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F-Chapter 32
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CHAPITRE XXXII.
La constitution républicaine se fait à la hâte; on la déclare en état révolutionnaire; vol des diamants de la couronne; la république change le costume; loi des suspects; les magistrats républicains semblent modeler leur conduite sur celle des Tyrans; le roi et sa famille reçoivent l’avis qu’on veut les empoisonner; leurs précautions à cet égard; Roland justifie les massacres: il provoque les provinces à prendre les mêmes mesures; réponse à Ræderer, par un écrivain Suisse.
La constitution républicaine est achevée en deux mois: on la fait accepter par la force; si quelqu’un avait fait une observation, il aurait péri: aussitôt, on déclare la république en état révolutionnaire; on fait un code révolutionnaire; on établit des armées, des tri-
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bunaux révolutionnaires; on renverse les lois, la morale, la religion; on éveille le crime; on s’environne de bourreaux; on inonde de sang le pays qu’on veut reformer. Etonnez-vous, Nations! moins de cent- cinquante coquins stipendiés ont fait cela dans une ville qui renferme un million d’âmes. Cette ville a cru que la volonté de ces cent- cinquante coquins (qui n’avaient réellement pas d’autre volonté que de gagner de l’argent) était la volonté suprême du peuple français; Elle n’a pas vu les intrigues, les cabales dont on avait connaissance partout ailleurs; Elle n’a pas vu l’ennemi du souverain, un ambitieux qui voulait être le Stathouder de la France; Elle n’a pas vu que la source de cette inimitié était un mariage manqué; Elle n’a pas vu que le monstre caché derrière le rideau, sous le nom d’Egalité, ne voulait point d’égal, et que l’espoir d’occuper les premières places, animait ses satellites; Elle n’a pas vu que l’argent, les libelles, les calomnies, les placards, les gravures, étaient les moyens odieux dont on se servait pour exciter ce que Paris renferme de plus abject.
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Mais que pouvait-on attendre d’une ville qui a souffert pendant huit jours le massacre de ses citoyens, et dont la force, composée de 60 mille hommes armés au moins, a été employée pour écarter les curieux? Paris vivait du luxe, je le répète, et Paris a crié, Guerre aux châteaux, paix aux chaumières; c’est-à-dire, Nous déclarons la guerre aux étrangers qui nous apportent leurs richesses; nous proclamons la destruction de notre commerce, de notre industrie, de nos ressources; nous coupons tous les canaux qui nous apportaient l’abondance. Pourquoi les Parisiens sont-ils ainsi? c’est parce que les corbeaux sont noirs, et que les poissons nagent. Dès que la république fut décrétée, sur la proposition de deux insignes scélérats, Couthon et Collot- d’Herbois, un voile funèbre paraît couvrir la France entière. Le centre de la politesse, l’urbanité, se métamorphose en taverne où la plus crapuleuse grossièreté se déploie et se propage. La ville du monde où la police était le mieux administrée, ne présente plus qu’un repaire de brigands et d’assassins. On y vole jusqu’aux diamants de la cou-
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-ronne, en présence de ceux à qui la garde en était confiée; on en retrouve, à la vérité, quelques-uns; mais le fil se brise, et l’on ne paraît pas avoir bien envie de le renouer. S’il est possible de croire un coquin qui en accuse d’autres, on doit soupçonner Péthion et Manuel d’avoir dirigé le vol du garde-meuble; Fouquier-Tinville en donne au moins une preuve marquante dans son exposé contre Manuel : << Tous les acteurs du vol, arrêtés, dit-il, ont été reconnus pour avoir été relâchés des prisons dans les journées des 2 et 3 septembre; c’étaient donc des voleurs adroits, épargnés à dessein >>. Ce raisonnement a quelque poids. Il est connu que Sémonville, arrêté à Milan, portait à Constantinople des diamants de la couronne. Les promenades où se réunissait le beau monde qui donnait aux étrangers des leçons d’élégance, ne sont plus habitées que par des gens habillés en galériens. Les chefs-d’œuvre des Corneille, des Racine, des Voltaire, des Crébillon, sont remplacés par les plus dégoûtantes rapsodies. Des tribunaux d’égorgeurs s’établissent partout, et il se trouve plus de bourreaux que de citoyens.
