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  Isaac Book





F-Chapter 37

Page: 206-223

CHAPITRE XXXVII.

L’exécution de Louis XVI a presque été l’anniversaire de celle de Charles premier ; portrait du roi ; opinion des membres de la convention qui ne voulaient pas sa mort ; opinions faibles, mais féroces de St-Just, de Robert, de Grégoire, de Petit d’Ichon, de Lavicomterie, et autres scélérats.

L’EXÉCUTION de Louis XVI a presque été l’anniversaire de Charles Ier ; mais il existe une grande différence dans les deux crimes nationaux ; en France, l’homme fut conduit à l’échafaud comme un malfaiteur ; en Angleterre, ce fut le roi, Charles avec


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son manteau royal, son cortège, ses gentilshommes, ses gardes ; il était revêtu de son cordon bleu ; les salles qu’il traversa étaient tendues de noir ; on mit son corps dans un cercueil couvert de velours ; il fut exposé avec cérémonie, et porté pompeusement au château de Windsor.
Que les Parisiens ne s’assimilent pas aux Anglais pour cette scène sanglante ; ni les causes, ni les effets, ni les détails ne se ressemblent.
Il a péri, ce roi vertueux, comme il l’avait prédit ; souvent il répétait : Je mourrai comme Charles I.er, mais je ne l’imiterai point ; jamais je ne prendrai les armes contre mon peuple.
Il a péri, ce roi vertueux qui pour se sauver n’a pas voulu répandre le sang d’un seul de ses sujets.
Louis XVI a fini comme il a vécu, exerçant sa bonté, même envers ses ennemis.
Le sang du juste a rougi Paris, ville couverte de crimes, d’opprobre et d’horreurs.
Hélas, l’infortuné ne se doutait pas du sort qui attendait sa femme, sa sœur et son fils.
Jetons un coup d’œil rapide sur le caractère de cette illustre victime du sans culottisme, de la démagogie et des droits de l’homme ;


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lisons un instant dans son coeur, et traçons l’esquisse des vertus qu’il réunissait, aux plus éminents degrés.
Il était ennemi du faste, insensible à la flatterie, observateur religieux de sa parole ; son langage était simple, et ses idées très nettes ; doué d’une grande prudence, il avait le talent rare de distinguer également ce qu’il fallait dire et taire ; plein d’amour pour son peuple, il ne s’occupait que des moyens de le soulager : ce qui le rendait très réservé sur ses dépenses personnelles ; modeste à un degré que n’a jamais l’homme ordinaire, il avait autant de disposition à se dépouiller de sa grandeur , que ceux qui l’approchaient en montraient pour dominer sur les autres.
La sincérité, la douceur étaient ses qualités principales ; trouvait-il l’occasion de placer un bienfait ? son cœur se livrait à la joie la plus pure ; on ne lui connaissait aucune passion violente ; ses mœurs, sa conduite furent toujours réglées par une sage modération ; daulus noble désintéressement, il joignait une âme bienfaisante et sensible ; avait-il un mouvement d’impatience ou de vivacité ? dans l’instant il en atténuait l’amertume, même, envers celui qui avait des torts.


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Un de ses principes était que la fortune gérée par la vertu, est le patrimoine de la pauvreté honnête : et il savait acquitter cette taxe que l’humanité impose à la richesse.
On connaît de lui mille traits marqués au coin de la plus touchante sensibilité ; et l’on sait que ses regards ont pénétré jusques dans le fond des cachots, pour en adoucir les rigueurs.
Jamais il ne s’est livré à des dépenses de caprice ; et cette économie surprenante dans un jeune prince, était l’effet de la réflexion ; au jeu, il ne perdait qu’un petit écu : c’est ainsi qu’il donnait des leçons aux dissipateurs de sa cour ; il n’a point montré de qualités guerrières, parce qu’il aimait la paix ; parce qu’il savait qu’on ne peut être héros qu’en prodiguant le sang humain.
Louis XVI aimait l’étude ; sa mémoire était étonnante ; personne n’avait plus que lui médité l’histoire des rois, et ne savait plus à fond la géographie.
Quelques fois, pour se délasser de l’ennemi de sa dignité, il s’occupait d’arts mécaniques dans lesquels il exerçait la force dont la nature l’avait doué.
Il fut bon ami, bon frère, bon mari, bon


