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  Isaac Book





F-Chapter 27

Page: 83-100

CHAPITRE XXVII.

On ferme les barrières à Paris; une crainte universelle se répand; visites domiciliaires, manœuvres des filous pour voler juridiquement; on arrête des milliers de personnes: on appose les scellés chez elles; massacres du 2 septembre; interrogatoire de la princesse Lamballe; meurtre du duc de la Rochefoucault; portait de Marat.

Il y avait longtemps que Sieyès disait: <>.
Le scélérat! Il avait été instituteur de Montmorency.
Personne ne doutait, à Paris, qu’il ne se préparât un coup terrible. La stupeur était générale. Les barrières étaient fermées; des groupes, des sentinelles se trouvaient à chaque coin de rue, sur les quais et tous les escaliers publics; chaque citoyen se croyait dénoncé.


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Des pères de famille quittent leurs femmes, leurs enfants, pour se réfugier dans des galetas; les jeunes gens vont chercher un asile dans les lieux de prostitution; l’effroi est tel, que des fugitifs vont se blottir dans les hôpitaux, à côté des malades, des agonisants, et même des morts.
Il était une heure du matin, lorsque les visites domiciliaires commencèrent; des patrouilles nombreuses remplissaient les rues; on cherchait des armes, disait-on: on n’en trouva point; mais on arrêta 3 ou 4000 personnes, dont un grand nombre fut conduit à l’abbaye.
Il est facile de concevoir les vols qui se commirent: tout filou, habillé en patriote, avait un brevet d’impunité.
Un notaire trouva mauvais que l’on troublât ainsi le repos des citoyens: il paya de sa vie ce juste reproche.
On apposa des scellés partout; mais ces scellés furent ouverts, en l’absence des domiciliés, avec permission de piller.
Il est impossible de décrire ce qui se passa: pour être exact, plusieurs gros volumes ne suffiraient pas.

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Voilá les prisons bien remplies: c’était ce que l’on voulait.
Le 30 août, Manuel va voir les prêtres aux carmes, c’est-à-dire, va examiner la valeur de leur mobilier; ils étaient les uns sur les autres, et s’en plaignent unanimement.
Le féroce magistrat leur promit qu’avant quatre jours leur sort serait décidé; il leur tint parole; en effet, ils furent massacrés avant le 4 septembre. Sur l’assurance de Manuel, ils augmentèrent leur approvisionnement, en faisant les plus grands sacrifices. L’infâme Manuel fait plus, il va, lui-même, chez le traiteur des prisonniers, et lui conseille de se faire payer, parce que, dit-il, le moment approche où il ne serait plus temps.
Le 31, on incarcère encore tous les ennemis des législateurs ou des municipaux, sur des notes vagues; et l’on continue les horribles préparatifs.
Il y a des temps délire et d’horreurs, chez les hommes, comme il y a des temps de peste.
Enfin la nuit du premier au deux septembre arrive; le conseil des assassins se tient chez Danton, et il ne s’y passe rien qui ne porte l’empreinte de la plus profonde scélératesse: le crime et la férocité y présidaient.

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Il est bon d’observer que tous ces bourreaux se nommaient pouvoir exécutif : c’est pourquoi il fut lâché un décret qui portait peine de mort pour ceux qui tenteraient de s’opposer aux opérations du pouvoir exécutif. Voilà donc Danton, l’atroce Danton, investi du pouvoir de faire massacrer impunément; et voilà l’assemblée nationale complice des massacres: car elle n’ignorait pas ce qui se passait.
La fermeture des barrières contenue; de malheureux prêtres, réunis pour sortir de Paris, sont obligés de rebrousser chemin; on les conduit à l’abbaye, et ils sont assassinés les uns après les autres, en descendant des voitures: c’étaient les Marseillais qui remplissaient les fonctions de bourreaux.
Ils allèrent ensuite expédier tous les prêtres qui se trouvaient à l’abbaye, dont le nombre était de 160. C’est ainsi que commença le carnage.
Lorsqu’il fut achevé, un officier alla donner des ordres au comité assemblé près de l’église des carmes.
Les prêtres qui étaient dans ce couvent sentirent que leur dernière heure approchait; il recommandèrent leur âme à dieu, et se

