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F-Chapter 14

Page: 182-201

CHAPITRE XIV


Tableau de la France sous le roi Jean ; Rabault de S.- Etienne veut créer le peuple pour la constitution , et non la constitution pour le peuple ; on continue à corrompre les soldats ; opinions de l’abbé Maury sur la monarchie ; Mirabeau parle dans le même sens, et agit autrement ; bêtise de Dupont.


Sous le règne du roi Jean, la guerre désolait la France ; il fallut pourvoir aux subsides ; on convoqua les états- généraux en 1355.


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L’archevêque de Reims présida le clergé ; Gauthier de Brienne la noblesse, et Marcel, maire de Paris, le tiers- état. On décréta l’égalité des impositions ; on supprima les servitudes personnelles, les corvées, les capitaineries et garennes, les épices des juges ; cela était sage. On décréta une contribution patriotique ; on vota une armée ; on ordonna que les députés assisteraient aux revues.

L’article des finances fut manqué, parce que les réformes furent livrées à l’ignorance ; alors le royaume était en proie aux révoltes et aux horreurs de la guerre civile ; on en voulait aux nobles, et il y en eut 20 de massacrés dans la seule ville d ‘Arras.

En 1356, de nouveaux états- généraux furent convoqués ; le roi Jean venait de se laisser prendre prisonnier de la bataille de Poitiers ; le dauphin (depuis Charles V) est déclaré régent.

800 députés s’assemblèrent aux cordeliers ; le duc d’Orléans présida la noblesse, et Marcel le tiers- état ; les ministres sont déclarés ne pouvoir y assister.

On forme un nouveau ministère, on proscrit les officiers d’administration ; l’anarchie résulte de ces changements, on se bat dans tout le


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Royaume, on veut prendre les ministres, on confisque leurs biens ; Marcel s’empare de toute l’autorité.

En 1557, les députés se déclarent inviolables ; pour assurer leur inviolabilité ; il décrètent que chacun d’aux aura six gardes.

Le roi jean du fond de sa prison, cassa ce que les états- généraux avaient fait.

Ici commence les cruautés et les barbaries de tout genres. Le roi meurt.

La saine partie de la nation désavoua la conduite de ses députés, et l’on vit beaucoup d’honnêtes gens se séparer du corps législatif.

Charles V casse les états- généraux, quitte Paris, et y revient sur des offres magnifiques ; mail il est obligé de faire lui- même une nouvelle convocation d’états- généraux.

Charles le mauvais, beau- frère du roi, y arrive avec une armée de brigands, et se loge à l’abbaye S.- Germain.

Le roi harangue le peuple ; il se plaint qu’on lui a tout ôté, même le pouvoir exécutif ; Marcel harangue de son côté, et triomphe ; la noblesse, indignée, se retire. Perin assassine le trésorier du roi, et se sauve dans une église ; il est pris et pendu.

Marcel outré, fait assassiner dans la rue,


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Regnault d’Arcy, avocat général, et l’on mène sa tête, de- là on monte au palais du souverain ; le roi témoigne de l’effroi ; on massacre sous ses yeux le maréchal de Conflans, et le maréchal de Clermont.

Charles demande la vie ; on la lui accorde à condition qu’il changera de chaperon (ou cocarde). On veut que le roi approuve tout, et pour le déterminer à cette condescendance, on promène sous ses yeux, les cadavres de ses deux amis. Alors on porte à la sanction royale les décrets les plus absurdes ; tout est sanctionné.

Les troupes se débandent, la subordination cesse, et l’on pille partout avec impunité, quoique le roi eût la puissance souveraine, il ne pouvait rien faire, qui ne fut visé par trois membres de la commune, et plus bas approuvé par Marcel.

On accuse un gentilhomme nommé Renti, de conspiration ; il est pendu.

Le roi fatigué d’une telle situation, prend le parti d’aller en Champagne, et en 1358, on convoque les états- généraux à Compiègne.

Tous les bons Français portent au roi leurs témoignages d’amour et de fidélité. Les Parisiens sont exclus, saisis de frayeur, ils envoient


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une députation au roi, pour demander pardon ; le roi pardonne, mais à condition qu’on lui livre dix factieux.

Marcel, avec Consac, échevin, font une dernière tentative ; ils prêchent au peuple, que le roi n’est point capable de gouverner le royaume, et qu’il fau nommer Charles le mauvais pour capitaine général ; cette motion n’a point de succès ; Charles le mauvais était un lâche, qui avait perdu la confiance des parisiens. Enfin le scélérat Marcel périt sous les coups de Maillard ; on prend quelques coquins ; le roi rentre à Paris au milieu des acclamations ; alors on fait de bonnes lois, on paye les subsides, et le calme reparaît.