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père: et si par son caractère, il était le prince qu’il fallait à des séditieux pour désorganiser la France, il n’est pas possible de douter qu’il ne fût également celui qui, par de grands sacrifices, pouvait le mieux opérer sa régénération.
Lecteur, vous êtes attendri ; moi je quitte un instant la plume, pour laisser couler les larmes qui arrosent mon papier.
Tel fut ce roi qui fut sacrifié, je ne dis point par son peuple, mais par une horde de brigands, usurpateurs de l’autorité. Paris a pu choisir entre un maître doux et des tyrans : il a opté pour les tyrans. Hélas ! quel est le Français qui puisse dire : Je n’ai pas contribué à la mort du roi.
Les courtisans, par leur égoïsme : les ministres, par leurs déprédations ; les émigrés, par leur fuite ; les philosophes, par l’irréligion et les mauvais exemples ; les honnêtes gens, par leur apathie ; les prélats, par leur incontinence ; les seigneurs casaniers, par le joug qu’ils mettaient sur les vassaux.
On ne peut pas dire, cependant, que tous les membres de la convention aient voulu la mort du roi. Un assez grand nombre de représentants, non seulement n’ont point participé


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à ce crime, mais ont plaidé sa cause avec beaucoup de force.
Voici quelques-unes des opinions marquantes et motivées, relatives à cette grande cause.

Opinion de Fauchet.

On ne peut juger d’après des lois qui ne préexistent pas au délit ; et l’on épuiserait en vain l’art des sophismes pour prouver qu’avant le délit de Louis XVI, il eût existé une loi qui lui fût applicable.
Il en est une qui dit que le roi déchu, ne pourra être jugé que pour les actes postérieurs à la déchéance.
Conservons donc cet homme qui fut roi. Je ne combattrai pas une idée mise en avant par le rapporteur, savoir :
Que l’utilité publique autorise quelquefois à jeter un voile sur l’image de la Justice …. Quoi ! l’utilité publique dans la justice violée ! dans un crime national ! dans une sanglante infamie ! Je conclus à ce que Louis XVI ne soit pas mis en jugement.

Opinion de Genevois (de l’Isère).

C’est un reproche à faire à presque tous les orateurs, qui, en disant qu’ils vont examiner avec une sévère impartialité, affectent de peindre Louis XVI sous des couleurs odieuses.
Tout ce qui a été dit dans cette lutte oratoire, paraît n’avoir pour but que de provoquer la condamnation de l’accusé, lorsque, par l’état de la question, il est douteux qu’il dût être mis en jugement.


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On soutient que la liberté ne sera consolidée qu’après que la tête se son ennemi aura été frappée ; moi, j’opine pour le bannissement.

Opinion d’Azéma.

Il faut que la nation soit consultée par communes, par municipalités, parce qu’il a moins d’intrigues et moins d’absent que dans les grandes sociétés.

Opinion de Gertoux.

Louis a le droit de réclamer les avantages que la loi lui donne ; il peut arguer de faux ses accusateurs ; il peut les prendre à parti : et il le pourrait si vous étiez ses juges.
A la barre, il demanderait quels sont ses accusateurs ; il récuserait votre tribunal : alors, qui jugerait entre la convention et lui ? restez dans votre rang ; n’excédez pas les bornes de votre autorité ; il faut que Louis soit jugé par une haute cour nationale.

Opinion de Rouzet.

Il faut que l’on propose au peuple de régler le sort de Louis XVI, de son fils, de sa femme, de sa sœur, et de tous les individus de leur maison. Il n’est pas de l’intérêt de la nation de juger Louis XVI : elle a même un intérêt contraire ; je dis plus, il serait injuste de le punir s’il était coupable. Mais l’est-il ? Voilà la question ; si Louis est coupable, il a été puni plus qu’il n’en avait été menacé par la constitution ; en toute rigueur, il n’avait pas même encouru la déchéance.