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Les mots vengeance, sang, carnage, mort aux riches, guerre aux propriétés, respect au pillage, forment le dictionnaire des patriotes. Les magistrats du peuple, en bonnets rouges, plus jaloux de voler ce qui est acquis par les sueurs, par les fatigues de l’industrie, par les privations de l’économie, que de faire fortune au même prix, demandent la loi des suspects, qui leur donne le casuel des scellés, et assimile le brigandage à la justice. Robespierre développa le génie du crime; pour lui, le monde n’avait que deux parties, lui et le genre humain; aussi disposa-t-il de la vie des hommes, avec le plus grand calme. S’il suivit la marche des tyrans, il eut cela d’original, de rendre complice de ses crimes (au moins en apparence) 700 députés représentant la nation française. Son acolyte principal était Barrère, homme d’esprit, à qui il était égal de prêcher la vertu ou d’opérer les plus noirs forfaits. Il entrait dans la combinaison de ces hommes de faire périr la moitié de la France; mais il fallait un moyen: ils le trouvèrent dans la loi des suspects, par laquelle il était impossible que l’homme le plus vertueux pût échapper à la mort. Il ne fallait qu’un calom-
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-niateur; il ne fallait que lui refuser un certificat de civisme: et les dispensateurs de certificats étaient des scélérats. Cette loi pouvait suffire; mais il en intervint une autre, celle sur les ennemis du peuple, après laquelle il n’y eut plus de terme à l’oppression, plus de tranquillité, plus d’asile pour l’innocence. Alors, les principes barbares des brigands qui menaient la convention, passèrent dans les armées. Il fut défendu aux soldats de faire grâce à aucun Anglais ou Hanovrien, ni pendant les combats, ni dans les moments où les fureurs guerrières se calment: il faut rendre justice aux troupes Françaises, ce décret leur parut odieux, et elles ne s’y sont point conformées; en effet il était contre elles: car la représailles, en guerre, est de rigueur. J’ai prouvé que la constituante n’a pas imaginé les moyens qu’elle a employés pour opérer la révolution: je vais maintenant démontrer que la convention a puisé dans l’histoire des tyrans tous les moyens infâmes dont elle a fait usage. Pour les proscriptions, Sylla fut son modèle. Les listes de victimes représentent ces tables fameuses, décrites par Salluste.
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Les idées de faire des crimes de la pitié, de l’hospitalité; celle de vendre les biens des proscrits tués, ou échappés à la mort par la fuite, se trouvent dans le même historien. La dévastation des provinces romaines, par Sylla, a été imitée par les dévastateurs de nos départements. Sylla se rendit à Préneste pour châtier cette ville; Collot- d’Herbois et Carrier se rendirent, l’un à Lyon, l’autre à Nantes, pour mitrailler et noyer. Sulmo rasée, a donné lieu à l’incendie de Bédouin. L’ordre de faire passer la charrue sur la capitale des Samnites, a fait naître celui de faire labourer le sol de Bédouin consumé. C’est de Domitien que les tyrans Français ont appris à exciter les valets contre les maîtres; à regarder la naissance et la richesse comme des crimes, la vertu comme un délit, l’instruction, le génie, comme des choses nuisibles à la liberté. Les gabarres de la Loire sont de l’invention de Néron, pour engloutir dans les flots sa mère Agrippine, Tibère, Caligula, ont appris l’usage des
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comités révolutionnaires, pour donner à la cruauté une apparence de justice. Auguste a montré l’art de multiplier les forfaits, en élevant aux dignités ceux qui avaient les âmes le plus atroces. Spartacus a donné l’idée de la guerre des sans-culottes. Cromwell eut ses niveleurs (Levellers). Enfin, les meneurs de la convention imitèrent jusqu’aux scènes de Crapée, où les tyrans de Rome allaient reposer leur fureur. Auteuil, Passy, Issy, Vanvres étaient les lieux de délices où Robespierre, Couthon, St.-Just, Henriot et autres scélérats venaient, dans des orgies bachiques et voluptueuses, méditer leurs sanglants projets. Les regards de la convention ne tardèrent pas à se porter sur les prisonniers du Temple. Les premières combinaisons démocratiques, furent d’empoisonner la famille royale, et Sans doute quelqu’ oreille attentive eut connaissance de cet infâme complot. Louis XVI en fut informé …. Quelle cruelle existence! Le monarque employa des personnes sûres pour faire des pains semblables à ceux qu’on lui servait. 2. 10
