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F-Chapter 16
Page: 223-241
CHAPITRE XVI
Départ des tantes du roi ; journée désignée sous le nom des poignards ; fuite du roi ; sa déclaration à tous les Français ; compte rendu par Drouet ; humiliation en tous genres que le monarque éprouve.
Le 19 février 1792, fut le jour de départ des tantes du roi pour l’Italie ; elles furent arrêtées à Arnay- le- Duc, en Bourgogne ; l’évènement a justifié qu’elles avaient pris un très bon parti.
Le malheureux Louis XIV était réduit à ne point sortir ; il n’avait, pour consolation, qu’une société d’amis, où, dépouillé de toute étiquette, il épanchait librement ses chagrins. Une cruelle fatalité voulut qu’il fût encore privé de cette unique dissipation.
Pour y parvenir, on fit circuler des lettres fausses, dans lesquelles on instruisait le public que le roi et sa famille n’étaient pas en sûreté ;
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ce qui fit venir une grande quantité de royalistes dans les appartements.
Quelques jours après, il y eut de grands mouvements, sur la fausse nouvelle que l’on venait d’arrêter, chez le roi, un homme armé d’un poignard ; dans le même temps le faubourg St- Antoine se souleva.
Santerre, à la tête d’une horde de brigands, se rend à Vincennes, y fait des dégâts énormes, et alarme les habitants.
Lafayette indigné, va le combattre, obtient la victoire et revient bouffi d’orgueil.
Les choses prenaient la tournure de l’affaire du 6 octobre, quatre à cinq cents gentilshommes armés, se rendent dans les appartements du roi, dans la seule intention de lui consacrer leurs vies ; le peuple le sut, et prit aussitôt la résolution de les égorger.
Des officiers de la garde nationale, vinrent les avertir qu’ils allaient périr, ainsi que le famille royale, s’ils ne rendaient point leurs armes,parce que le peuple ne croyait qu’ils n’étaient point réunis et armés que pour lui faire la guerre.
On fit au roi de vives représentations ; ses ministres l’engagèrent à calmer cette dangereuse effervescence ; alors, Louis XVI invita
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Ses défenseurs à lui livrer leurs armes, et à se retirer. A mesure que ces braves gens sortaient, ils étaient indignement traités par la populace, plusieurs moururent des coups qu’ils reçurent, sous les yeux de Lafayette qui chantait ça ira. Le général, enfin, monta dans les appartements, se fit remettre les armes dont le roi était gardien, et lui parla d’un ton impérieux ;
Telle fut cette fameuse journée que l’on nomma la journée des poignards, pour noircir les acteurs.
On avait formé le projet de susciter au roi tant de désagréments, qu’il serait contraint d’abandonner l’assemblée nationale ; alors, prenant sa fuite pour une abdication, on l’aurait détrôné comme on détrôna Jacques II.
D’un autre côté les royalistes voyaient dans cette fuite le seul moyen de recouvrer son autorité ; Charles V en avait donné l’exemple. Les partis étaient d’accord à cet égard, mais ils variaient dans les motifs.
Cette dernière promenade lui fut retranchée et d’une manière cruelle.
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Un jour, il était dans la voiture avec sa famille ; tout ç coup, il est environné de gardes nationales qui lui signifient l’ordre de rester ;
Le roi ordonne à son cocher d’avancer ; on se précipite sur les chevaux, et l’on met en joue la famille royale.
Le roi étonné, parle, dit qu’il va à Saint- Clou. Le peuple vomit contre la reine les expressions les plus sales ; un soldat osa même l’outrager par un geste et un état de nudité qu’il n’est pas possible de rendre.
Lafayette était présent ; loin de faire partir le souverain, par la force de la troupe à ses ordres, il propose, tout simplement, de déployer le drapeau rouge. Louis XVI, toujours avare du sang de ses sujets, aima mieux rétrograder que d’en faire répandre. La scène dura une heure, que fit l’assemblée nationale ? rien.
Enfin, Louis XVI accablé sous le poids de l’humiliation, dénudé de moyens répressifs, avili par les représentants de son peuple, qui publiaient eux-mêmes des journaux incendiaires contre lui, prit le parti violent de s’éloigner.
Il est très probable que son but n’était pas
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de sortir de son royaume, mais de s’établir à Montmédy, place forte et frontière, où , pour remplir les engagements qu’il avait contactés à son avènement, il aurait protesté contre ce qui aurait été fait, sous la réserve de suivre un plan plus sage, et de choisir des législateurs moins turbulents.