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disposèrent religieusement à recevoir la palme du martyre; à la tête de ces prêtres étaient trois prélats, savoir: l’archevêque d’Arles, l’évêque de Beauvais, et celui de Saintes.
Pour préparer ces victimes, les Marseillais tirèrent le sabre dans le jardin, et crièrent: Calotins, voilà les violons qui vont vous faire danser.
La plupart des prêtres étaient dans l’église: on les en fit tous sortir; trente environ se retirèrent dans la chapelle, au nombre desquels étaient les trois évêques; dix scélérats paraissent; un des prêtres va au-devant d’eux ; il reçoit une balle dans la tête, qui le renverse. Les assassins demandent l’archevêque d’Arles: il est connu; on lui reproche d’avoir fait verser le sang des patriotes. – Je n’ai fait de mal à qui que ce soit, dans ma vie. – Eh bien! nous allons t’en faire: et dans l’instant, il est assassiné; les autres étaient aux pieds de l’autel de la chapelle, séparés par une grille: on leur tire des coups de fusil à bout portant.
Quand le massacre fut achevé, dans l’intérieur, les scélérats allèrent à la chasse de ceux qui s’étaient réfugiés dans le jardin; on les tuait sur les arbres, sur les toits, sur

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les murs; il en restait un assez grand nombre, lorsque le chef des Marseillais se présenta.
<>. On reconduisit ces infortunés à coup de plat de sabre; on les fit sortir deux à deux, et on les massacra, en rentrant dans le jardin.
L’évêque de Saintes n’avait eu que la jambe cassée, à l’autel: on le porta à ses bourreaux.
Lorsque le jardin des carmes fut jonché de cadavres, on laissa entrer le peuple pour repaître ses yeux de sang, et donner à la scène un air de consentement populaire.
On remarqua, parmi les assassins, quelques jeunes gens bien vêtus: c’étaient des étudiants, instruits par Danton, Manuel et Camille Desmoulins.
Ces meurtres étaient tellement médités, que le fossoyeur de St.- Sulpice avait été payé pour creuser une fosse qui pût contenir 3 à 400 personnes.
Tandis que la scène que je viens de décrire se passait aux carmes, il s’en exécutait de pareilles à Versailles, à Lyon, à Reims, à Meaux.
Les massacreurs Marseillais, au nombre de

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50 ou 60, excédés de lassitude, les bras fatigués de tuer, n’avaient encore, ni assouvi leur rage, ni étanché leur soif de sang humain: les Suisses devinrent les objets de leur fureur; tous les bas officiers furent tués sans forme de procédure; il existait un capitaine blessé à l’affaire du 10 août; ne pouvant marcher, on le porta sans précautions; la torture qu’il éprouva était affreuse: il cria, on le fit taire en lui sciant la tête sur le corps de celui qui le portait: et cette exécution se fit en présence de ses camarades de chambrée.

Après les Suisses, on vint aux personnes de distinction, telles que MM. de Montmorin et Thierry. Un jeune homme se cache dans une cheminée: un coup de fusil lui casse le poignet, et il souffre sans crier; le geôlier allume de la paille dans la cheminée: le malheureux tombe suffoqué, et on le laisse griller quelque temps; et comme il donnait encore des signes de vie, on le porte dans la rue, et on l’achève sur un monceau de cadavres.

Le juge qui présidait à ces sacrifices humains, plus atroces que ceux de Sylla, était un huissier nommé Maillard, qui jugeait ou absolvait selon son caprice: c’était un esclave de Danton, de Santerre, de Panis, de Sergent et de Manuel.

