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  Isaac Book





F-Chapter 30

Page: 116-127

CHAPITRE XXX.

Fin de l’assemblée législative; manœuvres employées pour élire la convention; réflexions diverses ; prédiction remarquable de la révolution, faite en 1776.

Après l’affaire du 10 août, la législative, chargée d’un poids qu’elle ne pouvait plus porter, s’occupa de sa retraite, et pensa à convoquer une convention pour juger le roi, qu’elle venait de détrôner.
Le règne de cette assemblée ne fut prolongé que d’environ six semaines, après le Août; mais, pendant ce court espace, elle eut la mortification de se voir renverser par la municipalité de Paris, composé de jacobins.
Un orateur, député de ce corps, se présenta à la barre, et y parla en maître. Il fit part
non seulement de l’arrestation des prêtres, par son ordre, mais encore du projet d’insurger la terre entière.
Alors on prêchait, à Douay publiquement,

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un sermon, dont voici le précis : <>.
L’assemblée législative ne se fit remarquer par aucune loi ou institution sage: on peut dire même que toutes ses opérations portent le sceau de la férocité.
< L’histoire ne parlera d’elle, que pour peindre des mouvements funestes, ou la captivité barbare de Louis XVI.
Lorsqu’il fut question d’élire la convention, la France entière était sous le joug des jacobins: ils prirent un ton si menaçant, dans les assemblées d’élection, que les honnêtes gens furent obligés de laisser le champ libre aux furieux, qui voulaient dominer à quelque prix que ce fût.
Les harangueurs, les vociférateurs étaient des hommes députés par la municipalité de Paris, encore couverts de sang des massacres du 2 septembre.
Les assassins du roi furent élus par l’influence de ces tigres: pouvait-il échappé ?

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Alors ce d’Orléans, qui avait lui-même conduit son beau-frère dans des lieux de prostitution, pour corrompre ses mœurs et empoisonner son sang; ce d’Orléans, le plus immoral des hommes, qui avait fui devant le pavillon ennemi, flétri ce qui restait de la famille de Buffon, manqué à ses engagements, pour répandre ses trésors aux assassins du 6 octobre, fait massacrer la princesse de Lamballe, sa belle-sœur;
Alors, dis-je, ce d’Orléans, couvert d’opprobre et d’infamie, se coalise avec un Genlis, un Laclos, un Camille Desmoulins, un Legendre, un Santerre, et va dans la boue ramasser son conseil, pour s’élever, contre le roi, chef de sa famille; pour déshonorer sa propre mère, en disant qu’il n’était pas du sang des Bourbons.
Tel fut l’homme qui, abhorré par un Barbaroux, chef du parti des brigands Marseillais; insulté par un Merlin, homme aussi méprisable que méprisé; outragé par un Manuel, scélérat septembriseur: tel fut l’homme, dis-je, en faveur de qui se faisait la plus atroce des révolutions.
Avant de broyer les couleurs dont je me servirai pour peindre les plus grandes horreurs


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de la révolution Française, je vois m’arrêter un instant sur les causes qui ont d’abord corrompu, et ensuite détruit la morale politique. Philosophes du siècle! c’est votre ouvrage. Diderot, Voltaire, Helvétius, Jean-Jacques, Turgot (1): c’est vous qui avez gâté les esprits. Il suffisait de lire les paradoxes des politiques Français, pour se persuader que si la France éprouvait une commotion, la secousse serait de la plus grande violence. Les souverains en étaient avertis: ils n’y ont pas fait la moindre attention.
Le Contrat social a sonné le tocsin; les Anglais l’ont entendu, et ont toujours témoigné pour cet ouvrage le plus souverain mépris.
Personne n’a analysé cet écrit incendiaire, comme monsieur Monnier (voyez son discours sur les causes qui ont empêché la France d’être libre); il dit : <

(1) Voyez la lettre de ce dernier au docteur Price, Anglais.