Lafayette eut connaissance de ce projet ; des femmes de la cour lui rendaient compte de tout ce qui se passait, et il était si bien servi, qu’il avait un échantillon de l’étoffe que porterait la reine dans son voyage.
Le roi partit sans suite, la nuit du 21 juin 1790, ainsi que son frère, Monsieur.
Il laissa une déclaration à tous les français, dont voici l’extrait :
Déclaration du roi à tous les Français.
« Tant que le roi a pu espérer de voir renaître l’ordre et le bonheur du royaume, par les moyens employés par l’assemblée nationale, et par sa résidence auprès d’elle dans la capitale du royaume, aucun sacrifice personnel ne lui a coûté ….. mais aujourd’hui que la seule récompense de tant de sacrifices est de voir la destruction de la royauté,
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de voir tous les pouvoirs méconnus, les propriétés violées, la sûreté des personnes mise partout en danger, les crimes restés impunis, et une anarchie complète s’établir au- dessus des lois, sans que l’apparence d’autorité que lui donne la nouvelle constitution, soit suffisante pour réparer un seul des maux qui affligent le royaume ».
« Le roi, après avoir solennellement protesté contre tous les actes émanés de lui pendant sa captivité, croit devoir mettre sous les yeux des Français et de tout l’univers le tableau de sa conduite et celui du gouvernement qui s’est établi dans le royaume ».
« On a vu sa majesté, au mois de juillet 1789, pour écarter tout sujet de défiance, renvoyer les troupes qu’ils avaient appelées près de sa personne ».
« Prévenu depuis longtemps des mouvements qui devaient éclater le 5 octobre, il pouvait se retirer ; mais il aima mieux se sacrifier personnellement que d’allumer la guerre civile ».
« Cédant au vœu des Parisiens, il vint s’établir aux Tuileries, quoique, depuis 100 ans, aucun roi n’y eût fait sa résidence habituelle, quoique rien n’y fût préparé ».
« Il a éloigné de lui ses gardes du corps,
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De la fidélité desquels il avait reçu les plus fortes preuves, pour se constituer prisonnier sous une garde soldée par la ville de Paris ».
« Il a convoqué les états généraux, il a doublé les députés du tiers- états, il a aplani les difficultés, il a retranché sa dépense, il a réuni les ordres, par la seule manifestation de son vœu ». « Lorsque les états- généraux se sont donné le nom d’assemblée nationale, et qu’ils ont commencé à s’occuper d’une constitution, l’assemblée a mis le roi hors de la constitution, et on lui a laissé qu’un vain simulacre de royauté ».
« En lui donnant 25 millions pour les dépenses de la liste civile, on a mis des formes gênantes au patrimoine dont il a hérité de ses ancêtres ».
« Dans les arrangements sur la finance, on n’a pas eu d’égard aux services rendus au souverain ».
« On a empêché que le roi participât à la confection des lois ».
« On a mis l’administration de l’intérieur dans les mais des départements, des districts, des municipalités, ressorts trop multipliés pour ne pas nuire au mouvement de la machine ».
« Le roi a été déclaré chef suprême de l’armée
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Et de la marine, mais le travail de formation de ces deux armées a été fait par les comités de l’assemblée, sans sa participation ; il restait au roi le tiers ou la quart des nominations ; mais il était exposé à des contrariétés sans nombre ; on l’a vu refaire le travail des officiers généraux, parce que ses choix déplaisaient au clubs, et céder, parce qu’il ne voulait pas exposer de braves officiers aux violences dont on les menaçaient ».
« La nomination aux places de ministres dans les cours étrangères, a été réservée au roi, ainsi que le conduite des négociations ; mais la liberté du roi, pour ces choix, est devenue nulle ».
« L’assemblée, pressée de détruire, a ôté les impôts, pour en créer un très difficile à percevoir, et eu lieu de diminuer les dépenses, on les a augmentées ».
« Cette même assemblée a jeté une telle méfiance sur tous les agents du gouvernement, qu’il est impossible de remplir les places de l’administration ».
« Cette forme de gouvernement, si vicieuse, le devient encore plus avec ses causes ».