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Avant le jugement, chaque personne qui paraissait à la barre, était dépouillée de sa bourse, de son portefeuille, de sa montre, de ses bijoux: absoute ou assommée, tout était également perdu.
Beaucoup de gens, animés par de chers intérêts, firent réclamer quelques prisonniers par leurs sections, et il en fut rendu un certain nombre; l’abbé Siccard fut épargné: on pourrait faire un drame touchant des situations affreuses où se trouva ce digne émule de l’abbé de l’Epée.
La section du Contrat Social envoie une députation pour réclamer trois jeunes gens incarcérés à l’occasion d’une rixe qui n’avait pas eu de suites; la vue du sang, des cadavres, des bourreaux, la fit reculer; un horloger, dont je voudrais savoir le nom, fit, à cette occasion, un trait de bonté et de courage, dont je parlerai.
A huit heures du soir, c’est-à-dire, cinq heures après le commencement du massacre, des députés de l’assemblée se rendirent à l’abbaye; Chalot a dit avoir passé sous une voûte de dix mille sabres: il mentit; mais il voulut donner lieu de croire que le massacre était approuvé par le peuple. Le journaliste Brissot prouva son mensonge.

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Mademoiselle Cazotte, mademoiselle de Sombreuil sauvent leurs pères; ces traits de tendresse filiale trouveront leur place, ainsi que l’héroïsme de madame Tarente.
Les massacreurs furent divisés en bandes, ce jour 2 septembre, pour aller dans toutes les prisons; ils se rendirent aux bernardins, à la Salpêtrière, à Bicêtre, à la Conciergerie du palais. Quarante-cinq femmes furent massacrées à la Salpêtrière ; à Bicêtre, il y eut environ six mille victimes; les piques, les sabres, les fusils ne suffisant point pendant huit jours, deux sections eurent la lâcheté de prêter leurs canons, et l’on employa la mitraille pour aller vite; les prisonniers se défendirent, et beaucoup de bourreaux périrent. Ce fut à Bicêtre que le plaisir de tuer les hommes à la course fut imaginé; cette chasse amusait beaucoup les assassins.
Un grand nombre de malheureux s’étaient réfugiés dans les caves; ne pouvant y pénétrer, on prit le parti de les noyer.
Péthion se présente: il parle humanité, on ne l’écoute point; le 21 juin, il avait dit au peuple: Mes enfants, vous vous êtes comportés avec sagesse et dignité ; le 2 septembre, il dit aux assassins : Eh bien! mes enfants,

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achevez. Le barbare était bien digne d’avoir de pareils enfants.
Il y eut quatre-vingt-cinq personnes de massacrées à la Conciergerie du palais. Le major des Suisses fut épargné, mais ce fut pour le conduire à la guillotine, après lui, avoir montré ses huit camarades égorgés.
Il n’y avait dans cette prison qu’une seule femme: c’était une bouquetière accusée d’avoir mutilé son amant. Elle fut attachée à un poteau, les jambes écartées: on lui cloua les pieds; on lui coupa les seins; et pour achever le supplice on vengea son amant par la loi du talion.
Le massacre du grand Châtelet fut très considérable; plus de deux cents personnes périrent; le beau-frère de M. Desprémenil se sauva en endossant l’habit d’un garde nationale de Bordeaux, et sous les armes d’un massacreur.
On entassait les cadavres sur le pont au change; des chariots d’écurie venaient les enlever ; c’était des hommes dégoûtants de sang qui les conduisaient: et l’on a vu dans ces chariots des femmes et des enfants, tenant des membres déchirés.
Dans tous les pays, il s’est fait des meurtres juridiques, que la tyrannie, le fanatisme et


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l’erreur ont commis avec le glaive de la justice; on peut comparer, dit Voltaire, ces espèces d’assassins, à des voleurs de grand chemin, qui ayant volé et garrotté des passants, se plairaient à nommer dans leur troupe un procureur général, des juges, un président, qui ayant signé des sentences, prendraient en cérémonie.
On donna une espèce de forme juridique au massacre de l’hôtel de la force.
Quand on demandait au jury s’il fallait élargir le prisonnier: oui, était l’arrêt de mort, et non, la liberté.
Le massacre commença par le commandant de la gendarmerie; aussitôt on fit descendre madame la princesse de Lamballe au guichet; ne pouvant soutenir la vue du sang, des sabres nuds, et les cris de ceux que l’on égorgeait, elle se trouva mal.
Revenue à elle, on l’interrogea; voici à peu près son interrogatoire et ses réponses.
D. Comment te nommes-tu ?
B. Marie Louise, princesse de Savoie.
D. Ta qualité ?
B. Surintendante de la maison de la reine.
D. Les complots de la cour, du 10 Août, te sont- ils connus ?


