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  Isaac Book





F-Chapter 17

Page: 242-250

CHAPITRE XVII

Manifeste du prince de Condé ; le roi donne dans un espèce d’interrogatoire ; les raisons de sa fuite ; d’Orléans se démasque ; il dit qu’il ne veut point de la régence, pour en donner l’idée au peuple ; Barnave forme un parti contre d’Orléans ; affaire du Champ- de – Mars.

Peu de jours après le retour du roi, il parut un mémoire en forme de manifeste, de Louis- Joseph de Bourbon, prince de Condé, adressé à l’assemblée national ; je crois devoir en donner un extrait :
« Depuis longtemps, dit ce prince, je conservais au fond de mon cœur le vœu sincère du rétablissement des finances ».
« Hélas ! c’est à ce fatal désir, alors partagé par la presque totalité de la nation, que la France doit tous les maux qui la dévorent aujourd’hui ……. C’est l’envie, la jalousie, l’ambition et la licence qui réunies,


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Ont dévasté cette puissante monarchie ……. Et l’on veut qu’au milieu des factieux, je vienne applaudir à tant de scènes d’horreurs…. Les partager même, par ma présence … non, je préfèrerai l’exil perpétuel, j’abandonnerai plutôt toutes mes possessions au pillage et au feu, que de rentrer dans le royaume, au milieu du désordre, et après l’attentat le plus odieux, j’abdiquerai plutôt jusqu’au nom de Français ; non, jamais la patrie ne me verra dans son sein, tant que la raison et la justice en seront bannies ».

« Mais si, ouvrant un jour les yeux,les Français secouent le joug de leurs nouveaux tyrans, s’ils peuvent reconnaître que la liberté ne donne pas le pouvoir de tout ravir, de tout détruire, de tout asservir à ses chimères féroces, alors je volerai dans les bras de mes chers concitoyens… ».
« Quant à moi, ce n’est point contre ma patrie que je tournerai mes armes ; les factieux veulent toujours s’identifier avec elle ; mais le reste des Français et toute l’Europe, ne prennent point le change, et un décret surpris à la soumission illusoire du roi, ne me rendra point rebelle. J’ai reçu ce décret ; voilà ma réponse : je la manifeste hautement,


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pour que l’Europe et la France puissent lire dans mon cœur, et me juger ».

Le roi à son retour subit une espèce d’interrogatoire sous le nom de déclaration, il avoua que les mauvais traitements qu’il éprouvait ainsi que sa famille, l’avaient déterminé à s’éloigner, la décence ne lui permettant plus de rester à Paris.

La fermentation augmenta, et pour couvrir les projets du parti d’Orléans, on commença par parler de république et de la loi agraire ; Sieyes était le sectateur de cette doctrine : Brissot, Marat, Laclos, carra, Hébert s’en déclarèrent les apôtres.
D’Orléans alors de démasqua ; il fit un déclaration publique dans laquelle il disait ne point vouloir servir la France comme régent mais comme citoyen ; personne ne fut la dupe de cette escobarderie. Il donnait l’idée de la régence, en assurant qu’il n’en voulait point. Le prêtre Sieyes l’imita ; il fit imprimer une lettre dans laquelle il s’annonçait partisan de la monarchie, comme le meilleur de tous les gouvernements.

Tout était combiné, arrangé, et le duo allait triompher, lorsque Barnave, à la tête d’un parti considérable, luta contre celui d’Orléans ;

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Ce qui fit écrier le scélérat Robespierre : Nous sommes perdus, le roi est sauvé.

Alors les Orléanistes cabalent de nouveau ; ils recommencent les accaparements ; ils opèrent des retards dans las approvisionnements de Paris, ils favorisent les pilages, les meurtres, et finissent par appeler des héros dont ils connaissent l’énergie sanguinaire.

Il manquait un symbole qui put élever les esprits à la hauteur du fanatisme, on l’a trouvé dans un arbre qui dit aux passants : Voici le véritable bonnet de la liberté, mais je vous défie de le prendre.
Cet arbre se trouve partout, il ressemble dans les provinces à ces quilles sur lesquelles les tourneurs font des cercles avec de la sanguine et de l’indigo. Le serpent d’airain de Moïse guérissait les piqûres venimeuses, l’arbre de la liberté échauffe les têtes, exalte la bile, et produit une maladie que les italiens appellent la rabbia francese, et les anglais, the french madness.

Je cherche le centre de tout cela ; je ne puis le voir, mais je sais qu’il est derrière un rideau où se tiennent les agents d’un prince déshonoré, qui promettent à la populace le partage de toutes les richesses.


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Cette marche est dans l’ordre des révolutions, mais ce qui m’étonne, c’est que d’honnêtes gens, de bons sens, sages, sont entraînés par le torrent dévastateur, et, sans s’en douter, font partie d’une fraction dont ils ignorent le moteur ; ces honnêtes gens, réellement animés par de beaux sentiments, font des romans patriotiques, se transportent dans le siècle d’or, et voient les destructions comme des amputations nécessaires au bonheur commun.

Le prestige a disparu, ils ont vu que leur plan de bonheur n’était pas celui que l’on voulait réaliser.

