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  Isaac Book





F-Chapter 40

Page: 242-254

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CHAPITRE XL.

Création des comités d’insurrection et de salut public; la section de la Halle- au- blé vient menacer la convention ; affaire du 31 mai ; invention du fédéralisme ; de la Vendée ; gouvernement révolutionnaire ; mort de Marat : son apothéose.

Après la fuite de Dumouriez, on examina quelle espèce de gens avaient intérêt de désirer la royauté : et comme il paraissait plus facile de les incarcérer, que de leur communiquer l’impulsion révolutionnaire, on les persécuta, et même leur mort fut irrévocablement arrêtée.
C’est ce qui donna lieu à la renaissance du comité d’insurrection, et à celui de salut public, le 6 avril 1793.
Le 10, la section de la hall au blé vint demander la proscription des mêmes députés qui devaient être assassinés le 10 mars précédent.
<< Apprenez (dit l’orateur à la montagne)


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que si vous n’êtes pas capables de sauver la patrie, nous la sauverons nous-mêmes >>.
Le journal de Marat devint alors tellement incendiaire et virulent, que celui-ci fut décrété d’accusation dans la même séance où une pétition demandait le sacrifice de 22 membres ; mais il triompha, par les vociférations des jacobins, et ne devint que plus avide de sang.
Le 1er mai, les inquiétudes sur les subsistances étaient extrêmes.
La convention est assaillie par le faubourg Saint-Antoine ; on demande que les denrées soient taxées : la convention tient ferme ; mais la municipalité, d’accord avec les jacobins, entretient l’insurrection.
La commission absolument révolutionnaire des douze, est décrétée le 8 mai ; on fabrique des pièces de correspondance, entre Cobourg, général Autrichien, et les députés que l’on voulait perdre : on devait les conduire dans des maisons isolées ; la municipalité, publier la fausse correspondance ; et les assassins, les massacrer : le tout pour affaiblir le côté droit. On voit qu’en révolution les crimes ne coûtent rien, et que les bourreaux ne sont pas rares.
On apprit que Marseille avait culbuté les buveurs de sang ; que Bordeaux les avait


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éloignés de ses murs; que Lyon avait chassé la municipalité jacobine ; que le Jura se soulevait contre la montagne.
Les désorganisateurs sentirent qu’il fallait se presser, par la crainte d’une réaction.
Le père Duchène (ou Hébert) avait été arrêté ; on était mécontent de la commission des douze, chargée d’examiner l’affaire des députés proscrits ; on ne demandait que des prétextes pour soulever le peuple.
Le 31 mai 1793, à trois ou quatre heures du matin, le tocsin se fait entendre ; on bat la générale ; on tire le canon d’alarme : et cent mille hommes environnent le palais national.
On avait calomnié la section de la butte des moulins, pour la mettre aux prises avec les autres : une explication publique dérouta les conspirateurs.
Les factieux s’étaient rassemblés à l’évêché, où se prétendant munis de pouvoirs, ils avaient nommé Henriot commandant de la force armée, et déclaré Paris en insurrection.
Dès les six heures, les députés étaient à la convention.
Pache, à la tête du comité d’insurrection, vient demander le décret d’accusation contre


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les vingt-deux députés proscrits le 10 mars, et contre la commission des douze ; le pain à trois sous, l’expulsion des nobles en places, l’arrestation de Lebrun et de Clavière, et la levée d’une armée de sans-culottes révolutionnaires, à 40 sous par jour. On accorda la suppression du comité des douze, et une solde de 40 sous aux sans-culottes.
Marat criait qu’il fallait un chef, et courait de rue en rue haranguer le peuple, pour l’irriter.
Les factieux de l’évêché, à la tête desquels étaient Marat et Chabot, avaient formé un comité central, qui dirigeait les mouvements insurrectionnels.
Le 1.er juin on fit sonner, de nouveau, le tocsin et l’on arrêta la femme de Roland : les députés proscrits sentirent alors leur danger.
Le soir le tocsin se fait encore entendre, et l’on bat la générale, pour prolonger la séance, et nécessiter sa tenue pendant la nuit.
Le 2, le tocsin sonne encore ; Henriot distribua ses bataillons, et fit en sorte que ceux où il y avait le plus de jacobins se trouvassent près de la convention.
Tout d’un coup une armée de femmes vient assaillir la salle ; des hommes armés de bâtons,