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En vain on dit que le roi a été jugé le 10 août, et qu’il ne reste qu’à le punir ; je repousse avec horreur cette opinion.
Il faut examiner ce qui s’est fait le 10 août. Le peuple se soulève ; il veut foudroyer l’asile de son roi : le souverain prend des mesures de sûreté : il ne peut y avoir de condamnation pour ce fait.
Il est question de résilier un pacte social, et d’en substituer un autre ; prenons-y garde, nous n’avons pas été appelés pour agir arbitrairement.

Opinion de Montesquieu.

La puissance de juger ne peut être unie au pouvoir de faire des loix. Celui-ci peut encore moins juger, quand il est question d’un crime public, parce que le pouvoir législatif représente la partie intéressée : nul ne peut être juge et partie.

Faits avancés par M. Necker.

Le roi s’est toujours conduit avec la plus grande loyauté ; l’écrit qu’on lui reproche a été concerté avec Lameth et Barnave : ce qui prouve qu’il discutait avec les députés de son peuple ce qui répugnait à sa conscience.
Tout ce qu’on dit du roi est amplifié ; la même chose arriva au procès de Charles 1.er : ce qui fit crier, par une voix de femme, Not a tenth part. Pas la dixième partie : c’était celle de milady Fairfax.
Dans la journée du 10 août, le roi n’a pris absolument que des mesures de sûreté : et il n’est pas possible de concilier un projet d’agression avec les instances



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réitérées qu’il avait faites à la convention d’envoyer des députés pour concerter un plan de conduite.
Le 20 juin 1792, toute la canaille l’avait couvert d’ignominie : peut-on lui faire un crime d’avoir préparé quelque résistance au renouvellement d’une pareille insurrection.
On dit qu’il a favorisé l’émigration ; qu’il a soudoyé les émigrés. Quelle injustice !
Il ne voulait point la guerre ; les nations étrangères ne la voulaient pas ; il existe des lettres du roi à Léopold et au roi d’Espagne, qui prouvent son vœu pour la paix ; on a échauffé le peuple, pour le contraindre à la déclarer.
On présente comme des crimes :
1. D’avoir fait payer un semestre à ses gardes, après leur licenciement : c’était un usage, c’était un acte si simple qu’il ne mérite pas le nom de générosité ;
2. D’avoir fait payer les pensions de ses tantes et celles des instituteurs de ses frères.
La liste civile était ses propres biens : il ne payait pas avec les fonds de l’état.
On a attaché une grande importance à une lettre de M. Delaporte, dont le but était d’obtenir un décret favorable pour la liste civile : ce n’était qu’un projet ; au reste, M. Delaporte n’étant plus, on ne peut savoir comment et pourquoi cette lettre a été écrite.
On a attribué à la reine une liste trouvée dans ses portefeuilles.
Cette liste était de sa mère ; elle portait sur les Français qui avaient été à Vienne, à la suite des ambassadeurs. Louis a-t-il vacillé ? eh bien ! il faut le voir exposé à toutes les insultes ; il faut le voir dans une monarchie où le monarque n’avait plus de place.


