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F-Chapter 15

Page: 202-223

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CHAPITRE XV


Pensée de Jean – Jacques sur les législateurs ; il ne faut point de changement brusques dans les gouvernements ; il n’y a rien de neuf dans les moyens employés pour opérer la révolution ; comparaison des faits anciens avec les faites modernes.


Le grand argument qui a servi de prétexte au bouleversement général, fut celui- ci :
« Il n’y a pas en France de constitution, il en faut une, pour donner à l’empire une stabilité imperturbable. ». On verra bientôt, que la France avait une constitution ; mais puisque absolument on en voulait une nouvelle, il fallait qu’elle fût bonne, et pour qu’elle eût le moins de défauts possibles, il était convenable d’y mettre le temps.

Les Américains ont médité la leur, et ils ont recueilli tous les suffrages avant de la mettre en vigueur. Si leurs députés au congrès, avaient dit au peuple : « Nous sommes absolument les maîtres ; obéissez à nos lois,


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Bonnes ou mauvaises, jures de n’y rien changer, quelque désordre qu’elles puissent produire, parce que nous sommes infaillibles ; probablement les Américains, sans hésiter, auraient repris les chaînes dont ils venaient de se débarrasser, parce que celles dont on les chargeait, leur auraient parues plus pesantes que les anciennes. Au reste, la situation des Américains et celle des Français ne pouvaient se comparer. Les premiers ont secoué le joug de l’Angleterre, et se sont constitués république ; bon, mais leur population n’est pas la cinquième partie de celle de la France ; mais ils ont créé une république fédérative et non une république indivisible ; mais ils sont isolés ; mais ils ont un naturel paisible et religieux ; aucun de ces rapports n’existait en France.

Les Français sont nombreux ; leur caractère national est la légèreté, l’inconstance et un enthousiasme excessif pour les innovations et les extrêmes.

Or, comme il existe une influence marquée entre les mœurs et le gouvernement, il s’en suit que le gouvernement d’un lieu ne peut pas convenir toujours à un autre. Voilà pourquoi Solon n’imita point Liourgue. Il est


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Certain que l’inclination d’un peuple vers la morale, est plus utile à l’ordre social que les meilleures institutions politiques ; et il est notoire qu’à l’époque de la révolution, les Français avaient une grande propension à l’immoralité.

Jean- Jacques Rousseau, ce même homme dont on parait suivre aveuglément les maximes, a dit : « Celui qui commande aux lois, ne doit point commander aux hommes, parce que le fonction de législateur n’a rien de commun avec l’empire humain ; autrement les lois, ministres de ses passions, ne feraient souvent que perpétuer les injustices, et jamais il ne pouvait éviter que des vues particulières n’altérassent la sainteté de son ouvrage. »


Malgré cette grande vérité, nos législateurs ont commandé aux hommes, de toutes les manières possibles ; ce qui a gâté la sainteté de leur ouvrage. Le même écrivain a dit : « Il est important, en politique, d’éviter tous les changements brusques ; il ne faut pas remplir l’état de mécontents, et n’ébranler jamais brusquement la machine ». Cela n’a pas empêché de faire des changements brusques ; on a même foudroyé la machine, pour la renverser plus promptement. La plupart des grands politiques


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Ont pensé comme l’auteur du Contrat social ; tous ont écrit que les grands changements dans un état, ne doivent s’opérer qu’avec lenteur et qu’il ne faut rien hasarder.

Cependant, on a poussé la hardiesse jusqu’à faire des expériences eonstitutionnelles, et l’un s’est exposé, non seulement à la condition des mécontents, mais encore à la haine de l’Europe toute entière…. et l’on applaudit ! et l’on veut que les mécontents applaudissent ! L’expérience prouve que l’hydre du despotisme, dont on a cru couper les têtes, était moins cruel que le despotisme de la multitude. C’est un fait constaté en politique, qu’une démocratie absolue est bien plus près de la tyrannie que l’état despotique ; ainsi, les démocrates outrés qui ont quelques propriétés sont des grenouilles qui demandent un souverain ; l’hydre qui les dévorera.