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de haches, de broches, de piques, leur succèdent, et investissent la convention.
Plusieurs députés veulent sortir : ils sont maltraités, et rentrent, avec leurs habits déchirés. D’autres tentent de mettre la tête à la fenêtre ; les insurgés les couchent en joue.
La suspension du pouvoir des proscrits fut proposée ; ce n’était pas assez : on voulait leur sang ; Marat, Billaud- de- Varennes, Chabot, s’élevèrent, avec fureur, contre cette proposition ; Danton et Robespierre se joignirent à eux.
Barrère fait un discours très raisonnable sur la circonstance, et propose de lever la séance.
Danton proposa de la suspendre seulement, et de sortir en masse : la proposition est acceptée.
Près de la barrière du Carousel, étaient Henriot, ses officiers, de la cavalerie, et six canons chargés à mitraille.
Hérault- de Séchelle, président, présente le décret qui vient d’être rendu ; Henriot, son chapeau sur la tête, répond : « L’assemblée ne sortira pas » . On lui fait des instances ; il crie : Aux armes ! canonniers, à vos pièces ! Le président tente de se retirer par d’autres issus : nouveau refus ; il veut sortir avec sa


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suite par le pont tournant : point de possibilité.
Alors Marat se montre, à la tête d’une centaine de brigands, et crie : « Mandataires du peuple, je vous ordonne de vous rendre à votre poste ».
Les députés étaient à peine rentrés, que Couthon leur dit, ironiquement : « Maintenant vous êtes sûrs que vous jouissez de votre liberté » . Ensuite il propose le décret d’arrestation contre les proscrits et contre le comité des douze : et il fut décerné par la mauvaise foi du président ; on voulut protester : les tribunes étouffèrent les voix ; la convention manqua la tête ; il fallait mettre Henriot hors de la loi : le peuple, de lui-même, aurait suivi le décret.
Camille Desmoulins rédigea une pièce et l’envoya aux départements ; il y soutenait qu’il fallait immoler les vingt-deux, sans preuves ; que les preuves sont inutiles contre les conspirateurs.
Telle fut cette fameuse journée, commencée le 31 mai, et finie le 2 juin, qui rendit les jacobins maîtres absolus, et donna lieu aux scènes d’horreur dont la France a été le malheureux théâtre ; elle décida cette prépondérance que la municipalité Parisienne prit


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sur la convention, et forma un conflit d’autorité qui dura jusqu’à la destruction du parti de Robespierre.
La commune arrêta que l’on prendrait toutes les décorations en fer, pour faire des piques : ce qui donna lieu à des dévastations horribles ; qu’il sera donné quarante sous par jour à tous les sans-culottes ; que les citoyens suspects seront désarmés ; et qu’un emprunt forcé sera requis selon le vœu de la commune.
Après l’insurrection du 31 mai, soixante-treize députés protestèrent contre l’état humiliant où ils se trouvaient réduits, et contre l’adresse insidieuse publiée par le comité de salut public, où tout était absolument faux.
Alors on imagina une nouvelle espèce de crime, celui du fédéralisme : tout ce qui n’était pas partisan de la journée du 31 mai, était fédéraliste, et digne de mort.
Plusieurs villes prirent la résolution de résister à l’oppression ; mais les deux partis jacobins y envoyèrent beaucoup d’apôtres, pour y travailler le peuple ; d’ailleurs, dépositaires du commandement des armées, et des papiers publics, il leur était bien plus facile de faire obéir ces villes, qu’il ne l’avait été de réduire la convention et la capitale.