« 1° L’assemblée, par le moyen de ses comités, excède, à tout moment, les bornes qu’elle s’est prescrite » ;
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« 2° Il s’est formé partout des associations qui, sans y être autorisées, délibèrent sur toutes les parties d’administration, font et reçoivent des dénonciations, affichent des arrêtés, et ont acquis une telle prépondérance, que presque tous les corps administratifs, et judiciaires, sont forcés d’obéir ; ce qui fait croire au roi qu’un royaume d’une si grande étendue, et d’une si grande importance, ne peut être gouverner par les moyens de l’assemblée nationale. L’esprit des clubs envahit tout ; les mille journaux calomniateurs et incendiaires se répandent journellement, et préparent les esprits à la licence ».
« Jamais l’assemblée n’y a pu remédier à ses abus ; on voit, par l’esprit de ces mêmes clubs qu’ils veulent remplacer la monarchie par un gouverneur métaphysique et philosophique, impossible dans son exécution ». « Français ! est-ce là ce que vous attendiez de vos représentants ? Désiriez- vous que l’anarchie et le despotisme des clubs remplaçassent le gouvernement monarchique, sous lequel la nation a prospéré pendant 1400 ans ? Désiriez- vous voir votre roi accablé d’outrages, et privé de sa liberté, pendant qu’il ne s’occupait que d’établir la votre » ?
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« L’amour pour ses rois est une des vertus du Français ; les factieux sentaient bien que tant que cet amour subsisterait, leur ouvrage ne pourrait s’achever ».
« Il fallait donc anéantir le respect, voilà la source des outrages que le roi a reçus depuis deux ans, et de tous les maux qu’il a soufferts ».
« Sa majesté n’en retracerait pas si l’affligeant tableau, si elle ne voulait faire connaître à ses fidèles sujets l’esprit des factieux qui déchirent le sein de la patrie, en feignant de la régénérer ».
« Ils profitèrent de l’enthousiasme où l’on était pour M. Necker, pour lui procurer, sous les yeux même du roi, un triomphe d’autant plus éclatant, que dans le même instant les gens soudoyés affectèrent de ne faire aucune attention à la présence du roi. Enhardis, ils osèrent, dès le lendemain, à Versailles, insulter M. l’archevêque de Paris, le poursuivre à coups de pierres, un courrier que le roi envoya à Paris fut publiquement fouillé, et les lettres ouvertes. Pendant ce temps, l’assemblée semblait insulter à la douleur du roi, en comblant de marques distinctives ces mêmes ministres, dont le renvoi a servi de prétexte à l’insurrection » .
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« Le roi s’étant déterminé à aller lui- même porter des paroles de paix, des gens postés sur la route, empêchèrent les cris de vive le roi ; et les harangues, loin de porter l’expression de la reconnaissance, n’étaient remplies que d’ironies amères ».
« Pendant que l’on accoutumait le peuple de Paris au mépris de la royauté, celui de Versailles pendait à hussards à la grille du château, et arrachait un parricide au supplice ; à cette même époque, un énergumène (Camille Desmoulins) faisait la motion, publiquement au palais royal, d’enlever le roi, son fils, et d’enfermer la reine dans un couvent ; motion, qui loin d’exciter l’indignation, reçut des applaudissements ».
«Enfin, arrivent les journées des 5 et 6 octobre ».
« L’assemblée, loin de songer à les prévenir, ou du moins à les arrête, resta tranquille et se contenta de répondre à la motion de transporter chez le roi, que cela n’était pas de sa dignité ».
« Depuis ce moment, tous les jours ont été marqués par de nouvelles scènes, plus affligeantes les unes que les autres, et par de nouvelles insultes ».
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« A peine le roi fut- il aux Tuileries, qu’un innocent fut massacré, et sa tête promenée sous ses yeux ; on a persécuté, assassiné, même dans les provinces, ceux qui lui étaient attachés ; dans le jardin même des Tuileries, tous ceux qui parlaient contre la royauté ou contre la religion ont reçu les honneurs du triomphe ».
« A la fédération du 14 juillet 1790, on nommait le roi, par un décret spécial, pour en être le chef, l’assemblée à affecter de montrer qu’elle pouvait en nommer un autre ».
« A cette même cérémonie, la famille du roi (malgré sa demande) a été placée dans un milieu séparé ».
« Les ministres, ces mêmes ministres que l’assemblée avait forcé le roi de rappeler, ou dont elle avait applaudit la nomination, ont été contraints, à force d’insultes et de menaces, à quitter leur places, excepté un ».