Ce tableau tiré de l’histoire, a une ressemblance bien frappante avec les premiers évènements de la révolution française ; on peut comparer.

Nous avions eu un Marcel dans Péthion, un Charles le mauvais dans d’Orléans, un Renti dans Favras ; nous avons vu le roi insulté dans son propre palais ; nous avons non seulement vu l’échange du chaperon, ou cocarde, mais encore celui du chapeau contre un bonnet rouge ; nous avons vu promener des têtes, des cadavres, sous ses fenêtres ; nous



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Avons vu des harangueurs de la populace, prêcher l’insubordination et le pillage ; mais nous ferons voir dans le cours de cette ouvrage, des scènes d’horreur, qui n’ont pas été vues chez aucune autre nation,sans excepter les plus atroces parmi les peuples sauvages.

On a donc agi sans réflexion, lorsque l’on a voulu créer une constitution nouvelle ; bien plus, lorsque l’on a voulu modeler la nation entière, sur cette constitution.

Il faut renouveler le peuple français, disait Rabault de S. Etienne ….. Monsieur le président ! si vous n’étiez pas dans le délire, lorsque vous avez tenu ce propos, on doit vous regarder comme un des incendiaires de la France.


Quelle nécessité de renouveler le peuple français ; puisque ses arts, ses sciences, son éloquence, son énergie étaient au plus hauts degrés ? Pourquoi renouveler ses idées ? si elles sont bonnes ; ses lois ? quand le fond en est excellent, on pouvait travailler sur les abus.

Les hommes ? renouveler des hommes ! A-t-on bien réussi ?

Les mœurs ? les moeurs françaises avaient une teinte d’amabilité, que l’on remarquait partout.

Les choses ? Est-ce la religion ? c’est provoquer le fanatisme. Ah ! M. Rabault de S.- Etienne, au lieu de dire : Il faut renouveler le peuple Français, il faut tout décomposer ; vous deviez prêcher la paix, l’union, la concorde, et non pas propager une doctrine propre à enflammer les esprits ; accoutumé à instruire des hommes, vous deviez savoir combien il est dangereux d’enivrer le peuple de son indépendance ; vous deviez sentir que vous mettiez un rasoir dans les mains des enfants, avec lequel il devait nécessairement s’estropier.

On a beau me dire que la régénération de la France va nous ramener à l’âge d’or, que nos campagnes vont ressembler à la vallée de Tempé ; que nous allons être heureux que l’était les anciens Arcadiens ; que notre vieillesse sera celle de Philémon et Baucis. J’envie l’imagination de ceux qui voient ainsi, mais je suis l’observateur de sens froid, et je cherche en vain cette liberté dont je suis idolâtre ; où est-elle donc ? est-ce dans la société générale, ou des comité de recherches forment , d’un bout à l’autre du royaume des inquisitions plus cruelles que celles de Goa ; où toute délation est admise ; où mon ennemi a le pouvoir de me perdre, où mille prétextes favorisent cette tyrannie ; où l’on viole le



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secret des lettres ; où l’on arrête les voyageurs, pour les tourmenter par des perquisitions, pour les incarcérer sur un soupçon sans vraisemblance ; où l’on n’écoute, ni leurs réclamations, ni leurs plaintes, quelques justes qu’elles soient ; enfin c’est un fait incontestable, que, sous le règne de la liberté, il a existé plus d’attentats contre la liberté individuelle, plus d’emprisonnements illégaux, plus de forfaits, plus de meurtres, plus d’atrocités, qu’il y en a eu dans les trente dernières années du prétendu règne de l’esclavage. Ajoutons à cela, le prétexte des complots, si nécessaire aux calomniateurs stipendiés, pour entretenir le peuple dans sa férocité. Complot de Favras, pendu ; complot de Voisin, massacré, complot d’Augeart, fermier- général, complot de Maillebois ; complot des nobles, complot de Languedoc ; complot d’Avignon, complot des Calomnies, etc. toujours des complots, dont le vrai but était de faire périr des citoyens vertueux.

Pourquoi donc toutes ces infamies ? pour changer la forme de l’état.

Il y avait, ce me semble, quelque chose de mieux à faire que de renverser l’édifice du gouvernement, et d’en balayer les décombres,


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Pour élever, sur son sol, les plans théoriques d’un édifice expérimental ; il ne fallait pas, comme font les sauvages, abattre l’arbre pour cueillir les fruits ; il ne fallait pas, pour rendre le mouvement à une machine dérangée, en briser tous les ressorts.