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ni les conditions, ni les bornes dans l’étendue du prétendu vœu national>>.
Il est évident que tous les grands révolutionnaires, ont été les élèves du citoyen de Genève, et qu’il est auteur de tout le sang qui a été répandu.
Oui, Jean-Jacques, c’est toi qui sous un air simple et doux, que masquait le plus grand orgueil, as perverti les esprits; c’est toi qui as distillé le poison de la révolution Française, et l’as fait savourer à ceux- là même dont il préparait la destruction. Tu ne te doutais point que les mitrailleurs, les noyeurs, les égorgeurs, et tous les scélérats révolutionnaires, se couvriraient de ton égide pour justifier leurs atrocités; que ta souveraineté populaire briserait tous les ressorts du gouvernement; et que des bourreaux usurpateurs répéteraient avec toi:
<< Tout citoyen doit renoncer à sa propriété et à sa vie, quand le souverain lui dit, Il faut que sois dépossédé (1), il faut que tu meures.>>


(1) C’est un fait, que des fripiers de St.- Germain entrèrent dans un garde-meuble, et dirent: Cela est à nous : nous sommes souverains. Ces coquins ne valent pas la peine d’être nommés.


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Jean-Jacques, tu ne te doutais pas que tes paradoxes, adaptés à l’intérêt particulier, sous le nom d’intérêt public, produiraient de si funestes effets.
En réalité ce sont les encyclopédistes, qui ont préparé la révolution.
Si l’on en doute, il existe une chanson faite en 1776, qui se trouve dans un ouvrage imprimé en 1787, intitulé: Correspondance secrète, politique et littéraire, pour servir à l’histoire des cours, etc. etc.
Cette chanson offre des traits si remarquables, que je ne puis me dispenser de la transcrire en entier: le lecteur m’en saura gré.

Air : La bonne aventure, oh ! gué !

Vivent tous nos beaux esprits
Encyclopédistes,
Du bonheur Français épris,
Grands économistes :
Par leurs soins, au temps d’Adam
Nous reviendrons, c’est leur plan.
Momus les assiste,
Oh ! gué !
Momus les assiste.

On verra tous les états
Entre eux se confondre ;


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Les pauvres, sur leurs grabats;
Ne plus se morfondre;
Des biens on fera des lots
Qui rendront les gens égaux:
Le bel oeuf à pondre,
oh! gué!
Le bel œuf à pondre.

Puis devenus vertueux,
Par philosophie
Les Français auront des dieux
A leur fantaisie;
Nous reverrons un oignon
A Jésus damer le pion;
Ah! quelle harmonie,
oh! gué!
Ah! quelle harmonie.

Ce n’est pas de nos bouquins
Que vient leur science;
En eux ces fiers paladins
Ont la sapience:
Les COLBERT et les SULLY
Nous paraissaient grands; mais fi!
Ce n’est qu’ignorance,
oh! gué
Ce n’est qu’ignorance.

Du même pas marcheront
Noblesse et roture;
Les Français retourneront
Au droit de nature.


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Adieu parlements et lois,
Les princes, ducs, les rois:
La bonne aventure,
oh! gué!
La bonne aventure.

Alors, d’amour sûreté
Entre sœurs et frères;
Sacrements et parenté
Seront des chimères.
Chaque père imitera
Noé, quand il s’enivra.
Liberté plénière,
oh! gué!
Liberté plénière.

Plus de moines langoureux,
De plaintives nones;
Au lieu d’adresser aux cieux
Matines et nones,
On verra ces malheureux
Danser, abjurant leurs vœux,
Galante chaconne,
oh! gué!
Galante chaconne.

Puissent des novations
La fière séquelle,
Nous rendre des nations
Le parfait modèle :
Et cet honneur nous devrons

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A Turgot et compagnons,
Faveur immortelle,
Oh! gué!
Faveur immortelle.

A qui devrons nous le plus ?
C’est à notre maître,
Qui, se croyant un abus,
Ne voudra plus l’être.
Ah! qu’il faut aimer le bien,
Pour de roi n’être plus rien :
J’enverrais tout paître,
Oh! gué!
J’enverrais tout paître.