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Lorsque le couvert était mis, il fallait épier le moment convenable pour opérer la substitution du nouveau pain, à celui que l’on apportait du dehors; il fallait faire connaître, par des signes convenus, que l’on pouvait, sans crainte, se mettre à table. Il arriva plusieurs fois que la présence de gens suspects ne permettait point cet escamotage: alors leurs majestés, sous prétexte de quelqu’indisposition, se bornaient au seul pain (assaisonné de leurs larmes) qu’ils pouvaient manger avec sûreté. Telle était la captivité du meilleur des rois, du plus vertueux des hommes. L’anecdote est sûre. Non seulement les illustres captifs éprouvaient de pareilles inquiétudes, mais on les laissait dans le plus grand dénuement; s’ils demandaient les plus petites choses, je l’ai déjà dit, des journalistes publiaient leur gaspillage, leur insatiabilité. Lorsque la convention fut bien pénétrée du sentiment de sa force, son premier soin fut d’employer tous les moyens possibles pour corrompre l’opinion publique. Elle envoya, dans tous les départements, des commissaires chargés d’échauffer les esprits contre le roi; de le montrer comme un mons-
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-stre sans principes; de stimuler les méchants; d’examiner si parmi les gouvernants il existait encore quelques bons esprits qui pussent détruire les impressions atroces que l’on voulait propager; de les dénoncer comme traîtres; de les incarcérer. Merlin, Albite, Lacroix et autres de la même trempe, furent les apôtres chargés de ces missions: et ils s’en acquittèrent dignement, c’est-à-dire, avec infamie. Eh! comment les provinces pouvaient-elles manifester leur opinion? Paris avait 20 mille dogues altérés de sang, toujours prêts à être lâchés contre le département qui oserait même faire des représentations. Le grand moyen des apôtres, pour séduire le peuple, était de jeter, dans toutes les communes, avec profusion, les prétendues pièces trouvées dans les secrétaires du roi, et chez ses ministres; on avait soustrait tout ce qui pouvait le justifier; on y avait substitué des choses criminelles, des feuilles volantes, des réflexions confiées à l’amitié, des lettres sans dates, sans signatures; des plans de constitution, des projets sans exécution: toutes ces choses passèrent dans des boutiques de calomniateurs, y furent commentées et
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publiées. Tels furent cependant les fondements du procès criminel d’un roi de France. Pièces sans force, qui, dénuées de preuves et d’authenticité, n’auraient pu servir contre le moindre particulier. Les journalistes à gages allaient ramasser, dans les cabarets, dans la crapule, dans la fange, des complots, des imputations, et à force de les tordre, parvenaient à leur donner un air de vraisemblance, qui réellement a égaré le peuple, et même des gens bien pensant. Selon le dire du rapporteur, les papiers trouvés chez le roi et ses ministres, étaient confiés au comité de surveillance de la ville de Paris, et les membres de ce comité étaient les ordonnateurs des massacres de septembre. On est stupéfait à l’aspect d’un pareil renversement de justice, et l’on frémit d’horreur quand on réfléchit que le but de tant de bassesses, de tant d’atrocités, était de sacrifier un maître bienfaisant et innocent. Pour propager avec plus de rapidité la haine du peuple contre l’infortuné monarque, les grâces les plus particulières étaient accordées à celui qui réussissait le mieux dans l’art de le calomnier.
