle point des affaires de l'état ; on me dénonce comme indifférent, et sous ce rapport je suis exposé aux persécutions.
On élève un arbre de la liberté, je ne puis me rendre à cette auguste cérémonie, parce que je suis malade ; des soldats viennent me chercher, me forcent d'aller baiser l'herbe, je m'incline pour cette acte ; on ne me pousse la tête, on me casse le nez et les dents, pour me punir d'avoir été malade (1).


(1) Ce fait est arrivé à Noyon.



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Nous avons des exemples de nations qui ont voulu être libres, mais jamais elles n'ont établi vaguement les principes de la liberté, jamais elles n'ont supposé au peuple des vertus qu'il n' pas ; jamais elles n'ont soumis leur empire au hasard d'une expérience politique. Ces nations ont posé les fondements de leur liberté, sur un système de morale, et lui ont imprimé un caractère sacré.
Jamais, depuis que le monde existe, aucun peuple n'a établi un gouvernement sur le principe de l'égalité. Serait- ce par hasard que cete conception n'est point venue ? non certainement.
A Lacédémone il y avait des Ilotes.
A Athènes des esclaves, et c'était le plus grand nombre.
A Rome on distinguait les chevaliers et les plébéiens.
En France, on a créé la souveraineté du peuple, idée absurde ; car un souverain ne peut être souverain de lui- même.
Quoi !on choisit des hommes pour gouverner qu'au milieu de vos maîtres.
Quoi ! quand les représentants dissipent , on peut dire au peuple. C'est vous qui vous ruinez



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Quoi ! quand ils exercent une tyrannie despotique, on peut dire au peuple. C'est vous qui vous tyrannisez. Quelle crédulité ! mais le peuple est un enfant, on lui fait accroire ce que l'on veut.

Il existe un fait certain, c'est que chaque individu doit avoir sa place marquée dans la société ; si vous confondez le mérite , la fortune, le rang, les talents ; la jalousie éclatera, et vous verrez bientôt la guerre et le désordre ; cela est arrivé : les pauvres ont pillé les riches ; les ignorants ont accablé le mérite.
Il paraît enfin, un plan de travaux ; trois bases en sont les principes ; la première, territoriale ; la seconde, de population ; la troisième, d'impôt. Pour ne pas établir, une aristocratie de richesse, il a fallu rejeter la contribution d'homme à homme ; ainsi les droits de l'homme et la contribution, n'ont pu s'accorder ; par conséquent ; dans l'exécution ; le système de l'égalité s'est trouvé impossible, et cela n'a pas ouvert les yeux !
Il y avait des impôts onéreux, cela est certai ; le peuple ne demandait qu'à être soulagé : qu'à- t- on fait ? pour le servir mieux qu'il ne le désirait, on a déclaré tous les impôts oppressifs, et cependant il a été décrété


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que ces mêmes droits oppressifs continueraient à être payés.
On devait s'attendre à une révolte, car après avoir déclaré une chose oppressive, il ne fallait pas décider que l'on serait opprimé ; personne ne voulut payer, et par cette manœuvre inconsidérée, toutes les veines et ramifications du trésor public, furent absolument obstruées.
On créa un impôt du quart du revenu, et l'on eut l'indignité d'en faire retenue sur les rentes de ceux que l'on venait de dépouiller de tout ce qu'ils possédaient.
Cette tendance à persécuter, dans une situation qui offrait tant de ressources, est une chose bien étrange.
Lorsque les législateurs anciens composèrent leurs gouvernements, avant de rien entreprendre, ils se crurent obligés d'étudier les sociétés, et de peser l'influence que la vie civile a sur les hommes.
De cette étude, de ces observations, naquirent ces distinctions d'éducations, de professions, de talents, d'âges, etc., etc. ; et de ces distinctions, les classes qui en résultent si naturellement.
Aussi Montesquieu a-t-il dit : que la classement


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des citoyens est le chef d'œuvre des législateurs.
Zaleucus, Lieurgue, Solon et Numa étaient certainement des savants politiques, des hommes sages, des citoyens vertueux ;
Tous ont senti la nécessité relative, tous ont établi une échelle morale parmi les hommes ; tous se sont convaincus que le bonheur du peuple doit former un ensemble composé : ce qui exige des combinaisons, des règles, des lois différentes ; voilà pourquoi Solon n'imita point Lieurgue.
Les Lacédémoniens déliraient sur la liberté, mais ils étaient guerriers, sobres et austères ; d'ailleurs, ils ne voulaient la liberté que pour eux seule, et comme ils avaient des Ilotes, c'étaient des égoïstes très aristocrates.
Les Athéniens, au contraire, aimaient le plaisir, les arts, le luxe par conséquent ; ils ne leur fallait point des lois faites pour former des soldats ; ils le devenaient quand il le fallait.
L'assemblée nationale a eu d'autres yeux que ceux des grands hommes que je viens de citer ; jamais corps ne fut plus idolâtre de ses préjugés, de ses conceptions ; son génie ne fut employé q'à imaginer une foule de sophismes pour s'affermir dans l'erreur.


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L'assemblée nationale n'a point senti le danger de livrer un vaste empire aux vues particulières de quelques orateurs véhéments, à l'influence de la cabale, aux fureurs de la discorde.
Elle n'a pas senti que les classes sont les barrières du despotisme, et les moyens d'action des républiques.
Elle n'a considéré ni la surface énorme du royaume de France, ni les caractères distinctifs des peuples qui habitent le nord, le midi et le centre.
Elle n'a pas senti que les impôts en masse, sont plus lords que les impôts indirects.
Elle n'a point senti, qu'en pliant le chef d'un vaste empire, elle arrachait la clef de la voûte, et préparait la chute de l'édifice.
Jamais LA déraison n'a été plus dogmatique, plus décidée, plus subtile, enfin plus impudente.
Voici une idée neuve en extravagance, ou on la croirait d'un fou échappé d'une maison de force, si le peuple de Paris en avait nommé un parmi ses législateurs.
La 19 juin 1790, on vient annoncer à l'assemblée


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nationale une ambassade, emportée de Chaldéens, d'arabes, de Prussiens, de Polonais, de Suisses, d'Allemands, d'Anglais, de Hollandais, de Suédois, d'Italiens, d'Espagnols, de Nègres, de Syriens, d'Indiens, de Brabançons, de Liégeois, d'Avignonnais, de Sardes, de Grisons, de Siciliens, tous en costume, et réunis le même jour pour complimenter les sages législateurs.
Cette députation, digne de Sancho dans son île, fut admise ;on reconnut les habits de l'opéra, et le timbre des galériens sur les épaules de quelques ambassadeurs.
L 'objet de cette scène burlesque, était de prouver aux bons Prussiens, que la sagesse des législateurs était répandue sur la surface entière du globe.
Quelle idée doit-on avoir des représentants d'une nation, réduits imaginer de pareilles farces, pour se faire valoir. Il a été prouvé que les ambassadeurs étaient un ramas de coquins, choisis à Bicêtre, payés pour joue leur rôle, et à qui un maître de ballet avait donn des leçons.
Cela fit lever les épaules aux gens sensés,


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mais le bas peuple, qui court après dans les rues, crut à l'ambassade de l'univers, comme la bonne femme croyait que les serpents sortaient de la bouche de l'aristocrate (1)

(1) Cela me rappelle le mot d'un conspirateur Anglais à qui l'on observait que le peuple ne croirait pas les absurdités q'il se proposait de lui dire.
" Nous sommes perdus, répondit-il, s'il ne croit pas des choses dix fois plus invraisemblables ".