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On connaît un écrit de la main du roi, dans lequel il dit : « Ce bon peuple que l’on égare, ce bon peuple qui m’est si cher, et dont on m’assure que je suis aimé, quand on veut me consoler de mes peines ». C’est ainsi que vis-à-vis de lui-même, il déployait son cœur.
Il est sûr que le début des états généraux a été très turbulent : que le roi a dû en être surpris, et qu’il a pu jeter sur le papier des marques de son mécontentement : mais devait-on violer ses secrets ; plier l’opinion du peuple sur les notes choisies avec perfidie ; les lire dans les places publiques ; les placarder avec des commentaires ; semer la terreur, en donnant à des choses vagues l’importance de la trahison ? C’est ainsi que l’on a inculpé Socrate, Aristide, Phocion : et il est certain que la vertu même, descendue sur la terre, ne résisterait point à un pareil plan d’attaque. C’était précisément pour éviter les effets funestes de ces moyens, que l’on avait mis le roi sous le bouclier de l’inviolabilité. Mais un roi déchu n’est plus inviolable : non, il ne l’est plus ; mais il l’a été pour toutes les actions de son règne : autrement le mot inviolabilité ne signifierait rien.
Le roi, la constitution à la main, peut donc dire : Vous m’avez déchu : je suis puni ; je n’ai rien fait, depuis ma déchéance : vous ne pouvez me juger sans violer l’engagement par lequel j’ai été votre
roi (1).


(1) Il n’est pas possible de refuser à M. Necker une grande énergie et un grand désintéressement au moment où il plaidait la cause du roi, dont il connaissait la conscience ; il avait, dans les mains de ses ennemis, une grande partie de sa fortune, qui lui fut soustraite, quoiqu’il eût prêté, pour fournir du grain dans la disette ; quoiqu’il eût servi l’état gratis ; quoiqu’il fût étranger.


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Opinion de Riston.

Examiner une question avec la résolution de ne pas se laisser convaincre, et de n’y appliquer d’autre solution que celle que l’on a préparée soi-même : c’est le moyen le plus sûr de déraisonner.
Le principe de justice, sans lequel les états ne peuvent subsister, est l’exécution rigoureuse des lois.
Si l’injustice triomphe, elle ouvre la porte à la tyrannie.
L’injustice ne peut mieux se manifester d’une manière plus dangereuse, qu’en attaquant le contrat primitif.
La convention a parfaitement saisi ce principe, lorsqu’elle a décrété que les anciennes lois seraient exécutées jusqu’à la formation des nouvelles.
Or, un roi peut-il être mis en jugement ?
Ouvrons la constitution de 1791.
« La personne du roi est inviolable et sacrée ».
« Si le roi se met à la tête d’une armée, et en dirige les forces contre la nation, il sera censé avoir abdiqué la couronne ».
Le roi, en commettant le plus grand des crimes, n’avait donc que la déchéance à craindre. Français ! lisez cette loi : c’est vous qui l’avez faite.
Plus loin il est dit :
« Après l’abdication expresse ou légale, le roi sera dans la classe des citoyens, et pourra être accusé et jugé comme eux, pour les actes postérieurs à son abdication ».
Rien n’est plus clair. On ne doit, on ne peut donc juger le roi, pour faits antérieurs à sa suspension ou déchéance.
Louis XVI était roi avant l’abolition de la royauté ;


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comme tel, il n’est pas jugeable : il est devenu citoyen : donc la loi doit le protéger.
La nation a supprimé la liste civile ; mais a-t-elle pu supprimer l’héritage de ses pères ?
Le premier Capet qui épousa une Bourbon en acquit les biens, qui étaient immenses : et certainement Hugues Capet n’était pas sans fortune.
Le roi est puni ; la déchéance est une peine : donc il n’y a plus de procès à lui faire.


Opinion de Faure.

On sort pour Louis XVI du cercle de la loi. Cromwell a pu avoir raison, et la convention avoir tort : Cromwell n’a point trouvé de loi antérieure au délit de Charles : en France, il y en avait une très positive.
Veut-on condamner Louis sans l’entendre ? non. Eh bien ! quels sont ses crimes ; on vient de lire une pièce trouvée aux Tuileries, qui prouve, dit-on, une infâme scélératesse. Eh bien ! cette pièce était conforme à l’opinion générale, et pouvait s’avouer : car l’assemblée constituante avait approuvé le massacre de Bouilly à Nancy.
Le roi a envoyé de l’argent à ses gardes, puisé dans le trésor de la nation : est-il prouvé que ce n’était pas un arriéré ?
Il a attiré les Prussiens, les Autrichiens : non, il ne voulait pas la guerre : cela est prouvé.
Il a fait tirer sur le peuple le 10 août : où sont ses ordres ?
Il s’est retiré dans la convention : nouvelle noirceur.
C’est Roederer qui l’a déterminé. Au reste les cris sanguinaires des tribunes me paraissent suspects.
Je connais toutes les pièces contre Louis XVI, et je


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vois que la pluralité des monarques morts dans leurs lits, étaient plus coupables que lui, même le bon Louis XII.