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On nomma le folliculaire Gorsas imprimeur du département de la justice; Carra, Champfort eurent la bibliothèque du roi; Camille Desmoulins eut le secrétariat du sceau; Tallien fut secrétaire de la commune; Maret, tachygraphe du Moniteur, fut chargé de l’insurrection de la Belgique; depuis on l’a vu ambassadeur …… Maret, de Dijon, ambassadeur (1)! Marat ne s’amusa point à faire sa
(1) Dijon s’est livré, avec enthousiasme, au sans-culottide, et ceux qu’on aurait le moins soupçonnés de donner dans les excès, ont été les plus exaltés. Guyton de Morveau jouissait d’une assez bonne réputation, comme chimiste et comme homme de lettres: on lui reprochait, seulement, de flagorner les grands d’une manière trop rampante. Dès qu’il fut député, il devint tigre, et en prit le rugissement. Voici un trait qui le caractérise. Un homme de lettre, de son académie, fut le trouver, et lui dit : << Je vous ai écrit de ma prison; vous ne m’avez pas répondu: votre silence m’a affligé. Sans doute tu avais des torts. = Aucun. = Que viens-tu me demander? = Des nouvelles de votre santé d’abord; et puis j’aurais besoin de vos conseils. = De mes conseils! tu n’es donc pas au pas. = Je sors de prison; j’y suis depuis un an: j’ignore beaucoup de choses. = La prison te corrigera. = Non: pour se corriger il faut avoir commis quelque faute; je ne me reproche rien ….. Au reste,
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cour au pouvoir exécutif: il vola quatre presses au directeur de l’imprimerie royale, et s’en servit utilement. Chaque ministre, pour faire sa cour à l’assemblée, envoya aux départements des règles de conduite. Voici une des leçons de Roland : << Fatiguée d’une longue oppression, et enfin portée au comble de l’indignation, par les excès de la perversité, la nation entière éclairée sur ses droits, les esprits en 1789; la bastille fut renversée, et l’édifice bizarre d’une monarchie despotisée, fit place à la constitution que nous donnèrent les représentants … Trois ans d’agitations en ont fait sentir les vices … Le plus grand de tous était les grands
je vous prie de m’entendre = Je n’ai pas le temps. = Je me suis trompé, je cherchais M. Guitton, chancelier de l’académie de Dijon >>.
Ce trait de dureté a été raconté à plusieurs de ses collègues. Ils ont répondu : L’avocat du roi, du parlement de Dijon; l’adorateur rampant des grands; le rédacteur des flagorneries qu’on leur prodiguait aux états de Bourgogne, est un partisan outré de la sans- culotterie; le miel de son éloquence a passé par le creuset de la terreur, et est devenu phosphore brûlant.