L’assemblée nationale s’est regardée comme représentant une nation barbare, plongée dans la servitude jusqu’à l’année 1789 ; elle a cru qu’il fallait créer une société civile ; en conséquence, méprisant tout ce qu’elle possédait, elle a tout détruit indistinctement.


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Il valait mieux laisser les anciennes formes, en améliorer l’usage, enfin rendre la liberté respectable par le juste emploi de son ressort ; alors la France aurait eu le meilleur gouvernement possible, le plus grand revenu de l’Europe, des mines inépuisables, celles de son commerce, fondées sur ses propres productions ; une constitution sage, appuyée sur une base inébranlable ; une monarchie puissante, une armée disciplinée, une noblesse plus populaire, des communes bien composées, des juges incorruptibles, et des prêtres tolérants.

Au lieu de tout cela, nous avons un gouvernement sans contrepoids ; rien n’est lié ; rien ne s’égraine : rien ne va.

Mais (disent les exaltés) de quoi se plaint-on ? Des décrets contradictoires ; de ceux qui favorisent l’oppression ; de ceux qui détruisent la liberté individuelle ; de la licence, de l’audace, mises à la place de la liberté ; de l’impunité des crimes les plus atroces, du despotisme oligarchique, de la force mise dans les mains de ceux qui doivent obéir ; de l’abus des pouvoirs ; du manque de sûreté ; de l’inquisition affreuse des comités ; des entraves mises au droit de voyager ; de la difficulté de recevoir ses revenus, des lois bizarres par


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Lesquelles le corps législatif, au lieu de faire des lois, a mis à sa disposition les forces militaires, s’est emparé de toutes les administrations, s’est réservé l’examen des accusations, le droit de suspendre, d’anéantir les procédures, de prononcer les interdictions, de renvoyer les plaintes aux personnes à qui il juge à propos d’en attribuer les connaissances ; enfin, du reversement total de toutes les conventions possibles.

Quoi avec de tels principes, l’assemblée nationale méprise tous les gouvernements, s’applaudit de son habileté, fais des parades publiques, pour écarter les cris de l’indigence ; assure que tous les Français sont des philosophes, et fait des efforts pour propager cette philosophie nationale, chez toutes les nations ; et les législateurs disent : Nous travaillons pour votre bonheur, nous voulons vous rendre heureux ! et le bon peuple Français, c'est-à-dire, la classe qui aime l’anarchie, croit à son bonheur, parce qu’il peut tout faire sans craindre d’être pendu.

En réalité, est-il possible de concevoir que 1 200 personnes d’esprits, d’états, de caractères différents, puissent faire un corps de lois, qui exige une médiation profonde ?


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Peut-il sortir rien de bon d’une assemblée où tout le monde a le droit de déraisonner, comme celui qui proposait de faire une sommation à l’Angleterre.

Les lois sont la raison humaine, et la raison n’aime pas le tumulte.

Au reste, il n’y a rien de neuf dans les moyens employés pour opérer la révolution, excepté le mot lanterne, qui fut la base d’une logique irréversible.

Essayons de prouver cette vérité.


Faits anciens La république d’Athènes a été soumise à trente tyrans qui s’emparèrent de tous les pouvoirs, et en abusèrent. Ces tyrans ruinèrent, dévastèrent selon leurs caprices et firent couler le sang de tout ce qui leur paraissait suspect. Ils ordonnèrent des Faits nouveaux Les tyrans Français n’ont pas pris la peine d’imaginer un plan de crime, ils n’ont eu que celle d’enchérir sur les atrocités connues de la révolution.



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Faits anciensvisibles domiciliaires, des arrestations, des proscriptions, des confiscations. Ils pillèrent, ils brouillèrent, ils s’accusèrent, ils se livrèrent au supplice. Ils ont eu leur Place de la révolution ; ils condamnèrent an masse des accusés sans les entendre, ils firent massacrer des citoyens dans les rues (1). Les Ephores à Lacédémone, créés par le roi Théopompe, ne furent dans leur origine que des inspecteurs bientôt ils devinrent les maîtres ; le peuple Faits nouveaux Voilà l’histoire des premiers députés de la nation française.


(1) Voyez le procès de Lisias, traduit par Athanase Auger.


