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F-Chapter 29
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CHAPITRE XXIX.
Traits de sentiment de courage.
Nous devons supposer l’âme du lecteur oppressée par les cruautés qu’il vient de lire; pour la reposer un instant, nous croyons devoir lui faire connaître quelques traits de sentiments et de courage puisés dans les faits mêmes que nous avons décrits. Mademoiselle de Sombreuil présente son sein aux assassins de son père, les intéresse, les touche, les attendrit, les désarme, et sauve l’auteur de ses jours. Madame la princesse de Tarente est placée entre la vie et la mort par ses juges; on lui promet la vie si elle veut accuser la reine; loin de l’accuser, elle plaide sa cause: elle est acquittée; on vient la reprendre, elle demande la mort ou une complète liberté; ces traits de vertu et d’énergie étonnent ses propres assassins: ils la laissent aller. Mademoiselle Cazotte, fille de l’auteur d’Olivier, de Milord impromptu et autres ou-
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vrages marqués au coin du goût et de la gaîté, s’emprisonne volontairement pour rendre des soins à son vertueux père; cette tendre fille se précipite entre lui et ses bourreaux, demande à périr avant lui; elle calme la fureur des assassins, et sort triomphante, en conduisant Cazotte, comme Antigone conduisit Œdipe. Brissot était l’ennemi de cet estimable auteur: il fut repris et conduit à l’échafaud; il y porta le calme d’une âme pure. <>. Il coupa lui-même ses cheveux blancs, et les donna à son confesseur, pour les remettre à sa fille, avec ces mots, écrits avec un crayon: <>. Un horloger demande des pouvoirs à sa section, pour aller réclamer deux jeunes gens: il se rend dans l’antre des assassins, marche dans le sang, et sur des membres palpitants. – Es-tu las de vivre? lui dit un bourreau, en le prenant au collet. Le désir de faire une belle action, donne des forces à cet homme estimable. – Je demande à parler au président. On le laisse entrer. – Que viens-tu faire ici? – Je viens réclamer deux jeunes gens de
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ma section: voilà mes pouvoirs. – Qui sont-ils? – Tel et tel; vivent-ils? – Oui …. Pourquoi sont-ils ici? – Pour une faute légère, une querelle qui n’a pas eu de suite. – En réponds-tu sur ta tête? – J’en réponds sur ma tête. – Eh bien! voilà du papier, signe, mais prends garde à toi. On examine les registres, et très heureusement l’acte d’écrou ne portait point cause d’aristocratie: car le répondant aurait péri. Les prisonniers arrivent. – Tiens, les voilà: va-t- en. Le major des Suisses, M. Bachman, refuse de se justifier: il va à la mort avec héroïsme; lui- même ôte son manteau, regarde la tourbe avec dédain, et meurt. Un Suisse, indigné de voir ses camarades demander grâce à genoux, et d’entendre les hurlements des massacreurs, se débarrasse du groupe où il était, et se présente avec la plus noble audace: c’était un des beaux hommes qu’il soit possible de voir, et par la taille, et par la forme, et par la figure. << Je veux passer le premier, dit-il; s’il est quelqu’un, parmi vous, qui ait la plus légère idée de la discipline militaire, il doit savoir que des soldats ne peuvent être coupables des actions que leurs chefs leur commandent. Les
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nôtres se sont sauvés, et nous périssons. Mais apprenez que de braves gens comme nous, ne craignent point la mort; que pour vous servir, ils ont combattu cent fois, et que leurs corps sont criblés de blessures honorables>>. Puis il interroge les massacreurs : <>? leur dit-il. Les portes s’ouvrent: il marche avec noblesse; les assassins étonnés reculent d’abord, puis, environnent leur proie pour lui porter les premiers coups, de tous les côtés: les méchants sont toujours lâches. Le Suisse promène ses regards autour de lui, croise les bras un instant, puis prenant son parti, s’élance sur les piques, les baïonnettes, les sabres, et meurt percé de mille coups. Mademoiselle de Boisbérenger était avec sa mère, qui attendait la charrette fatale, dans la salle des condamnés; elle sort un instant, reçoit son arrêt de mort, rentre, saute au col de sa mère, et lui dit avec des transports de joie: <>. Un jeune homme trouve son oncle en prison: c’était un vieux militaire à cheveux blancs; ne pouvant exprimer sa douleur, il s’approche 2. 8 (114)
et baise respectueusement les chaînes du vieillard: cet acte est sublime. Un sergent prisonnier, voyant son lieutenant-colonel, monsieur d’Adhemar, porter de grosses chaînes, après cinquante-six ans de service, demande la grâce de les porter pour lui; ce mouvement de sensibilité produisit son effet: le vieillard fut soulagé. Je dois faire connaître ce sergent: son nom est Capoulard; je ne puis dire le lieu où il est né. Un jeune homme nommé Mongon, fit une longue route, enchaîné, quoiqu’il se fût aperçu que la clef de son porte- manteau ouvrait le cadenas de la chaîne; l’impossibilité de soulager ses camarades lui fit garder le silence. En arrivant à Orléans, le conducteur avait perdu la clef; alors le jeune Mongon donna la sienne, et l’attendrissement fut général. Madame de Mongon lisant ce trait, dit: il n’y a que mon fils le chevalier, capable de cette action; c’était lui. Excellente mère! vous avez cultivé cette âme délicate, et vous avez joui de vos travaux. Un des compagnons d’infortune du duc de Brissac, était pénétré d’une profonde mélancolie; le duc désirant en savoir la cause, apprit que cet infortuné gémissait sur le sort
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de sa femme et de sa famille qui manquaient de tout; le généreux Brissac, sans hésiter, assure à la femme du prisonnier une pension de douze cents livres, payée une année d’avance, et lui rend toute son énergie. Un Savoyard était parvenu à être porte-clef au Luxembourg; ferme sans dureté, sans brusquerie, jamais il ne se permettait aucune menace; il apprend que celui qui l’avait accueilli, protégé, instruit; que le sensible Fénelon est sur la liste des transférés; se livrant aux mouvements de son cœur, il court se jeter dans les bras de son bienfaiteur; il l’embrassa, il le baigne de ses larmes, il retenait les gendarmes qui le conduisaient, il appelait Fénelon son père, son bienfaiteur… <>! Je ne dois pas omettre un trait de Louis XVI, qui porte le sceau d’une sensibilité bien délicate. Lorsqu’on lui porta la tête de madame de Lamballe, un soldat la lui fit remarquer avec une atroce affection; un autre soldat fit ce qu’il put pour lui cacher ce spectacle: on demanda au roi s’il reconnaîtrait le soldat qui s’était comporté avec tant de barbarie? non,
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répondit-il, mais bien parfaitement celui qui a montré de la sensibilité.
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