La constitution monarchique s’oppose d’elle-même au despotisme ; il n’était donc question que de travailler sur la monarchie, et de la ramener à ses vrais principes ; mais on en voulait à la royauté comme puissance, et pour ne point rencontrer d’obstacles, il fallait prendre le parti violent d’anéantir les forces qui pouvaient la défendre ; ainsi , en décrétant la monarchie comme principe constitutionnel, on travaillait à dégrader le monarque ; contradiction bien surprenante dans un corps législatif. Au reste, des mandataires assez audacieux, pour méconnaître leurs commettants, pour dépouiller des milliers de citoyens, sans avoir prévu comment les dédommager ; pour tailler jusqu’au vif, dans les fortunes, sans écouter les cris perçants des pères de famille réduits à la mendicité.

Je dis que de pareils hommes, après avoir envahi tous les pouvoirs, peuvent encore, sans scrupule, détrôner leur roi. Mais comment


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détrôner un roi qui a cent mille hommes à ses ordres ? En pareil cas, la ruse est supérieure à la force. On montre aux soldats le souverain sous un aspect odieux ; on les admit dans les clubs, pour qu’ils prissent l’esprit turbulent de ces monstrueuses sociétés ; on dit au cavalier, au dragon, au hussard, au fantassin :
« Vous êtes citoyens, jouissez des droits de l’homme ; personne n’est au-dessus de vous, les évêques sont électifs, pourquoi les généraux ne le seraient- ils pas ? pourquoi le soldat n’aurait-il pas la prétention de devenir général ? pourquoi au moins, n’auriez- vous pas le droit d’élire vos chefs ? Frères et amis ? vous avez cette faculté, vous le pouvez, vous le devez ».

Les leviers de l’intérêt furent ensuite employés avec succès ; on éleva des sergents, des caporaux à des grades supérieurs ; on fit passer dans leurs mains, la puissance des conseils de guerre ; enfin on parvint à donner à l’Europe, étonnée, le spectacle de la France sans loi et sans discipline. Pour arriver plus sûrement à cette désorganisation, on créa deux armées qui ne pouvaient sympathiser ; savoir l’armée municipale et l’armée de ligne, c'est-à-dire deux grands corps en opposition pour mettre en mouvement la même machine ; des


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Régiments de bourgeois ne pouvaient guère s’arranger avec des régiments de troupes réglées, n’ayant ni la même subordination, ni le même esprit. Cette manœuvre donna lieu à ce problème : Si la nation et les représentants se divisent, qui commandera, qui emploiera la force ?

Quoi ! pour réformer les abus d’un gouvernement, on commence par créer deux anarchies, l’une populaire, l’autre militaire ; Quoi ! pour détruire un prétendu despotisme, on y substitue la tyrannie.

Les législateurs ont beau s’attendrir sur leur ouvrage, le montrer sur les faces les plus favorables, faire retentir les airs des mots liberté, égalité, philosophie, lumière; trouve des prôneurs, des enthousiastes, des apôtres, des martyrs : ils ont un juge sévère, et ce juge est l’expérience ; il a déjà prononcé.

L’administration d’un empire ne s’établit pas sur des données vagues ; l’administrateur seul a le coup d’oeil juste ; lui seul peut apercevoir ce qui résultera de tel ou tel changement, parce que lui seul connaît les difficultés, les obstacles, les résistances. Il doit donc paraître bien extraordinaire qu’un corps qui a entrepris de régénérer un royaume composé de


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vingt- cinq millions d’âmes, ait écarté de son sein les administrateurs, les membres éclairés du conseil, et en général tous ceux qui connaissaient à fond les grands ressorts de l’empire ; bien plus qu’il ait absolument rejeté l’expérience de quinze siècles, et méprisé le génie des plus savants maîtres en politique.

Que l’on suive l’assemblée nationale dans ses opérations, partout on y verra des bévues, des contradictions, partout à côté de l’ordre d’exécuter, on verra l’impossibilité d’exécution, partout ce nivellement si funeste des citoyens apportera les plus grands obstacles.

On aura de la peine à croire que les législateurs de l’empire français aient écarté la marche lente mais sûre de la raison, pour se livrer à l’esprit sophistique et à l’escrime des anciennes écoles, où celui qui enveloppait le mieux la vérité, était regardé comme le plus savant ; on aura de la peine à croire qu’ils aient rejeté toutes les règles admises en politique, pour faire dépendre le sort d’une grande nation de l’astuce de quelques logiciens de mauvaise foi ; on aura, dis- je, de la peine à croire que le bon sens qui cherchait toujours à se montrer par l’organe de quelqu’esprit tempéré, eût toujours été combattu et vaincu


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et que les trois quarts au moins des décrets aient été rendus au milieu du bruit, du tumulte, des outrages et des menaces.