Ils savent maintenant que pour régénérer un gouvernement, il ne fallait pas en détruire absolument les ressorts.
Ils savent que pour établir la liberté et l’égalité, il ne fallait ni prêcher la licence, ni violer les propriétés.

Ils savent que pour établir l’ordre, il ne fallait pas armer le bas peuple, que la politique veut désarmer ; ni enseigner que l’insurrection est le plus saint des devoirs ; parce que le crime enchaîné par la crainte, est très actif quand il veut s’échapper.

Que pour étouffer la superstition, il ne fallait pas rendre la religion ridicule ;


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La politique veut une religion sans frein, et il n’appartenait qu’à l’ignorance de ne pas en apprécier l’empire ;
Que pour produire la paix, il ne fallait pas propager l’esprit fanatique et encore moins troubler la tranquillité des voisins, ni les Athéniens, ni les Spartiates n’ont voulu que les Perses se modelasse sur eux ;
Que pour effacer les traces du despotisme, il ne fallait pas détruire les chefs- d’œuvres des arts. A Rome, en détruisant le paganisme, on a conservé les Apollon, les Vénus, les Hercule, parce qu’ils étaient de Phidias, de Praxitèle, ou autre habiles sculpteurs, et qu’il fallait des modèles.
Les sages Anglais n’ont point détruit la statue de Charles 1er ; à la vérité elle fut enlevée, mais avec précaution, et Cromwell savait où elle était.

Que pour lier les pouvoirs dans une monarchie, il fallait faire respecter le chef, et non l’humilier, l’avilir, l’exposer à la risée du public, le rendre malheureux, le former à lutter contre la tyrannie exercé contre lui ;

Que l’intervention de la populace, pour faire aller une machine politique, prouve évidemment que cette machine n’est faite que pour elle.


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Que c’est un abus, destructif de toute harmonie, de vouloir qu’en empire aille au gré de cette populace, parce que la subordination a pour base, l’échelle qui classe les individus, et les maintient à leurs places respectives ;

Que les nations voisines n’on jamais vu le peuple Français, dans cet exécrable ramas de gens toujours disposés à dévaster, à piller, à incendier, à assassiner.

Cependant le nouvel ordre de choses paraît ne tenir qu’à cette force, nommée la puissance du peuple français.

Quand la horde massacrante s’amuse à dévaster, c’est le peuple Français qui se relève ; lorsqu’elle tue, lorsqu’elle porte des têtes, lorsqu’elle se barbouille de sang, c’est le peuple Français qui prend une attitude imposante. Toute la nation réelle ressemble à ces citoyens paisibles qui restent chez eux et ferment leur porte quand un frénétique passe dans les rues. Et qui le fallait aller ce peuple ? une douzaine de scélérats cachés, occupés à faire des placards, des affiches ; qui ont leur orateurs à gages, chargés de calomnier, de flagorner, de faire des promesses ; voilà les vrais moteurs du peuple souverain ; voilà les vrais moteurs du peuple souverain, qui réellement n’a que des bras et une féroce avidité.

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Ces moteurs placés dans des foyers antipathiques, n’en étaient que lus dangereux, parce qu’ils étaient toujours agités.
L’objet de leurs menées sourdes était évidement le roi, sur qui les sectes ennemies dirigeaient également leurs coups.

On parlait de déchéance, et l’on employait tous les moyens pour faire adopter cette idée, mais la constitution gardait l’autorité royale ; mais Lafayette dans les mains duquel était la force, paraissait disposer à la protéger.

Enfin, le 16 juillet 1791, le parti du duc provoqua une pétition des habitants de Paris pour faire le procès au roi, et demander une destitution. On porta la pétition de porte en porte ; la frayeur la fit signer par quantité de marchands qui voulait se débarrasser d’une horde entreprenante ; et l’on reçut les signatures des passants, moyennant une rétribution ; alors se renouvela le projet d’assassiner le roi, et de proclamer d’Orléans régent du royaume. Pour opérer cette brusque révolution, il fallait un grand rassemblement ; on l’indiqua au champ- de – mars, sous prétexte de signer la pétition ; on ameuta la populace la plus féroce des faubourgs, et elle s’y rendit, non pour signer, mais pour travailler : c’est ainsi que se nommaient les massacres.

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Lafayette et Bailly, suivis de la force armée, s’y rendirent, il parlèrent sans être écoutés ; on déploya le drapeau rouge, et il fut répondu par des jets de pierres, les trois sommations étant faites sans succès, on fit feu, et cette fois, le parti de la cour triompha.

Les jacobins publièrent que la garde- nationale s’était conduite en bouchers.

Il périt beaucoup de monde dans cette affaire ; mais comme l’action eut lieu à sept heures du soir, les relations ont été très variées ; on n’a même pas su la vérité sur le nombre de morts. L’Assemblée condamna le rassemblement ; il fut attribué aux jacobins, et leur club fut dissous pendant quelques temps.

Alors s’établirent les Feuillants ; mais les jacobins ressuscités, firent la guerre à la nouvelle secte, et finirent par les subjuguer.