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Faits anciens Les regarda comme ses protecteurs ; ils ne dirent plus représentants de la nation, et voulurent absolument la gouverner. Leur puissance les enivra, ils la rendirent arbitraire et firent mettre à mort ceux qu’ils regardaient comme coupables, sans faire leur procès. C’est ainsi que dans le sein d’une république, des magistrats créés sans nécessité, devinrent des tyrans insupportables (1). Xénophon place la conjuration de Cinadon au règne d’Agésilas. Ce Cinadon était un Faits nouveaux Lecteurs, comparez. Tout ressort surajouté embarrasse les autres, rompt l’équilibre, et dérange une machine. D’Orléans fut le Cinadon des Français.


(1) Voyez Plutarque et Aristote.


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Faits anciensambitieux, qui ne voulaient pas souffrir à Sparte, un homme plus puissant que lui.« Tu vois (dit-il à un de ses complices) que nous sommes les plus forts. Les Ilotes, les nouveaux citoyens seront pour nous (1). Auguste César fut indifférent pour le crime ou la vertu ; uniquement attentif à ses propres intérêts, il employait, selon les circonstances ; les armes, les lois, la religion, les plaisirs ; tout lui était égal, pourvu qu’il fût le maître. Etelred, roi d’Angleterre, fit massacrer Faits nouveaux« Vous voyez (lui disait-on) que nous sommes les plus forts, les sans- Culottes, les nouveaux citoyens sont pour nous ». L’assemblée nationale eut absolument le même esprit de domination. L’assemblée a toléré (et toléré, c’est


(1) Xen, Hellen, liv. 3.


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Faits anciensles danois en 978 ; il fit enterrer leurs femmes jusqu’à moitié du corps et ordonna que des dogues fussent lâchés sue ces malheureuses Faits nouveauxpermettre) des scènes au moins aussi barbares. Ses patriotes (tirés des galères et des prisons) dansèrent autour d’un excellent homme qu’ils venaient de peindre, et vivant encore, ils le firent tourner à coups de baïonnettes, pour qu’il dansa, disaient-ils, avec eux. Plusieurs communes patriotes ou scélérates se disputèrent le plaisir barbare de déchirer un citoyen vertueux, et de manger ses membres. Français ! gémissez cet homme venait de faire son testament ; il laissait sa fortune à ses bourreaux. Les soldats révolutionnaires ont tué, à
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Faits anciens Jean Santerre, Guillaume, roi d’Ecosse, et Henri II, lequel Henri vivait sous Louis le jeune, formèrent des allées de scélérats. On appelait les soldats de Henri II, Routiers, Cattereaux, ce qui signifiait voleurs de grands chemins. Philippe Auguste en 1 200, fit piller le clergé. Richard cœur de lion ayant besoin d’argent fit voler les juifs, Faits nouveauxLille, leur général Dillon, l’ont grillé à la manière des anthropophages, et l’ont mangé. Le peuple a mangé Belzunce à Caen. L’assemblée nationale rassembla ce qu’elle avait de plus impur, de plus immoral, pour composer la sienne. L’assemblée a nommé les siens sans-Culottes : c’étaient la plupart des Routiers et des Cattereaux. L’assemblée fit plus, elle dépouilla complètement. L’assemblée fit brûler les châteaux, les titres, et dévaster les églises.

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Faits anciensvendit les châteaux, les charges, les titres.Le même Richard, à l’exemple du vieux de la Montagne, créa une école meurtrière, pour former des fanatiques, dans le dessein de faire assassiner Philippe Auguste.Voici des vers de son temps, qui constatent le fait :Que le roy Richard d’AngleterreFaisoit enfans endoctrinerPour lui occire et affiner (1)Par ceux avoit Richard béance (2)Puisque le roy dire Loï (3)Ne fut-il qu’il ne se feist (4)Echangaitier (5) en toutes placesNuit et jour de sergents à masses. Faits nouveauxTout le monde sait qu’il a été proposé un régiment de régicides. Que de choses dans cette idée !..... J’ai des raisons pour ne pas les développer.

