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F-Chapter 25
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CHAPITRE XXV
On tente de déterminer le roi à s’éloigner une seconde fois; plan tracé à cet égard; raisons du roi pour s’y opposer; réflexions sur Paris et les Parisiens; on s’occupe du siège des Tuileries affaire du 10 août.
On tenta encore une fois de déterminer le roi à se retirer en Normandie. Le duc de Liancourt était à Rouen; il avait loué une vaste maison; des troupes sûres étaient à ses ordres; un serment de fidélité venait d’être prêté, et le duc pouvait disposer d’un assez grand nombre de canons tirés du Havre. La famille royale devait partir des Tuileries, avec une forte escorte; le rendez-vous de l’argent et des vivres était à Pontoise, et l’on devait couper le pont derrière, pour retarder la marche de ceux qui pourraient inquiéter le voyage. Ce projet, assez bien conçu, fut proposé au roi le 5 août; il refusa encore de l’exé-
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une poignée de brigands les intimidera toujours. Il ne faut qu’examiner le fond de Paris, pour se convaincre de cette vérité: faisons cet examen. La ville de Paris vivait de son luxe, elle transmettait son goût, son élégance à tous les pays de l’Europe; deux cents brigands arrivent: la frayeur s’empare de ses habitants; et dans l’instant les Parisiens affichent le sans culotisme le plus dégoûtant. Le roi était l’idole des Parisiens: il n’a fallu que vingt-cinq ou trente scélérats, pour corrompre leur esprit, pour propager la haine et la révolte. Des brigands en petit nombre emprisonnent les Parisiens: ils se laissent emprisonner; on les massacre sans raison: ils se laissent massacrer. Paris était, comme Athènes, le temple des arts, le centre, la réunion des artistes; les Parisiens ont laissé renverser ce qu’ils avaient de plus beau: par qui? par un maçon du faubourg St.- Antoine, accompagné de 30 coquins; et ils allaient voir mutiler, détruire Henri IV, comme on va à la comédie! et ils dansaient, chantaient la destruction des statues! Le bruit se répand que 8 à 900 personnes, 2 4
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résidentes au château des Tuileries, ont formé le projet d’égorger tous les habitanst de Paris, et qu’il faut une insurrection pour prévenir ce massacre. Cette calomnie, fabuleuse, invraisemblable, se propage, s’accrédite, et la populace se dispose à l’insurrection. Le 9 août 1792, Péthion va à l’assemblée; le roi, environné de sujets séditieux, placé entre deux assemblées contradictoires, attaqué de tous côtés, outragé sans cesse, était dans une position déplorable: il prend le parti de s’attacher plus fortement à son serment, et veut mourir, la constitution à la main. Que l’on examine, sans impartialité, la conduite de ce monarque: il est impossible d’y voir autre chose qu’une probité scrupuleuse, une loyauté pure, un amour vraiment paternel pour son peuple. Jamais, pour résister à l’oppression, il n’a employé que sa vertu, et un courage qui le mettait au-dessus des passions. On s’occupait alors des moyens d’assiéger le château des Tuileries. Depuis le 6 jusqu’au 8 juillet, il y eut de grands préparatifs, et des mouvements qui annonçaient une funeste catastrophe.