De bonne foi, est-ce ainsi que l’on régénère un empire ? est- ce là la conduite que doivent suivre des députés, honorés de la confiance du peuple français ?


Je le répète, rien ne s’est fait dans l’assemblée sur un plan suivi ; tout a été cédé à l’impulsion du moment, ou aux menées sourde de la cabale.

Voilà pourquoi on ne voit aucune cohérence dans la nouvelle administration.

Les pouvoirs sont confondus ; point de puissance motrice décidément prononcées ; point de combinaison dans les forces de l’état, point de sénat pour rectifier les erreurs du peuple ; pour ramener les représentants quand ils s’écartent ; point de rapport politique avec les puissances voisines ; on a mis un simulacre de roi à la place d’un monarque si nécessaire pour maintenir l’équilibre de l’Europe entière ; jamais jusqu’à ce jour, on n’a entendu parler d’un corps politique,composé d’une assemblée active, ayant ses officiers exécutifs ; et certainement, un roi, fonctionnaire public, et huit millions de familles, ne peuvent former un gouvernement.


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Les législateurs disent : » Nous ne voulons point de conquêtes ; cela est sage ; mais ne pas vouloir conquérir n’est pas une raison pour ne pas être conquis. La guerre est un mal nécessaire, et la paix n’existe qu’au milieu de l’appareil de la guerre. Si vis pacem para bellum.

Le bal état de sûreté pour des citoyens, qu’un vaste royaume, où le droit de déclarer la guerre est dans les mains d’une assemblée nationale; où, quand l’empire est menacé, il faut que le souverain, avant de prendre un parti, assemble des députés de toute pats, pour venir examiner s’il faut se défendre. Quel potentat voudrait faire une alliance avec un monarque impuissant ? si ce potentat demandait l’exécution d’un traité, on lui répondrait : « Attendez la convocation d’une assemblée de bourgeois, de marchands, de fermiers, de procureurs, pour savoir s’il est capable de remplir le traité.

Tous les cahiers ont demandé le maintien de la royauté ; voilà le véritable vœu du peuple ; il a été décrété que les lois seraient concertées avec le roi et pour les établir il faut la sanction souveraine.

Qu’est- ce donc que vous sanctionner une loi ? c’est la rendre obligatoire, c’est lui donner un caractère d’inviolabilité.


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Or, la sanction du souverain n’étant que son approbation, il devait donc avoir le droit de désapprouver ; or, le droit de consentir ou de dissentir suppose une entière liberté.

L’assemblée nationale a senti cette vérité, et voilà la source des discutions sur le veto, et des sophismes qui en ont été les suites.

Sur ces données, que l’on ne peut contester, comment des délégués ont-ils pu se délier eux- mêmes, s’envisager comme la nation entière, et s’attribuer, à ce titre, la puissance souveraine, au point de regarder la sanction du roi comme inutile.

La révolution Française a produit un ma qui durera éternellement.

Jamais on ne verra les potentats s’en rapporter à leurs sujets pour réparer les désordres ; jamais on ne verra un souverain se jeter dans les bras de son peuple ; il craindra une députation de législateurs.

Il pouvait être bon de restreindre la puissance du monarque, pour ôter à nos descendants la crainte d’avoir un Louis XI, un Charles IX ; mais, plus on restreignait l’autorité du souverain, plus il fallait que l’opinion publique suppléât à sa faiblesse.

Voyez les doges de Venise, de Gênes, la


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gonfalonier de Lucques ; ils sont esclaves, dans le fait ; mais comme chefs, ils jouissent des plus grands honneurs et de la plus profonde vénération.

Il est bien difficile de concevoir pourquoi l’on a établi la monarchie comme base de la constitution française, et pourquoi l’on a dégradé la monarque, car, si la sanction du souverain était nécessaire pour donner à la loi la plénitude de sa force, l’autorité du monarque devait donc être réunie à celle de la loi.

L’abbé Maury a démontré, avec la plus grande évidence, que la France ne serait plus une monarchie, et qu’on ferait un gouvernement monstrueux, si l’on dépouillait le roi des droits inhérents à la couronne.

« Que l’on me cite, dans l’histoire (a-t-il dit), un état monarchique, où le monarque n’exerce pas, sans contradiction et sans partage, le droit de la guerre et de la paix ».