(1) Mettre fin
(2) Espérance
(3) Appelé Louis
(4) Fît
(5) Garder



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Faits anciens Richard III, Edouard IV, firent condamner par des juges, ceux qu’ils soupçonnaient ne pas leur être attachés. Louis XI avait la même politique. Philippe de Commines était l’agent de ses atrocités juridiques. Faits nouveaux L’assemblée crut assez de perversité pour faire servir les lois à ces vengeances.L’idée de justice est une vérité tellement de premier ordre, que souvent les plus grands crimes qui affligent la société se commettent sous un faux prétexte de justice Les petits voleurs disent : » Allons reprendre notre bien chez les riches ». Les Conspirateurs sanguinaires disent : « Vengeons la patrie du crime des tyrans ». Ainsi les scélérats, en foulant aux pieds la justice, lui rendent un hommage réel.« L’hypocrisie est



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Faits anciens Cromwell, pour captiver le peuple, affecta un grand penchant pour le gouvernement populaire, quoiqu’il voulût régner exclusivement.Il prit le nom de protecteur. Le comité des recherches est de l’invention du nombre Anglais, Henri VIII, pour trouver des victimes à volonté. Faits nouveauxUn hommage que le vice rend à la vertu. Pensée de Laroche- Foucault.L’assemblée prit les mêmes mesures ; elle créa les clubs et nomma aux places un ramas de gens sans noms, sans lettres, sans talents, et pour surcroît, connus pour être des coquins.Les députés du peuple ne voulant plus être des mandataires se font chefs suprêmes de la nation. L’Assemblée a suivi la même marche.


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Faits anciens La mission des apôtres, pour prêcher la désorganisation, est ancienne ; les fanatiques de Munster l’ont renouvelée. Les parades nationales ont été inventées par l’inquisition. Faits nouveaux L’Assemblée s’est servi de ce moyen. Les législateurs français ont substitué, aux auto- da- fê, des fêtes dont l’objet était d’entretenir les têtes dans l’agitation.


Quand à la manière de procéder, on toujours passé à côté des difficultés ; jamais on n’a suivi le fil des choses, toujours les nœuds ont été tranchés à coups de sabre, comme Alexandre trancha le nœud de Gordius.

Il n’est pas de faction qui n’ait ses énergumènes ; l’esprit de parti même, assez naturellement, au fanatisme ; et quand le fanatique parle, il a dans ses yeux, dans la voix, dans le geste un poison épidémique qu’il lance comme un trait. Cela est si vrai, qu’un fanatique factieux, prêchant, cabalant, aura plutôt


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bouleversé une province, que cent philosophes ne l’auraient éclairée.

Partout le peuple se mène de la même manière ; toujours pour l’émouvoir, dans les révolutions, les mêmes moyens sont employés.

On commence par une affection hypocrite de popularité, on enflamme les esprits par des cris de liberté, d’égalité, par la promesse de partager les richesses, on affiche des placards incendiaires, on provoque le pillage, pour propager l’épouvante ; on désigne quelques victimes, on promène leur tête sanglante dans les rues ; on prodigue l’argent pour provoquer des émeutes populaires, afin de multiplier les agitateurs ; on égare l’opinion publique, on corrompt sa morale. Faut-il confondre les idées ; faut-il favoriser les excès en tous genres ; on met en place ce qui la lie du peuple a de plus impur. Alors l’homme instruit paraît un homme dangereux ; la sagesse se nomme une criminelle indifférence, la fortune devient un délit contre l’égalité ; la philosophie est un attentat sur le patriotisme ; toutes les passions s’aigrissent, et sans savoir pourquoi, le peuple (toujours extrême) pille, vole, massacre, incendie, enfin, va partout où on le conduit.

Où allons- nous ? – Chez un aristocrate.

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Si on lui disait, chez un Patagon, le peuple répondrait : Allons chez un Patagon ; il faut le massacrer, il faut demander la proscription de sa famille.

Le monde est un théâtre, dont les scènes se répètent partout.

L’histoire atteste de cette vérité ; comparez la vie de des tyrans, vous trouverez toujours la même marche.

Voici un passage sur la tyrannie, traduit de Lieb- Rose, auteur Allemand.