« Mesdames, tantes du roi , voulant se rendre à Rome par un principe de religion, ont été arrêtées à Arnay-le- Duc ; elles devaient l’être à Bellevue ; mais le coup étant manqué, la horde s’est transportée chez Monsieur, frère du roi ».
Alors il se fit un soulèvement ;
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une grande quantité de sujets fidèles se rendirent aux Tuileries pour défendre le roi ; on leur prêta des projets de forfaits ; sa majesté se fit donner leurs armes ; on poussa l’audace jusqu’à la forcer à les remettre ».
« Le roi, indisposé, voulut aller à St- Clou pour prendre l’air, le club des cordeliers se permit d’afficher des placards, dans lesquels le roi était dénoncé comme réfractaire à la loi. Sa majesté monte en voiture, mais arrivé à la porte des Tuileries, une foule de peuple s’opposa à son passage ; et la garde nationale loin de repousser les séditieux, se joignit à eux, et arrêta elle-même les chevaux, etc. D’après ces motifs, et l’impossibilité où le roi se trouve d’opérer le bien et d’empêcher le mal, est-il étonnant qu’il ait cherché à recouvrer sa liberté, et se mettre en sûreté avec sa famille » ?
« Français ! et vous surtout Parisiens, vous habitants d’une ville que les ancêtres de sa majesté se plaisaient à appeler la bonne ville de Paris, méfiez- vous des suggestions et des mensonges de vos faux amis, revenez à votre roi ; il sera toujours votre père, votre meilleur ami ».
« Quel plaisir n’aura-t- il pas à oublier toutes les injures personnelles,
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Et à se revoir au milieu de vous, lorsqu’une constitution, qu’il aura accepté librement, fera que la religion sera respectée ; que le gouvernement sera établi sur un pied stable et utile pour son action ; que les biens et l’état de chacun ne seront plus troublés, que les lois ne seront plus enfreintes impunément, et qu’enfin la liberté sera posée sur des bases fermes et inébranlables ».
A Paris, le 20 juin 1791. Signé, LOUIS
Le départ de souverain fit la plus grande sensation ; Paris était dans une agitation extrême, de tous côtés on battait la générale ; les groupes se multipliaient partout, l’un cherchait le mot roi pour l’effacer, l’autre abattait le portrait de Louis personne ne voulait lui appartenir.
On ne peut pas douter que Lafayette ne fût instruit de ce départ ; les précautions étaient telles, que de Bouillé et ses troupes ne firent aucun mouvement. On a dit, le roi ne le voulut point ; c’est une mauvaise raison ; si l’enlèvement eût été possible, il se serait effectué. On sait que M. Baillon, officier à Chalons,
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avait reçu le 21 même, des ordres particuliers du général Lafayette.
Louis fut arrêté à Varennes, dans la nuit du 21 eu 22 juin. Voici l’extrait du récit que le nommé Drouet a fait lui- même de cette arrestation (1) :
« Je suis maître de poste de St- Menehould, ancien dragon au régiment de Condé ; mon camarade Guillaume est un ancien dragon au régiment de la reine. Le 21 juin, à sept heures et demie du soir, deux voitures et onze chevaux relayèrent à la poste de St- Menehould. Je crus reconnaître la reine, et apercevant un homme dans le fond de la voiture à gauche, je fus frappé de sa ressemblance avec l’effigie d’un assignât de 50 livres ».
« Ces voiture étaient conduites par un détachement de dragons, et un autre de hussards sous prétexte de protéger un trésor …. On demanda des chevaux pour Verdun, et l’on prit le chemin de Varennes ; ce qui fortifia mes soupçons »
« Je pris un chemin de traverse, et devançant les voitures à Varennes, j’arrivai à onze heures du soir ;
(1) Ce Drouet est un coquin, façonné par les jacobins.
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les dites voitures furent arrêtées dans les rues par une dispute de postillons, avec le maître de poste du lieu ; celui- ci voulait qu’on fit rafraîchir les chevaux ; le roi voulait partir ».
« Alors je dis à mon camarade : Es-tu bon patriote ? – Oui.- Eh bien ! le roi est à Varennes, il faut l’arrêter ; alors nous barricadâmes la rue et le pont où le roi devait passer. Heureusement, il s’y trouva une voiture chargée de meubles, que nous culbutâmes ; ensuite, nous allâmes chez le procureur de la commune, chez le maire et le comandant de la garde nationale, et en moins d’un demi quart d’heure, nous fûmes réunis à huit hommes de bonne volonté ».
