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F-Chapter 31
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CHAPITRE XXXI
La république est décrétée, sans discussion; formation des partis de la montagne et de la plaine; examen de ce qu’il fallait faire.
Les massacres du 2 septembre et jours suivants, venaient de finir; le sang coulait dans les ruisseaux de Paris; le poignard émoussé des assassins cherchait encore des victimes, lorsque la convention vint s’installer: ce fut le 21 septembre 1792. Les divisions ne tardèrent pas à se manifester. La montagne se distingua par un costume ignoble: cheveux plats, sans poudre; cou découvert, pantalons et pistolets à la ceinture, une voix forte, le regard farouche, des expressions violentes, étaient encore des caractères distinctifs auxquels on pouvait reconnaître les montagnards. Le projet des jacobins était de changer absolument le gouvernement, de sacrifier le roi et sa famille, de s’emparer des propriétés.
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Leurs moyens, pour réaliser ce projet, étaient l’intrigue, la cabale, les amorces d’intérêt, présentées au peuple toujours avide, et enfin, la terreur. Voilà pourquoi ils ont écarté, des assemblées primaires, tous les hommes éclairés et vertueux, pour composer les membres de la convention; voilà pourquoi on a massacré, le 2 septembre, les honnêtes gens qui avaient des droits aux suffrages, pour élire l’écume de la nature humaine (1). La révolution française offre une observation très frappante: c’est qu’il est impossible de la comparer. Les peuples qui ont éprouvé des révolutions, ont bien perdu leur caractère national, mais, au moins, ils ont conservé leur existence politique. La France a non seulement perdu son gouvernement, ses mœurs, ses lois, sa religion, ses usages; mais on l’a vue courir au-devant de ceux qui la déchiraient. Chaque partie d’elle-même a voulu détruire celle qui
(1) Tels que Robespierre, St.-Just, Couthon, Carrier, Joseph- Lebon, Collet- d’Herbois, Barrère, Billaud-de-Varennes, Camille Desmoulins, Tallien, Fréron, Crassous et autres coquins qui se sont distingués dans l’art de propager les crimes. 2, - 9
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l’avoisinait; et ce qui est absolument neuf en révolution, ce qui montre l’extravagance des têtes qui ont dirigé celles des Français, c’est que, selon les vues d’un frénétique anglais (1), proscrit de son pays comme perturbateur, elle a montré le désir d’entraîner l’univers entier dans l’abîme qu’elle venait de creuser, et a envoyé partout des apôtres pour prêcher la doctrine de l’insurrection. Le début de la convention fut de briser le sceptre des Français; une particularité remarquable dans cet événement, c’est que ce fut un roi de théâtre, un histrion (2) qui en fit la proposition; un autre fait que je ne dois point passer sous silence, c’est qu’avant d’entamer le procès du souverain, avant de savoir s’il était coupable, le mot mort était sans cesse dans la bouche des juges (3). La convention n’était pas assemblée; au-
(1) Thomas- Peyne (2) Collot- d’Herbois. (3) Cambon a dit : << Mon opinion est que le roi soit pendu cette nuit >>. << Il est impossible que nous soyons juges, a répété plusieurs fois Lanjuinais, << puisque nous avons énoncé notre opinion avec scandale, et même avec férocité.
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moins il manquait plus de la moitié de ses membres, lorsqu’un scélérat, nommé Couthon, paralytique, dont le cœur était gangrené, proposa d’ériger la France en république. Cette proposition fut appuyée par Collot- d’Herbois: et par une commotion électrique, inimaginable, elle passa sans contradiction. Jamais question plus importante n’avait été proposée depuis qu’il existe des sociétés: changer le gouvernement d’un état dont la surface a plus de 30 mille lieues quarrées, imposait la nécessité d’attendre la masse entière des députés, pour connaître le vœu général. Il fallait une discussion solennelle, approfondie, ouverte avec liberté de toutes les opinions. Il fallait parcourir les profondeurs de l’antiquité, voir Athènes dominée par des fougueux orateurs, et en proie à des orages continuels; envisager Lacédémone sacrifiant par d’horribles coutumes, le citoyen au citoyen, les mœurs à la force, les talents au fanatisme guerrier; contempler Rome qui jamais ne fut république, mais bien, par ses principes, un état despotique qui ne voulait que des esclaves. Il fallait examiner si la république aristocratique de Venise n’est pas plus impérieuse
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que le Sultan de Constantinople; enfin, si les arts, la gloire et la liberté règnent dans les républiques. Il est prouvé que le plus actif des gouvernements est celui d’un seul; il est connu que le gouvernement se relâche à mesure que les magistrats se multiplient; que plus il est grand, plus le gouvernement doit être resserré, tellement que le nombre des chefs diminue en raison de l’augmentation du peuple: ces principes sont reconnus en politique. Il était donc nécessaire d’examiner si la France, géographiquement monarchique, comme le disait Mirabeau, peut subsister avec des formes républicaines. Il fallait examiner si les frottements inévitables d’une machine compliquée, ne tendent point à accélérer sa destruction. Il fallait examiner si un grand état monarchique, se trouvant métamorphosé tout d’un coup en république, l’anarchie n’en sera point la suite, et si cette anarchie ne fera pas en quelques mois un ravage que vingt années ne pourront réparer. Il fallait examiner s’il sera possible de contenir 83 départements composés de 42 mille municipalités, par la seule force de la loi.