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Sillery et Santerre étaient à la tête de tout; Panis et Sergent avaient l’emploi de distribuer les cartouches et l’eau-de-vie, grand moyen pour animer les têtes. Pétion va à l’assemblée annoncer que le peuple est dans une grande agitation; (le scélérat! c’était son ouvrage!) qu’une explosion terrible doit se faire à minuit, et qu’il n’a pas moyens suffisants pour arrêter ce torrent. Que fait l’assemblée? sans ordonner les moindre recherches, sur un avis de cette importance, elle passe froidement à l’ordre du jour. Le département de Paris requit un officier, nommé Mandat, commandant de la garde nationale, de faire augmenter la force placée pour la garde du roi; le maire, Péthion, eut l’audace d’ordonner à ce même officier, de repousser la force par la force, et celui-ci fit passer l’ordre à M. d’Erlach, officier supérieur des Suisses. On prit quelques mesures pour sauver la famille royale; mais les circonstances n’en permirent que de très faibles. Minuit sonne; le tocsin se fait entendre; la générale bat de tous côtés; un petit nombre de coquins hardis, va s’emparer de la com-
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mune, et chasse ses membres, en exceptant Danton, Péthion et Manuel, qui étaient les véritables conducteurs de l’insurrection; ces coquins font assembler des sections supposées, présidées par d’autres coquins, que Santerre, sous prétexte d’une fête civique, avait fait venir. On avait résolu d’attaquer le château la nuit; mais le coup fut retardé, vu le danger de l’obscurité. La municipalité, de nouvelle création, apprit que Mandat était porteur d’une réquisition, signée Péthion, qui ordonnait de repousser la force par la force: cette circonstance était embarrassante; mais comme un crime ne coûtait rien, l’idée de le commettre fut la première qui se présenta. On ordonne à l’officier Mandat, de se rendre à la municipalité: il répond qu’il est de garde. Péthion vient lui-même, le fait monter dans son carrosse, et le conduit à la municipalité; là, il est fouillé, pour retirer l’ordre, et tout de suite assassiné, sur le perron intérieur de la Maison- de- Ville, sous le prétexte qu’il avait coupé une colonne du peuple, tandisque qu’il n’avait pas quitté son poste. Le cadavre de cette victime est jeté dans
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la Seine, malgré les cris du jeune Mandat, qui réclamait le corps de son père, pour lui rendre des devoirs funèbres. Il était quatre heures du matin; on vient dire à l’assemblée que le seul moyen de sauver le roi et sa famille, est d’envoyer aux Tuileries une députation. Que fait-on? on passe encore à l’ordre du jour. Il n’est pas possible de douter, que tout ce qui ce se faisait, était l’exécution d’un plan médité par l’assemblé même, qui absolument ne voulait plus de roi, et cherchait à l’irriter, pour le rendre coupable. Dans ce moment, la horde dévastatrice était à l’arsenal, où elle pillait les fusils et armes qui s’y trouvaient. Le point d’où partaient les ordres, était la caserne de Marseillais, pour le faubourg St.- Marceau, et la maison de la commune, pour le faubourg St.- Antoine. Parmi les scélérats qui commandaient, se trouvaient Chénier, Fréron, Tallien , Legendre, Santerre et Destournelles; les autres étaient Camille Desmoulins (qui se fourrait partout) Danton, Robespierre, Collot- d’Herbois, Panis, Sergent et autres gredins, victimes de leur propre scélératesse.
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Les principaux meneurs étaient Sieyes, Laclos, Condorcet et Sillery. Le rassemblement se fit depuis minuit jusqu’à six ou sept heures du matin. Vers cinq heures, le roi alla visiter les postes lui-même; la garde nationale parut émue et assez bien intentionnée: vive le roi, se fit entendre, mais les canonniers crièrent: vive la nation, et bientôt ils furent soutenus par des bataillons, qui, de leur côté, criaient sans cesse: vive Péthion; d’autres, à bas le veto; d’autres enfin, à bas le traître. Vers sept heures et demie, le roi fit la revue des Suisses, gardes nationales et gentilshommes qui avaient passé la nuit au château. La reine s’adressa aux grenadiers, et leur parla avec une dignité et un sentiment qui leur fit verser des larmes. A huit heures, un municipal entra, et apporta la nouvelle que l’on demandait la déchéance. Au même instant, Roederer parut en écharpe, et ne voulut parler qu’au roi et à la reine en particulier. Il leur apprit que le danger était imminent; qu’ils avaient peu de soldats fidèles, et qu’ils seraient infailliblement égorgés, s’ils ne prenaient le parti de se rendre, sans délai, à l’assemblée. La reine répondit, qu’elle se
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ferait plutôt clouer aux murs du château, que de sortir (Ah, dieu! si le roi avait pensé de même, il régnerait encore). Madame, répondit Roederer, vous voulez donc être seule coupable de la mort du roi et de tous ceux qui vous environnent. Le roi jeta un coup d’oeil sur les personnes qui étaient autour de lui, répandit quelques larmes, se dévoua la plus affreuse humiliation, et entraîna son épouse. En entrant dans l’assemblée, il dit: << Je suis venu ici pour éviter un grand crime, et je pense que je ne puis être plus en sûreté qu’au milieu de vous, messieurs >>. Vergniaud, président, lui répond: << Vous pouvez, Sire, compter sur la fermeté de l’assemblée; ses membres ont juré de mourir en soutenant les droits du peuple et les autorités constituées >>. Le roi s’assit à côté du président; mais, sur l’observation d’un membre, que toute délibération était interdite, par la constitution, en présence du roi, sa majesté se plaça dans une loge, derrière le fauteuil du président. Cette loge, était petite, incommode: c’était celle du Logographe; le roi et sa famille y restèrent quatorze heures.