« On vint demander aux voyageurs où ils allaient ; la reine répondit qu’elle était très pressée, on insista pour voir son passeport ; elle l’exhiba ; il portait le nom de la baronne de Corff ; on prétendit qu’il devait suffire, nous soutînmes le contraire, parce qu’il n’était pas signé du président de l’assemblée ; sur notre obstination, on arrêta que les voyageurs ne repartiraient que le lendemain, alors de lui- même Louis XVI dit : « Voilà le roi, voilà mon épouse, et voilà mes enfants ; nous vous conjurons de nous traiter
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avec les égards que les Français ont toujours eus pour leurs rois ».
« Alors les gardes nationaux arrivent en foule, et les hussards, le sabre à la main, veulent approcher de la maison où était le roi ; nous leur criâmes que s’ils voulaient le roi, ils ne l’arracheraient que morts de nos mains ».
« Le commandant de l’artillerie fit venir quatre petites pièces de canon ; il en mit deux en haut de la rue, et deux en bas : ce qui mit les hussards entre deux feux ; on les somma de descendre de cheval, il s’y refusèrent, disant qu’ils voulaient garder le roi ; on leur répondit, qu’on le garderait bien ; ils insistèrent, et l’on fit mine de mettre le feu aux canons,mais ils n’étaient pas chargés ; on parvint à désarmer les hussards, et le roi fut constitué prisonnier ».
« On ne peut guère douter que l maître de poste de Saint- Menehould, n’ait reçu un courrier, qui annonçait la fuite du roi. Il croit avoir aperçu la reine ( que peut-être il n’avait jamais vue). Il reconnaît le roi dans le fond d’une voiture, sur ressemblance avec le timbre d’un assignât de 5 livres ; il le devance par les routes de traverses ; il bouche une rue, un pont,
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Il culbute sans obstacles un=e voiture de meuble ; sur un doute il publie que le roi est à Varennes ; ils e trouve des canons ; une garde nationale armée à point nommé ; tout cela n’est pas dans l’ordre naturel. Il est certain que si le roi eût dit aux dragons et aux hussards, Je veux passer, il y aurait eu un combat. Ila préféré de se nommer lui- même, et de se rendre : rien ne prouve mieux son excessive bonté. Mais il savait que cette même bonté lui avait été funeste, et sans doute, il a été plus guidé par son cœur, que par la réflexion.
Craignant la mort d’un seul de ses sujets, il préféra, dis-je, rétrograder, escorté par cinq ou six milles hommes ; mais il eut la douleur de voir massacrer la marquis de Dampierre qui était venu lui donner des témoignages de respect et de dévouement ; il ne put même empêcher sa voiture de passer sur le corps de cette victime. Les représentants Barnave, Péthion et Latour- Maubourg vinrent à la rencontre du roi, et le ramenèrent à Paris ; il y fit son entrée le 25, au milieu des huées et des cris d’indignation de la part d’une populace animée. Pour le combler de mortifications, on avait lié sur le siège du cocher
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trois de ses plus fidèles serviteurs, qui étaient MM. de Moutier, de Malden et de Valory.
Alors le malheureux roi fut traité comme un prisonnier d’état, et les personnes qui l’avaient suivi, jetées dans les cachots de l’abbaye.
Il fut question de sa déchéance ; mais n’étant pas sorti du royaume, on se contenta de le garder à vue, et de le livrer aux outrages de la populace. Les plus vifs folliculaires, les artistes exaltés et envieux de gagner, furent employés pour l’avilir ; les uns le peignaient avec les plus affreuses couleurs, les autres le pendaient à un réverbère ; on le représentait dans l’attitude d’un ivrogne ; les quais, les boulevards étaient tapissés de caricatures les plus infâmes les unes que les autres ; partout on montrait le roi comme un scélérat sans mœurs, sans honneur, sans principes ; et la reine, comme une Frédégonde, une Messaline, une Catherine de Médicis, une mégère ; et pour étendre avec plus de rapidité les progrès de la haine ; les spectacles se prêtaient aux diffamations.
C’était d’Orléans qui fournissait les anecdotes ; c’était un parti qui les mettait en avant ; c’étaient ses vils agents qui prêtaient leurs plumes ou leurs burins.
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