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R. J’ignore absolument s’il y a eu des complots.
D. Jure l’égalité, la liberté, haine au roi, à la reine et à la royauté.
R. Je jurerai la liberté et l’égalité, mais la haine au roi et à la reine, sont contre mon cœur.
Le juge dît, Que l’on élargisse madame; ce qui voulait dire, assassinez madame.
En passant le seuil de la porte, elle reçut un coup de sabre; on la prit par le bras, on la força de marcher dans le sang, et on l’acheva au cul-de-sac des prêtres, sur un tas de morts; ensuite son corps fut dépouillé de ses vêtements, et fut exposé aux outrages les plus horriblement obscènes de la populace; on chargea un canon avec une de ses jambes; on traîna ses autres membres dans les ruisseaux; on mit sa tête au bout d’une pique, et l’on en donna le spectacle à sa meilleure amie, l’abbesse de ……. On fit plus, on la porta au temple, où étaient le roi et la reine, et ensuite chez le duc de Penthièvre, son beau-père. Pendant quelques instants, une attaque cruelle au temple fut redoutée: mais l’heure fatale n’était pas arrivée; cependant on força le roi de mettre la tête à la fenêtre; la reine et madame Elizabeth,


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dans ce moment d’horreur, étaient évanouies.
Du temple on porta la tête de madame de Lamballe, chez d’Orléans, son beau-frère. Il a été dit que le duc avait été repaître ses yeux de ce spectacle; mais cela n’est pas vrai. Un Anglais quitta la table et revint très consterné; au reste le prince est assez noir par lui-même: il ne faut pas emprunter le pinceau de mensonge pour le dénigrer.
Comme madame de Tarente avait fait précisément les mêmes réponses que madame la princesse de Lamballe, et qu’elle fut sauvée, l’opinion générale est que le duc d’Orléans, par un double motif de vengeance et d’intérêt, avait dicté l’arrêt exécrable de sa mort.
Depuis le cinq Octobre, madame de Lamballe avait constamment refusé de voir son beau-frère; d’un autre côté elle avait un douaire de 100,000 livres, sur la fortune de madame d’Orléans: ces raisons ont fait présumer, avec beaucoup de vraisemblance, que le duc s’était arrangé, soit avec Danton, soit avec Camille Desmoulins, soit enfin avec le juge du Guichet, pour la faire périr.
Je ne dirai rien des personnes qui furent absoutes, ni des coquins massacrés qui étaient détenus pour crimes: le nombre de ces derniers

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était très grand, et le mélange des corps offrait à l’imagination une idée bien affreuse (1).
Madame de Septeuil fut relâchée, mais on courut chez elle lui voler ses diamants, et deux millions en portefeuille ; à la vérité les mem-

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(1) Voici un fait assez singulier. Mon nom a sauvé un jeune homme, qui fut d’abord remarqué par sa taille et sa figure.

Le nommé L…..mon tailleur à G…..obligé de quitter sa patrie, par la publicité que son incontinent cynique avait donné à ses goûts vicieux, se trouvait parmi les septembriseurs; il aperçoit un très beau jeune homme, l’aborde avec le plus gracieux sourire, et l’interroge. = D’où êtes-vous, mon bon ami ? (Ces messieurs sont doucereux) = De tel village. = Vous connaissez donc M. C. ? = C’est sa famille qui m’a élevé, et lui-même a toujours eu des bontés pour moi. = Mon ami, vous ne périrez point; je vais plaider votre cause. M. le président, voici un jeune homme que je recommande à votre humanité, il est l’élève de mon meilleur ami, et je réponds de ses principes.
Le jeune homme, qui allait être massacré pour le crime de n’avoir pas voulu trahir son maître, fut livré à la tendresse des dames spectatrices, qui l’accablèrent de baisers, super verbum, et il fut sauvé. Je remercierai M. L….. quand je le rencontrerai; mais à coup sûr, je ne suis pas son ami.