Opinion de Moleville.

Le roi, dit-on, a favorisé l’émigration. On n’a payé des gardes du corps que ceux qui ont constaté leur résidence ; les absents ne l’ont pas été.
Il existe une lettre du roi aux officiers de la marine sortis, pour leur ordonner de rentrer : cette pièce, à sa décharge, n’est pas produite.
Voici une autre lettre, à sa décharge, à un officier de marine, qui ne paraît point non plus au procès.
« Mon …. étant informé que vos lumières et votre expérience vous mettent en état de donner des instructions aux ministres sur le service de la marine, mon intention est que vous vous teniez à portée de fournir au ministre de la marine les renseignements qu’il aura à vous demander : en conséquence je vous défends de sortir de Paris, jusqu’à nouvel ordre, sous peine de désobéissance >>.
Le roi a participé à des trahisons, à des conspirations.
On ne peut pas donner ce nom à des mesures toujours faibles, toujours insuffisantes, prises pour sa sûreté, quand des assassins tramaient contre ses jours.
Le 20 Juin, il éloigna de sa personne ses serviteurs les plus zélés ; ce fut avec quatre gardes nationaux qu’il fut au-devant de la multitude armée qui venait forcer son asile.
Il est impossible de douter maintenant qu’il n’y ait eu une grande conspiration contre la cour. Louvet et Barbaroux en sont convenus à la tribune.
« C’est à Charenton, disent-ils, que fut arrêté la


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conspiration : elle devait s’exécuter le 10 juillet, et n’a pu avoir lieu que le 10 août ».
Le roi en fut informé : il a pris des précautions : au surplus, rendu à l’assemblée, il a donné l’ordre aux Suisses de ne pas tirer.
Il est de fait, que les portes furent forcées sans résistance, et que la première décharge n’a eu lieu, que quand cinq Suisses en faction eurent été massacrés au bas du grand escalier : ainsi, le grand crime du 10 août n’existe pas. Quant aux écrits payés par la liste civile, j’ai à observer qu’avant l’abolition de la royauté, les écrits anti-républicains étaient d’autant moins répréhensibles qu’il avait été décrété par acclamation, que ceux qui proposeraient le gouvernement républicain, ou l’établissement de deux chambres, seraient voués à l’exécration publique.
Mais voici des faits très importants.

Premier fait.

J’ai témoigné de la répugnance à accepter le ministère, sur l’incertitude des sentiments du roi.

3Je sais vos inquiétudes (m’a-t-il dit) : il est tout simple que vous désiriez savoir à quoi vous en tenir. J’ai accepté la constitution : je de dis pas que je la crois bonne dans tous ses points …. ; mais on ne peut plus penser à faire des changements, que lorsque l’expérience en aura fait sentir la nécessité. Le succès de l’expérience dépend de la fidélité avec laquelle la constitution sera exécutée, et mon intention est qu’elle le soit autant et aussi bien qu’il sera possible. Voilà la ligne que je me suis tracée : et j’exige que mes ministres ne s’en écartent pas. La reine


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(présente) ajouta, Voilà le plan que le roi a adopté : je crois que c’est le seul raisonnable.

Second fait.

Dans les premiers jours de janvier, un ancien militaire vint me consulter sur une proposition qui venait de lui être faite d’entrer dans une coalition de gentilshommes, pour escorter le roi, qui devait sortir du royaume.
Celui qui avait fait la proposition s’était présenté sous le titre de maréchal de camp : le roi en fut indigné ; il ordonna sur-le-champ : d’en faire la dénonciation : et il se trouva que le prétendu maréchal de camp était un très mauvais sujet.