Mirabeau a développé les mêmes principes ; il craignait l’influence des départements sur le corps législatif, il craignait que le vœu de la guerre ou de la paix ne partit du sein des provinces ; il craignait que de violentes agitations ne fissent sortir le corps législatif de ses pouvoirs, et ne devint un second pouvoir


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Exécutif ; il craignait les inconvénients d’une délibération publique sur la guerre ou sur la paix, il craignait le transport des formes républicaines dans un gouvernement monarchique. Cependant la conclusion de ce discours fut qu’il fallait faire concourir utilement le corps législatif à l’exercice du droit de la guerre et de la paix. Ainsi, Mirabeau, après avoir combattu, s’est rendu à ceux qu’il venait de renverser.

On peut croire, avec vraisemblance, que celui-là (1) n’entendait pas Mirabeau, qui a dit dans l’assemblée nationale :
« Il faut sommer l’Angleterre de désarmer ; il faut déclarer à la nation Anglaise, que si elle refuse, la nation Française jure, sur son honneur, de l’aller chercher à Londres. La réponse, ajoute l’orateur, doit être prompte ; il faut que le désarmement commence dans une semaine, ou les hostilités dans un mois ».

Voilà comme on traitait les affaires politiques. Un Anglais, en lisant la motion du représentant Dupont, a levé les épaules, et a dit : The poor man is mad.

On a dit : « Le principe de la souveraineté
(1) Un monsieur Dupont



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réside essentiellement dans la nation, nul corps, nul individu ne peut exercer l’autorité qui s’en émane expressément

Il est certain que si le peuple, composant une nation, était réuni, sa volonté serait souveraine ; mais je crois que 1 200 délégués qui ne s’accordent point, qui tous veulent que leur volonté particulière soit la volonté générale, ne peuvent représenter le souverain en masse.

La volonté générale, par exemple, s’est manifestée, par les cahiers, en 1789, et cependant on n’y eu aucun égard ; de qui donc a émané l’autorité du corps législatif ? de lui- même, donc il n’a pas cru que la souveraineté résidât essentiellement dans la nation.

Si le peuple Français a quelqu’occasion d’exercer sa souveraineté, c’est dans les assemblées primaires, qui réellement réunissent le corps de la nation ; cependant il n’est pas permis au peuple- roi, de délibérer, c’est- à- dire, qu’il lui est défendu d’exercer sa puissance. C’est donc un vice de la constitution, d’avoir créé un peuple libre, et en même temps d’avoir mis des entraves à sa liberté, dans le seul cas où il a droit de l’exercer.

Nous sommes eu 6 septembre 1790.

L’assemblée constituante supprime les parlements.


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tous les anciens tribunaux, et en crée de nouveaux.


A cette époque, le numéraire était tellement disparu, qu’il n’était plus possible de se pourvoir des choses nécessaires à la vie.

Le 29, il fut décrété que les dettes de l’état et du ci- devant clergé seront payées en assignats monnaie, et qu’il en sera mis en circulation pour 1 200millions.

Alors, faute de monnaie, on permit à tout le monde de tâcher dans le public des cartes et billets valant de un à cinq sous ; ce qui donna aux coquins le plus beau jeu possible.

Il parut des billets – monnaie de toutes formes et de toutes couleurs ; on poussait l’audace jusqu’à les porter d’un pays dans un autre, et intimider, par la menace celui qui osait les refuser.

Bientôt l’indiscrétion de cette mesure fut reconnue ; la moitié et plus des billets étaient faux ; les gans de la campagne n’en pouvant rien faire, prirent le parti de vendre leurs poules, leurs vaches, et les marchés cessèrent d’être approvisionnés.

Alors, on créa des assignats de dix sous, de quinze sous ; mais l’abondance ne revint plus, les sources en étaient taries.

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Le 27 novembre 1790, on force les prêtres à prêter un serment par un décret en sept articles.

Le deuxième article donne huit jours aux présents et un mois aux absents.

Le troisième article ordonne de prêter le serment à l’issue de la messe, un dimanche.

Le quatrième, ceux qui sont membres de l’assemblée, le prêteront à l’assemblée.

Le cinquième, ceux qui refuseront, seront remplacés.

Le sixième, ceux qui y manqueront, seront poursuivis.

Le septième et le huitième, ceux qui seront déchus, ne pourront remplir les fonctions sacerdotales, et ceux qui se coaliseront pour ne pas obéir, seront poursuivis.

La manie de l’assemblée était les serments, mauvais moyen, avec de bonnes lois, il n’en faut point.