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Dès sept heures du matin, la cour des Feuillants était pleine de peuple; un officier municipal voulant faire l’essai d’une harangue, fut un instant en danger de perdre la vie. Ce fut là qu’une infâme coquine, nommée Théroïgne, habillée en uniforme, armée d’un sabre, exhorta le peuple au massacre; il était question de 22 jeunes gens que l’on avait menés au corps du garde; ce monstre femelle veut qu’on les livre au peuple: et ils sont livrés pour être égorgés; Suleau était du nombre: c’était ce plaisant spirituel, qui avait fait son joker chancelier, pour se battre avec celui du duc d’Orléans; Théroïgne le connaissait; partout elle demandait l’abbé Suleau, parce que le peuple n’aimait point les abbés (1). Le malheureux fut mis en pièces; deux jeunes gens, seuls, s’échappèrent dans la confusion. Pendant que la citoyenne Théroïgne faisait massacrer cette malheureuse jeunesse, les colonnes attaquantes marchaient vers les Tuileries; une partie allait se retirer, sur l’avis
(1) Il venait d’épouser la fille de Hale, peintre, et n’était point abbé.
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que les cours étaient pleines de soldats , lorsqu’un homme noir et barbu s’écria : il faut déjouer les complots de la cour , ou nous sommes perdus ; alors la colonne se remit en marche, avec des hurlements affreux. Une voiture de poudre arrive au milieu du Carrousel ; un officier va frapper à la porte du palais, en demanda l’ouverture, et elle fut refusée. Pourquoi cet acharnement, puisque le roi n’y était plus ? On voulait piller : voilà le fait. Quelqu’un vint annoncer que l’attaque allait commencer ; beaucoup de monde passa dans les galeries. Le départ du roi avait produit un très mauvais effet ; vers neuf heures, les portes de la cour royale furent enfoncées, et le peuple entra en foule ; la garde nationale frémit de frayeur, et se sauva en grande partie : ainsi la défense du château fut abandonnée à 700 Suisses, 200 gentilshommes , et une centaine de domestiques. Le chef des Marseillais entra le premier ; le peuple, enhardi, cria : à bas les suisses ; mais les suisses restèrent tranquilles. Alors une bande de gens déterminés s’approcha près de l’escalier , se servit de piques à crochet , pour
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darder et accrocher les sentinelles. Cinq furent tirées de leur poste, de cette manière ; on les désarma , et ensuite elles furent massacrées. A cet instant, les Suisses prennent une attitude imposante, et exécutent l’ordre de repousser la force par la force. On tire sur le château un coup de fusil, et l’on riposte par les fenêtres ; alors, partent trois coups de canon , si mal ajustés qu’ils portent au haut du bâtiment. La frayeur s’empare des attaquants et du peuple attiré par la curiosité : les cours se vident, et tout s’enfuit. Quand les Suisses virent la cour royale balayée, ils descendirent au nombre de deux cent vingt , s’emparer des armes et des canons abandonnés ; mais faute de munitions , ils ne purent en faire usage. Un feu roulant succède à cette victoire, et la place du carrousel est évacuée, par les seuls efforts de deux cent vingt hommes. La gendarmerie lâche le pied, et se joint à la populace ; revenons aux Suisses. Jusqu’ici cette brave troupe est maîtresse du champ de bataille ; mais, par une mauvaise disposition , ils manquent de cartouches , et pour comble de malheur, arrive un ordre
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du roi. Ils enclouaient les canons , lorsque M. d’Hervilly vient leur dire : De par le roi : à l’assemblée nationale . Les Suisses obéissent , et dans le court trajet des Tuileries à l’assemblée , ils perdent trente hommes. L’ordre fut donné de les mener au corps de garde des feuillants , et de les désarmer ; mais ils ne souffrirent l’ignominie du désarmement , que sur un ordre de la main du roi : on porta les fusils en triomphe , et l’on fit un massacre des Suisses , avec une férocité qui n’a point d’exemple ; on poussa la cruauté jusqu’à les lier et faire passer sur eux des voitures ; on jetait par les fenêtres ceux qui étaient dans les appartements , et l’on goûtait le cruel plaisir de les recevoir sur des piques. Un fait qui prouve combien le peuple aime le sang, c’est que des bandes parcouraient les rues , pour massacrer ceux qui portaient des habits rouges. Tandis que les Suisses marchaient par ordre du roi, un corps- de garde placé vers la convention tira sur eux, et en tua huit. Le reste des Suisses disséminés dans divers postes, ainsi que les gentilshommes, se sauvèrent comme ils purent. Les grenadiers qui avaient suivi le roi,