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moyens laissés à la cour ……. Las des lenteurs des trahisons, d’agents perfides, le peuple s’est levé une seconde fois (pour septembriser): il a voulu disperser ces artisans de mensonges qui environnent le trône comme des insectes avides (les Suisses); jetons un voile sur les détails, puisque le sang a coulé >>. << Les députés de la constituante s’assemblèrent aux jacobins; dès lors, on vit s’établir une circulation de lumières et de sentiments dont l’accroissement successif frappa de terreur tous les soupirants au despotisme. On fit des jacobins une puissance; on leur supposa des projets atroces; on leur attribua tous les malheurs, afin de les rendre suspects, odieux, afin de les proscrire …>>. << Ne tardez pas à appliquer à vos séances la loi de la publicité: c’est par la publicité que l’on s’assure de l’opinion; c’est par elle que l’on rend hommage à la souveraineté du peuple, et qu’on mérite des éloges >>. << Je vous invite au bonheur de seconder la révolution; continuez à faire aimer la souveraineté du peuple, et manifestez sa force aux téméraires qui oseraient en douter >>. Il est facile de s’apercevoir que non seulement Roland voulait que le peuple se soulevât,
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mais qu’il donnait aux départements une autorité illimitée pour faire des arrestations. Voici l’extrait d’une autre lettre du même ministre aux municipalités de toute la France. << L’inviolabilité d’un seul homme s’étendait à tous les conspirateurs; ce mot fatal, mais constitutionnel, protégeait les plus vils, les plus audacieux complots; le peuple a entouré cette nouvelle bastille; il en a forcé l’entrée sous les monceaux de morts dont il a fallu joncher ce lieu …. Il ne s’agit plus de soupçons; des pièces écrites arrachées des archives du crime, vont apprendre à l’univers ce qu’il doit penser de ces réclamations affectées, de la constitution et des lois …. On payait des pamphlets; on décriait les assignats; on dispersait nos armées; on ouvrait nos frontières; on préparait le ravage de nos propriétés, le massacre de nos familles, la ruine de la liberté, les espérances de l’humanité entière: de tels crimes ne pouvaient être impunis >>. << Il est digne de vous, citoyens, de lire à haute voix, au peuple assemblé, tous les écrits qui l’intéressent; invitez-le donc à s’assembler les jours destinés au repos de ses travaux; qu’il se nomme des lecteurs pour lire les pièces d’instruction que le gouverne-
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ment répand dans l’empire; faites-leur lire surtout, l’écrit intitulé, Des sociétés populaires considérées comme branche essentielle de l’instruction publique, dont j’ai fait répandre une multitude d’exemplaires; tâchez d’étendre, d’organiser, de multiplier autant que vous le pourrez, cet établissement que sollicitent la patrie et l’humanité. Ce nouveau service rendu à la chose publique, est trop essentiel pour que je ne doive pas compter sur votre zèle; n’oublions point que les vices de la tyrannie naissent de l’ignorance ….. ; songeons que les premiers principes de la politique sont aussi ceux de la morale; qu’on ne peut rien faire pour l’avantage de l’espèce humaine, sans améliorer les mœurs par les inspirations du sentiment, en même temps qu’on détermine les actions par la loi >>. Tels furent les moyens employés pour corrompre le peuple, justifier le massacre du 10 août, et établir ces clubs infernaux dont on a vu les funestes effets. Faisons le commentaire de cette instruction paternelle de Roland: << L’inviolabilité constitutionnelle d’un monarque mettait sans cesse des entraves aux desseins pervers de l’assemblée nationale; une
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bande de forcenés, sortie des galères, payée par les représentants, et que j’appelle peuple, pour vous tromper, a entouré le palais des Tuileries, et en a pillé tous les meubles, après avoir jonché de cadavres l’asile du souverain, constitué inviolable. Pour justifier ce crime, médité depuis longtemps par moi, qui vous écris, et tous les scélérats municipaux, nous avons, contre tous les droits possibles, fait ouvrir les secrétaires, déposé dans les tiroirs les pièces que nous voulions y trouver; dénaturé celles qui y étaient réellement; décomposé des lettres sans dates, sans signatures; cousu des phrases détachées: le tout pour créer un complot qui eût un air de vraisemblance >>. << Invitez le peuple à se réunir, pour donner en masse dans tous les piéges qu’il nous plaira de lui tendre: faites-lui lire, surtout, et méditer l’écrit intitulé: l’art d’entretenir les révoltes. Tâchez d’étendre, d’organiser, de multiplier tous les vices dont nous avons besoin: n’oublions pas que l’obéissance naît de l’ordre, et que nous voulons l’anarchie; songez que nos principes sont ceux du pillage, moyen par lequel on devient riche en peu de temps; songez que votre intérêt doit vous l’inspirer, quand la loi le permet >>.