« Oléares se déclara le protecteurs des scélérats ; l’honnête homme ne trouvait aucune ressource auprès de lui, parce que l’honnête homme ne sait pas ramper bassement ; préférant le bien général à ses propres intérêts, il se livre à ce qui peut contribuer au rétablissement du bon ordre ; les outrages, les injustices sont les récompenses de ses généreux sacrifices ; on l’écrase de sang froid ; l’innocence est l’objet des persécutions, parce que des ambitieux l’exigent ».

« Celui- ci se glorifie de son indifférence pour elle ; celui- là, injuste dans le fond, mais pusillanime, la laisse accabler, un autre enfin, ne s’étudie qu’à cacher ses fraudes et ses artifices.


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Si ses rapines sont découvertes, il trouvera des protecteurs ; mais le temps des remords arrivera ».

Il est un fait que l’on ne peut pas révoquer en doute ; c’est que la subversion d’un empire est souvent plus facile à opérer, que l’aplanissement de quelques difficultés.

Pour l’un, il ne faut que de la force, pour l’autre, il faut du génie.

Voilà pourquoi on a tant crié : Il faut tout changer, il faut tout abattre.

N’eût-il pas été bien plus grand de se distinguer par des moyens au- dessus de l’ordinaire, surtout lorsque l’on était en spectacle à toutes les nations de l’univers ?

Pourquoi nous avoir ramené au siècle des Goths et des Vandales, par une armée permanente de citoyens, sue l’on ne peut espérer discipliner ? Pourquoi faire un soldat d’un chef de maison ? Quoi ! l’on prétend fonder un gouvernement sur la liberté, et l’on veut que tout chef de famille, soit, sans cesse (contre son gré) sous la férule d’un officier !

On a beau dire : La nation à cet ordre de choses. Mais la nation est la masse entière des Français, et certainement si, la totalité, vous ôtez les bourgeois, séduits


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Par les épaulettes, les chefs des départements et des districts, étonnés de leur autorité ; le municipaux, contents d’être revêtus d’un grand pouvoir ; les amitieux, qui veulent jouer un rôle, les agioteurs, les fermiers devenus propriétaires ; ceux qui, ayant acheté des fonds au dixième de leur valeur, on quadruplé leur capitaux en les revendant ; si vous ôtez les laquais enrichis, classe qui, en général, n’a montré que la bassesse ; si vous faites, dis-je, cette soustraction, qui n’est pas la dixième partie du tout, je dis que le reste est composé de mécontents. Quand à la populace, je l’ai prouvé, c’est un corps de marionnettes, qui s’agite selon la volonté des compères ou meneurs.

Que l’on consulte les voyageurs ; tous vous diront que sorti des limites de France est plus misérable, qu’elle ne l’a jamais été ; qu’un schisme politique animant les esprits, porte la haine dans le sein des familles ; que les anciens propriétaires sont ruinés ; que les revenus publics, n’ont plus de canaux pour circuler ;


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que le commerce est détruit ; que les choses nécessaires à la vie, n’ont plus de proportion avec le signe représentatif.

Ce n’était pas assez de faire haro sur les propriétaires ; fallait-il encore dépouiller ceux qui n’avaient que des revenus viagers ? sans doute, il y avait des abus dans les pensions ; mais on ne devait pas confondre celles acquises pour services rendus, avec les faveurs que la cupidité importune avait arraché à la bonté, et peut-être à la faiblesse, il ne fallait pas dire, comme Camus, à un vieux militaire estropié : Vos services n’ont pas été rendus à la nation actuelle, parce qu’un pareil propos ne peut avoir sa source, que dans un cœur gangrené ; il ne fallait pas que des milliers d’infortunés, retirés dans leurs provinces, vivant d’une modique pension, fussent exposés aux horreurs du besoin ; il ne fallait pas dire à un honnête homme sans fortune, de la maison de Montagnac. Allez demander à vos parents,parce que ce conseil, digne de l’abbé Terray, prouve un relâchement affreux de morale ; et lorsque le désordre et l’anarchie remplissent la France d’épouvante, il ne fallait pas par un persiflage extravagant, dire, Enfin nous avons rendu heureux ; celui qui ne croit


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Point à son bonheur, est un scélérat, un aristocrate indigne de nos bontés.