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voyant fuir leur camarades , se précipitent dans l’assemblée ; la peur s’empare des députés : tous courent aux portes pour se sauver. On fait rebrousser chemin à cette colonne encore armée ; on tire sur elle : elle répond ; puis , rentrant dans les corridors de la salle , elle y est désarmée par un ordre précis du roi. Je dois un hommage à l’humanité de M. Pisani , ambassadeur de Venise : il donna l’hospitalité à plusieurs gentilshommes et à quelques Suisses qu’il sauva ; on fit chez cet ambassadeur plusieurs visites : on le menaça ; mais rien ne put vaincre sa généreuse fermeté. Le carnage continua , même dans les rues de Paris ; les blessés qui se retiraient , ceux que l’on pouvait soupçonner d’être du parti du roi , étaient massacrés. Voici des traits de barbarie remarquables. M. Carl, officier de gendarmerie , avait essuyé deux coups de fusil de ses propres soldats ; il trouve dans la rue St .-Honoré un de ses amis , le nommé Palloy , et lui demande sa protection ; celui-ci tire un coup de pistolet , et l’achève gravement avec son sabre. M. de Clermont- Tonnerre , qui avait brillé à l’assemblée constituante , est accusé d’avoir des armes ; on visite chez lui, on ne trouve ( 61 )
rien ; il sort , on l’entoure ; il harangue , il est écouté ; son propre cuisinier vient exciter la populace : et il reçoit un coup de faux , dont il meurt. Dès que le peuple fut maître du château, la rage s’exerça sur tout ce qu’il renfermait : les huissiers , garçons de chambre , suisses de portes , ouvriers , tout fut assassiné. On ne marchait que dans le sang et sur des cadavres dépouillés, que des femmes mutilaient encore de la manière la plus indécente ; on a vu un comédien boire le sang d’un Suisse (1). Il était deux heures, que le massacre durait encore ; il cessa quelques instants, mais ce fut pour recommencer d’une autre manière , c’est-à-dire sur d’autres objets ; on fit main basse sur les voleurs ; on en étrangla une très grande quantité : et ce qu’il y a de singulier , c’est que c’étaient des brigands qui les tuaient pour les dépouiller ; par cette orgie de sang , ont vit les cadavres des Suisses couverts par les cadavres du bon peuple de Paris. Le nombre des Suisses était de 930 ; il
(1) Si je savais le nom de ce nouveau Fayel , je le citerais._
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n’en resta que 180 ; par conséquent , il en fut massacré 750 : c’est ainsi que périt le plus beau , il plus fidèle régiment qui existait en France . La postérité doit savoir , que pour les vaincre , il a fallu leur enlever le roi , leurs officiers ; les laisser sans armes et sans munitions , dispersés dans une multitude de postes , sans leurs grenadiers qui avaient suivi le monarque. Ils étaient vainqueurs, lorsque M. d’Hervilly leur signifia l’ordre d’aller à l’assemblée nationale : un pareil corps n’aurait pas été vaincu si le roi fut resté, s’il avait eu ses grenadiers et officiers, et si les précautions eussent été bien prises : ce coup était décisif, il n’a pas été combiné. Et quel était donc le crime de ces malheureux Suisses ? Ils avaient suivi les ordres de Roederer , de Péthion , de leurs chefs ; la bravoure de ce corps était telle , qu’un Suisse , après s’être défendu avec son sabre , le jeta loin de lui , pour être massacré sans armes. Ce mouvement est sublime. Lecteur sensible, donnez quelques larmes à ces braves victimes de la férocité française. Après le massacre du château, le pillage fut général ; tout fut enfoncé, brisé, jeté par les fenêtres.