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bres de la commune donnèrent des récépissés, mais sous des noms inconnus.
Le duc de la Rochefoucault avait signé, en qualité de président du Département de Paris, la suspension de Péthion et de Manuel; un pareil acte ne pouvait rester impuni; le duc était aux eaux de Forges, lorsqu’un commissaire vint lui signifier l’ordre qu’il avait de le conduire à Paris: il part, et s’arrête à Gisors pour se reposer; arrive un bataillon de gardes nationales, parmi lesquels il y avait des massacreurs: tout cela était arrangé; ils demandent le duc; le maire du lieu paraît avec une garde pour le protéger; en sortant de Gisors, le chemin était étroit, et pour surcroît de malheur, une voiture s’y trouve, et fit confusion: il est très probable que cette voiture n’était point l’effet du hasard; un assassin ramassa une pierre, et la lança sur le duc avec une telle force qu’il tomba mort.
Telles furent les vengeances du vertueux Péthion et de Manuel.
Le duc de la Rochefoucault fut le quatrième de sa famille massacré dans la même semaine.
Si la postérité ne le trouve pas absolument intact sur ses principes, elle jugera au moins qu’il fut égaré par ses propres vertus.

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Il existe un fait bien étrange, c’est que Manuel son assassin, de concert avec Péthion, demanda vengeance de ce meurtre.
Mais Condorcet, sur qui la reconnaissance pesait beaucoup, ne montra point la même hypocrisie.
La maison de la Rochefoucault avait fait présent à ce philosophe de 100,000 livres, à l’époque de son mariage; il désira n’en toucher que deux cinquièmes, et laisser le surplus en rente.
S’étant brouillé avec ses bienfaiteurs, il se trouvait malheureux d’aller toucher 1,500 livres tous les six mois.
Pour faire cesser ce malaise, le capital lui fut porté par le duc lui-même, et le philosophe répondit: C’est fort bien, Monsieur le duc. Voilà pourquoi le géomètre révolutionnaire se trouva soulagé lorsqu’il apprit que le duc n’existait plus. On porte au nombre de 15,000 les personnes égorgées en septembre (1).

(1) Si l’on demande quel état était le but de cette orgie de sang humain? c’était pour que la convention n’eût pas, pour membres, les sujets dont on redoutait la probité et les talents, et pour forcer Paris à fournir les coquius dont on avait besoin.


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La nouvelle des massacres se répandit dans les départements; tous les commentaires, tout ce que dirent les journaux, sortaient des jacobins, et c’étaient autant de moyens qu’il employaient pour avoir une convention composée de membres jacobins; il fallait éloigner des assemblées primaires, les gens sages ou timides, et ils avaient eu soin de répandre que les gens de robe, et ceux qui jouissaient d’une certaine aisance, sans distinction, ne faisaient point partie du peuple; d’ailleurs ils imaginèrent le mot suspect, qui signifiait tout ce qui n’était pas jacobin, ou, sur qui on pouvait avec sécurité, exercer tous les genres possibles de persécutions; et comme par leurs affiliations ils gouvernaient les communes en général, on peut croire qu’ils étaient sûrs au moins de la majorité des représentants.
Sur ces dispositions de la secte jacobine, on ne s’étonnera pas que les monstres de la commune de Paris, Danton, Sergent, Manuel, Marat ayant été nommés membres de la convention nationale.
J’ai fait le portrait de Robespierre et de Barère; peut-être ne sera-t-on pas fâché de trouver ici celui de Marat.
Il était de Neufchâtel en Suisse, médecin,

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ou plutôt charlatan; il n’avait pas cinq pieds; c’était un des hommes des plus laids que l’on puisse voir; nu, on l’aurait pris pour un grand Gibbon (espèce de singe): il était haineux, vindicatif, féroce. Voir des ruines, des malheureux, du sang, étaient ses plus grands plaisirs.
La faction d’Orléans avait besoin d’un bavard de son espèce: Danton le présenta; il était à vendre, on en fit l’emplette. C’est Marat qui alluma les brandons de la guerre civile; c’est lui qui donna l’idée de faire des boucheries humaines: les jacobins en ont fait leur Moloch, et lui ont sacrifié des victimes.