Troisième fait.

Dans le mois de janvier, M. Cahier de Gerville faisant lecture au conseil d’un projet de proclamation, le roi l’arrêta à ces mots, l’amour de mon peuple, et il les lui fit corriger par ceux-ci, l’amour du peuple Français. Je ne puis plus (dit-il d’une voix étouffée) dire mon peuple ; mais, on a beau faire, ce sera toujours l’expression de mon cœur.
On ne peut oublier qu’à son retour de Varennes un officier de sa maison lui témoignant ses regrets, sur le mauvais succès du voyage, et sur le degré de puissance qu’allait avoir l’assemblée : = Tant mieux ! mille fois tant mieux (répliqua le roi) ! pourvu qu’elle serve pour le bonheur de mon peuple.

Quatrième fait.

Le rapporteur Valazé a fait lecture d’une note trouvée



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chez moi, sur un nouvel ordre de chevalerie de la reine, et il a mis de l’importance à cette découverte.
Il devait dire que cette note était dans un seau de garde-robe, avec ce billet daté octobre 1790. ,, « Je vous envoie la note dont je vous ai parlé avant-hier, et je vous préviens que je la tiens d’une personne dont la tête est exaltée : ainsi vous croirez ce que vous voudrez « .
On trouva dans le même seau de garde-robe, une liste du comité autrichien, composée d’environ trente noms : on crut cette découverte très importante : heureusement la clef de ces noms se trouvait en seconde colonne.

Cette opinion, et ces faits présentés par M. de Moleville, prouvent, avec la plus grande évidence, que l’on a écarté tout ce qui était à la charge du roi, et que l’on a mis en avant tout ce qui pouvait lui donner l’air coupable.
Pour mettre le lecteur à même de connaître les individus qui ont figuré dans le procès du roi, voici un abrégé des opinions qui ont obtenu le plus grand nombre de suffrages ; elles ont toutes le sceau de la haine, du délire, et de la plus infâme partialité.

Opinion de St-Just.

La mort, sur des raisons qui font frémir.


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Opinion de Robert.

La mort : si la convention décrétait que le roi n’est point coupable, elle donnerait à chaque Français le droit de le tuer.

Opinion de Grégoire.

La mort : il appelle la reine Jézabel ; le palais du roi, le tripot monarchique ; le roi, un bourreau. Les rois forment, selon ce prêtre, une classe d’être purulente : ils sont la lèpre des gouvernement, l’écume de l’espèce humaine. (Voyez ce qu’il disait au roi le 9 juillet 1789).

Opinion de Paine.

Il faut que la révolution soit universelle ; il faut que le procès de Louis prouve au monde entier la scélératesse des gouvernements et la nécessité des révolutions.

Opinion d’Ichon.

La mort : Louis n’était sur le trône qu’un vil scélérat, qu’un infâme usurpateur.

Opinion de Prudhomme.

Les forfaits de Louis sont avérés : il faut que le glaive de la loi, trop longtemps suspendu, tombe sur lui.

Opinion d’Edme Petit.

Il a mérité la mort : il faut que son fils se perde


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parmi nos enfants, et qu’on lui apprenne à gagner son pain.

Opinion de Lavicomterie.

Ce sera, la constitution de tous les peuples à la main, que je poursuivrai le soixante-deuxième tyran des Français. Je poursuivrai ce lâche assassin, ce parricide national, jusqu’au moment où, sous la hache de la loi, j’aurai vu rouler sa tête au Carrousel.

Opinion de Jean- Bon- St- André.

La royauté est un crime : je demande vengeance et punition.

Tels furent les arguments des ennemis de Louis XVI ; les bons Parisiens ont entendu ces plaidoyers, et n’ont pas senti que la rage et la raison étaient aux prises ; et ils ont laissé assassiner leur père, leur roi, leur ami, parce que vingt ou trente scélérats voulaient régner à sa place !