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Trois tableaux seulement furent respectés , un de Lebrun , un de Carrache , et le troisième de Dominique Feti. On prit tous les lits de l’hôtel de Brionne ; on en fit un feu de joie sur la place du carrousel , et pour rendre le spectacle plus agréable à la populace dévastatrice , on mit le feu à plusieurs bâtiments. Les gens instruits doivent regretter le cabinet de M. Delaborde , rempli de manuscrits et de choses infiniment précieuses. Ce vieillard, respectable à tant de titres, ne put sauver que sa vie. Il restait dans le château les dames de la reine ; les Marseillais pénétrèrent où elles étaient ; une d’elles, madame la princesse de Tarente , affronta le danger , les harangua , gagna un peu de temps et se sauva , ainsi que ses compagnes d’infortune , par la protection de la garde nationale : ces dames ne purent s’évader qu’avec beaucoup de peines et de précautions. L’assemblée nationale fut obsédée, cette journée, par une multitude de députations. L’une venait déposer de l’argent trouvé sur des prêtres, des croix de St.- Louis, des rouleaux d’assignats ; d’autres apportaient
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l’argenterie royale , des bijoux , des diamants pris sur la toilette de la reine, La joie éclatait dans les yeux de l’assemblée ; et elle ordonna que les objets enlevés du château seraient remis à la municipalité , pour en disposer selon les lois … selon les lois ! … quelles lois permettent de disposer des choses volées, si ce n’est celles des voleurs de profession ? Un canonnier couvert de sang vient montrer son bras nu, aux législateurs, et fait l’offre d’aller ôter la vie du roi présent. Vergniaud monte à la tribune ; il propose d’abolir la constitution. On révoque l’autorité accordée à Louis XVI, et dans l’instant on fait publier que le roi est suspendu , que les ministres actuels n’ayant plus de confiance de la nation , on va procéder à les remplacer ; qu’il n’a plus de liste civile ; enfin , que le roi ainsi que toute sa famille seront prisonniers au temple. Telle fut la fameuse insurrection du 10 août, qui a opéré les malheurs de la France, scène horrible que les fastes du monde conserveront à jamais. Elle doit sa source aux droits de l’homme , et à une constitution vicieuse. Elle fut l’ouvrage de Péthion , et plusieurs
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législateurs qui n’ont pas été honteux d’en réclamer la gloire. Barbaroux de Marseille a dit : Le temps viendra où l’on apprendra les conspirations que nous avons tramées pour renverser le trône. Le 30 octobre il a dit encore : C’est à Charenton que fut arrêtée la conjuration contre la cour : elle devait s’exécuter le 29 juillet, et fut retardée jusqu’au 10 août. Le 26 décembre un député s’est exprimé ainsi : Quel est le membre qui prend à injure d’être conspirateur de la sainte journée du 20 août ? et moi aussi je suis conspirateur. Le 12 avril 1793, Guadet a dit : Les mesures qui ont renversé le trône, le 10 août , sont notre ouvrage ; c’est nous qui les avons prises. Voilà cependant la cause de la captivité de Louis XVI, et l’accusation qui causa sa mort. Le plan de cette journée fut tracé par les comités de Charenton et du cercle social, que présidaient le marchand Barbaroux, le poète Chénier, le romancier Louvet, et le prote Brissot. Il est évident, que le roi n’a pas eu le moindre tort ; qu’il s’est conduit avec sagesse 2 5
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et loyauté ; qu’il n’a pas violé son serment ; que les Suisses ne se sont défendus qu’après le massacre de cinq des leurs , et qu’en se défendant ils n’ont fait que suivre l’ordre que leur avait donné leurs officiers , en vertu d’injonctions faites par Roederer , député , et par Péthion maire de Paris ; qu’ils se sont couverts de gloire , et la gendarmerie d’opprobre. Le roi savait que l’on en voulait à sa vie : qu’a-t-il fait ? il s’est précautionné contre une force criminelle , dirigée contre lui; il a usé d’un droit commun à tous les citoyens , à tous les hommes en général. Au reste , ce n’est point le peuple qui a fait cette insurrection : c’est un ramas de brigands Italiens , Africains , Malthois et autres appelés par Péthion et Santerre , pour détruire la monarchie , et créer une république selon les vues de la horde jacobinière qui voulait gouverner : voilà pourquoi Péthion et Roederer sont venus demander la déchéance , de la part du peuple ….. du peuple ! mais c’était Robespierre qui était l’âme de cette conjuration , et qui dirigeait la commune , comme la commune dirigeait l’assemblée. Ce Roederer est un des hommes le plus hideux de la révolution …. Quoi ! il ordonne de tirer sur le
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peuple , et il vient séduire le roi pour le constituer prisonnier ! J’ai parlé, dit-il , et je n’ai pas requis ; j’ai parlé aux gardes nationaux et non aux Suisses. Cette escobarderie n’est point une raison : elle ajoute la fausseté à la noirceur ; voilà à quoi tout se réduit.
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