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Voilà ce que le ministre Roland, un des auteurs du drame, sentait à merveille; et voilà certainement ce qu’il a voulu dire. Cela me rappelle une anecdote sur le maréchal de Luxembourg, qui, en 1672, fit cette harangue à ses soldats: << Allez, mes enfants, pillez, volez, tuez, violez, et s’il y a quelque chose de plus abominable, ne manquez pas de le faire, afin que je voie que je ne me suis pas trompé en vous choisissant comme les plus braves des hommes >>. Le ministre Danton fit aussi paraître des adresses à tous les corps judiciaires; Camille Desmoulins lui prêtait sa plume, et il ne faisait qu’extraire ce que les journalistes, payés pour calomnier, avaient imaginé de plus féroce. Il n’y a pas jusqu’à Rœderer, qui voulut justifier son abominable conduite; au moins il a prouvé, par là, qu’il avait le sentiment de ses crimes. Voici ce que lui a répondu un auteur Suisse: << Que nous importe les variations de ce vil esclave, qui affirme toujours avoir donné son coeur à la république; ou il a menti dans son rapport, ou il ment dans ses observations >>. << Tout le monde, dit-il, s’accorde à dire que les Suisses ont tiré les premiers; et qu’est-ce
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que tout le monde? Les brigands et leurs instigateurs >>. << Plaisante autorité, que celle de voleurs qui rejetteraient leurs crimes sur ceux qu’ils ont dépouillés >> ! << A quels imbéciles espère-t-on persuader que 7 ou 8oo hommes, enfermés avec des femmes et des enfants dans un château ouvert; bloqués de toutes parts par 50 mille brigands armés; trahis par la garde nationale; sous le feu de vingt pièces de canon; comptant à la tête des assassins le club entier des jacobins et l’assemblée nationale, ont commencé les hosti- lités >> ? << Dix mille témoins me le diraient: je ne crois pas à l’impossible >>. Rien n’est plus clair, plus précis que cette réponse. Voici un sermon de Collot-d’Herbois aux Lyonnais, que nous ne pouvons laisser dans l’oubli: c’est le chef-d’œuvre du brigandage. << Tout est permis à ceux qui agissent dans le sens de la révolution >>. << Si quelqu’un, pour se justifier, vous dit : Qu’avons-nous fait ? Nous nous sommes toujours bien montrés; nous avons monté la garde; nous avons payé tout ce que l’on nous
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a demandé, etc., etc. Vous leur répondrez: Vous avez traité l’égalité de chimère; vos avez ri du mot sans-culottes; vous avez eu du superflu, quand nous manquions du nécessaire >> . << Qu’aucune considération ne vous arrête, ni l’âge, ni le sexe, ni la parenté >>. << Voyez en grand; prenez tout ce qui vous paraîtra inutile; ne laissez que ce qui est strictement nécessaire: tout le reste appartient à la république >>. << Il y a des gens qui ont des amas de chemises, de draps, de serviettes, de souliers: prenez tout >>. << De quel droit un homme garderait-il, dans ses armoires, des vêtements superflus >> ? << Que tous les métaux précieux s’écoulent dans le trésor national; le républicain ne doit connaître que le fer >>. << Le temps des demi-mesures est passé; il faut frapper de grands coups; la liberté ou la mort >>. On a vu Colot-d’Herbois et Barrère discuter, à la convention, sur le mode de persécution; le premier veut des massacres; le second veut peupler les déserts de la Guyane.
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O honte de l’humanité! Ces scélérats furent écoutés avec la plus grande attention. Quiconque prendra la peine de suivre le fil qui a guidé les trois assemblées, verra toujours des machinations infernales, pour faire triompher le crime (1).
(1) A Dieu ne plaise que je prétende inculper tous les membres de la convention: j’y connais des hommes très respectables, dont je me glorifie d’être l’ami: mais il est certain que le parti dominant était composé d’hommes intrinsèquement méchants.
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