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Il fallait examiner s’il convient de substituer à l’autorité d’un monarque, celle d’une multitude de tribunaux populaires où la cruauté peut se développer d’une multitude de manières. Il fallait examiner si la royauté, comme centre unique où tout aboutit, n’est pas le moteur qui convient le mieux pour donner à un vaste empire le mouvement et la vie. Rien de tout cela n’a été examiné; le plus grand événement politique qui jamais ait existé, a été décidé sans discussion: tout était préparé par un pédant audacieux, l’abbé Sieyès. Les bases de la république française sont examinées en une matinée. Qu’arrivera-t-il? le pouvoir législatif usurpera le pouvoir exécutif qui se révoltera; aucune force centrale ne pourra maintenir ces deux pouvoirs dans leurs bornes respectives. Le pouvoir législatif, par sa seule division, deviendra l’asile de la discorde. Dépouillé de splendeur, le pouvoir exécutif toujours contrarié, perdra sa force et ne sera point respecté. Enfin, le pouvoir judiciaire tendra bassement la main et fera rougir la justice. La voilà décrétée cette constitution républicaine: et la force armée a été employée
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pour la faire accepter librement … Librement! Déjà il est prouvé que l’assentiment du peuple est inutile; par conséquent, le peuple a été compté pour rien. Quels moyens, grand dieu! résisteront- ils à l’opinion universelle? car l’opinion dominante est plus puissante que la tyrannie. Mais quelle est cette république? C’est une république militaire, fondée sur des baïonnettes, par conséquent sans stabilité. Si les armées se révoltent, alors le pouvoir exécutif sera à l’encan, et le dernier enchérisseur sera le plus fort: quand les choses en seront là, la toile baissera bientôt. La patrie était en danger; est-ce la sauver que d’aggraver sa maladie? Quoi! l’on n’a pas senti qu’en créant un gouvernement impossible, on bouchait le cratère d’un volcan avec de la neige qui, en se fondant, augmentera nécessairement l’explosion. Quoi! l’on n’a pas senti que la nation entière venait de jurer de mourir pour soutenir la constitution monarchique, et qu’une nation ne doit ni ne peut se parjurer. Quoi! l’on n’a pas senti que des forcenés désorganisateurs demandent, au nom du
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peuple, une république dans un temps où, si l’état était républicain, il faudrait le créer monarchique, pour couper les racines de l’anarchie. Il le fallait, crainte d’une réaction qui pouvait ensanglanter la patrie …. Le peuple! la patrie! voilà les voiles trompeurs avec lesquels on fascine les yeux de la populace agissante; ici, il n’est question ni du peuple ni de la patrie, mais de trente tyrans plus ou moins, qui veulent conserver leurs têtes et leur sceptre de fer. Qu’est-ce donc que le peuple? est- ce la masse de ces hommes électrisés par les orages révolutionnaires? sont- ce ces insectes bourdonnants, sortis de la fange; ces orateurs de places qui, ne connaissant aucun frein, vont partout briser les liens de la société? sont-ce ces scélérats qui, sans crainte de la maréchaussée qui les surveillait jadis, viennent exercer dans le sein même des villes, le métier qu’ils faisaient avec tant de dangers dans les forêts et sur les grands chemins? sont- ce enfin, ces gorgones qui, à la suite des scélérats, s’identifient avec eux, et ne crient que pour demander du sang? J’appelle peuple la classe laborieuse qui a
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des moeurs, qui tient à la société générale, par son industrie; j’appelle peuple ces abeilles laborieuses de la grande ruche, qui toujours occupées, donnent leur temps au bien commun, et jouissent paisiblement, ainsi que leurs familles, du fruit de leurs veilles: voilà le peuple qu’il fallait consulter, et c’est précisément celui-là que l’on a absolument écarté. Mais tout chef a son peuple; Cartouche avait le sien. Au reste, ce n’est point chez le peuple, quel qu’il soit, que l’on doit chercher les causes des révolutions; semblable aux eaux de la mer, il faut une force extérieure pour l’agiter. Si par hasard il se mutine de lui-même, ce qui arrive très rarement, c’est l’effet d’une impulsion locale, et momentanée, qui manque de force pour s’étendre. Il paraît, par la conduite de Robespierre, qu’il voulait un gouvernement absolument populaire, tel que celui de Nursia, ville du duché de Spolette, cité par Bayle, où celui qui sait lire et écrire, ne peut occuper aucune charge; les procès se décident par quatre juges illitterati. Voilà pourquoi il voulait purger la France
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de tous les hommes éclairés, ou qui avaient la réputation de l’être. Les grands meneurs vous disent: Il fallait tout détruire pour régénérer; il fallait créer un chaos, pour reformer la masse entière; il fallait désunir toutes les pièces de rapport, pour les changer de place. Quels raisonnements? quelle ineptie! Il faut des siècles pour construire un édifice politique: et il est aussi impossible à 700 législateurs de faire de bonnes lois, qu’à 700 individus de faire un bon livre. Où a-t-on vu que la scélératesse mise en action, fût la base d’une république; que la violation de tous les principes de morale et de politique, en donnât les matériaux; et que la destruction de toutes les opinions reçues depuis l’existence des sociétés, fût nécessaire pour établir les droits de l’homme en société? Où a-t-on vu, que pour établir une république, il fallût repousser une nation éclairée jusqu’au vandalisme le plus dévastateur; détruire les monuments qui devaient prouver à la postérité de la sublimité des génies sorties de son sein; placer la statue de la liberté à côté d’un échafaud; ouvrir des milliers de cachots; déployer partout l’affreux appareil des supplices; porter la multitude aux crimes; or-
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donner la mort de celui qui conserverait son amour pour la justice et l’humanité.
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