Et vous, membres de l’assemblée constituante: c’est vous qui avez tracé le cercle vicieux de la révolution, par vos sophismes et vos romans politiques.
C’est vous qui, sur un seul peuple, avez accumulé toutes les horreurs du quinzième siècle; c’est vous qui, violant sans scrupule toutes les conventions divines et humaines, avez arraché la balance des mains de la justice, et détruit sa force pour punir; c’est vous qui avez créé des sacrilèges, des parricides; c’est vous qui avez armé le père contre le fils, le fils contre le père; c’est vous qui, après avoir tout désorganisé, avez remis la


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hache dans les mains des bourreaux, pour achever de mettre en deuil toutes les familles, et faire de la France un vaste cimetière; vous avez beau dire, Notre intention n’était pas d’opérer ces maux; nous voulions changer les pouvoirs de place, et non les renverser.
Eh! lisez donc vos journaux, vos placards, vos discours: vous y verrez les préliminaires du gouvernement républicain; vous y verrez que vous n’avez déposé l’autorité du roi dans les mains de la populace, que parce vous n’avez pu y placer sa tête le 6 octobre 1789.
On vous moleste maintenant; osez vous plaindre. Dans les horreurs que vos successeurs ont fait commettre, je ne vois que des scènes liées à votre plan.
N’avez-vous pas autorisé le brigandage par des spoliations? n’avez-vous pas vu lanterner de sens froid? n’avez-vous pas prêché que l’insurrection était le plus saint des devoirs ?
n’avez-vous point soudoyé des brigands pour opérer des mouvements populaires, pour incendier, piller, dilapider l’empire? n’avez-vous pas dégradé le respectable titre de patriote, pour en décorer vos assassins? qu’est-ce qu’un patriote, dans sa véritable acception? c’est un homme qui, partant d’une source pure, d’un

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point de morale fixe, ne s’égare jamais; il aime son dieu, sa patrie, sa famille, ses amis, et remplit scrupuleusement tous les devoirs de la société dans laquelle il vit.
Qu’est-ce qu’un patriote de votre création? c’est un coquin qui, sous un certain costume, suit impunément toutes les impulsions de la haine, de la jalousie, de la cupidité; il ne connaît que le plaisir de faire le mal; il ne jouit que du malheur des autres, et se félicite d’en être l’instrument. Donnez-lui de l’autorité, c’est un tigre qui ne calcule ni le juste ni l’injuste; c’est un égoïste qui ne voit que lui-même, dans le sang, et au milieu des cris les plus douloureux: c’est ainsi que vous avez déshonoré le mot patriote.
N’est-ce pas vous, constitutionnels, qui avez accablé le monarque d’ignominie, qui avez souri à tous ceux qui venaient l’outrager ?
Lorsqu’il a voulu se dérober à vos cruautés, n’est-ce pas vous qui l’avez poursuivi, arrêté, suspendu, accablé ceux qui lui étaient fidèles? enfin, pour faire vos adieux à la ville de Paris, n’est-ce pas vous qui avez fait renverser, les statues de Henri IV, de Louis XIII, de Louis XIV et Louis XV? action digne des Goths et des Vandales. – Ce n’est pas


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nous. – Qui donc ? – Les Parisiens. – Ah! il vous fallait des Parisiens.
Ne déclamez donc pas contre l’assemblée législative: elle n’est pas plus criminelle que vous. Votre Charles Lemeth disait, Vous avez de l’or, nous avons du fer … Du fer! pour rétablir une administration dérangée! Et qui était ce Lemeth? un homme pour l’éducation
duquel le roi avait donné 60,000 livres; un ingrat qui crut se débarrasser du poids de la reconnaissance, en remettant cette somme au trésor public. Mais à qui devait-il cette faculté de restituer 60,000l.? à la reine qui avait fait son mariage avec la fille d’un riche créole.
Ame vile! l’eau de la nature entière ne pourrait laver ton ingratitude.
Si tu vis, tu dois ensevelir ta honte dans le fond d’un désert.