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C’est ici le moment de parler de la guerre de la Vendée, guerre qui a couvert ce malheureux pays d’un crêpe funèbre, et qui a fait périr six à sept cent mille individus.
Ce pays renfermait des habitants ignorants, mais arrachés à leur culte et à la monarchie. Tous leurs désirs se bornaient à conserver leurs anciens usages, et à ne prendre aucune part à la révolution, qu’ils ne connaissaient que par ceux qui savaient lire et écrire, c’est-à-dire, que par les nobles et les prêtres.
Lorsque les biens du clergé furent déclarés propriétés nationales, les Vendéens crurent à la destruction de la religion ; et comme rien n’anime les têtes comme le fanatisme religieux, celles de ce peuple s’exaltèrent à un point extrême, lorsque les lois contre les prêtres réfractaires parurent.
Ce fut parmi les Vendéens et les Bretons que se formèrent les chouans : il y a deux origines sur ce mot.
La première vient de trois frères nommés MM. Chouans, qui, dit-on, levèrent, les premiers, l’étendard de la révolte.
La seconde, de l’imitation du chat-huant, que faisaient autrefois les contrebandiers pour s’entendre et passer leurs marchandises frauduleuses.


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Comme beaucoup d’anciens contrebandiers se sont ligués contre la révolution, on les a appelés chouans, abréviation de chats huant.
Ce fut au moment des premières réquisitions, que les chouans devinrent redoutables ; presque tous les jeunes gens aimèrent mieux combattre pour défendre leurs foyers, que d’aller chercher les ennemis loin de chez eux.
L’insurrection existant dans la Vendée, pendant la constituante ; au lieu d’envoyer des émissaires doux, pour entendre les plaintes, on employa la force, qui écartait les explications.
Danton et Robespierre voulant absolument désorganiser la France, dussent-ils être réduits à ne régner que sur des cadavres, profitèrent de cette guerre, pour entretenir des partis dans l’intérieur.
Ils choisirent des ministres ineptes ; ils envoyèrent des commissaires féroces qui permirent le viol, l’assassinat, l’incendie, et produisirent tous les excès du désespoir.
Il est impossible de concevoir les horreurs qui se commirent dans la Vendée ; les soldats éventraient des femmes grosse, et arrachaient l’enfant palpitant ; ils crucifiaient, violaient sans distinction d’âges, tuaient les vieillards,


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massacraient les pères de famille, jetaient les enfants dans le feu, ou les portaient au bout de leurs baïonnettes (1).
On s’occupait toujours des proscrits de la convention, et l’on fabriquait une constitution républicaine : elle fut faite chez un traiteur, et décrétée en moins de quinze jours. Ensuite on proclama la tyrannie la plus cruelle, sous le nom de gouvernement révolutionnaire.
L’assassinat de Marat, qui survint à cette époque, fortifia toutes les infamies de ce nouveau système.
Marat accueillait toutes les dénonciations possibles ; on le comparait assez plaisamment, dans la convention, à une boîte aux lettres, qui reçoit tous les paquets qu’on lui jette.
Charlotte Corday s’introduisit chez ce monstre, sous prétexte d’affaires importantes ; elle lui parla du Calvados, et en justifia les rassemblements.
Marat, dans le bain pour une maladie vénérienne, déclara à cette fille que tous ceux qui avaient participé directement ou indirectement à l’insurrection, monteraient à l’écha-


J’ai entendu des hussards se vanter de ces prouesses.


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faud. Alors, Charlotte Corday tirant un couteau de sa poche, le lui plongea dans le coeur. On l’arrêta sur-le-champ ; elle fut conduite à l’abbaye, et quelques heures après au tribunal révolutionnaire.
Là, loin de défendre sa vie, elle parla de l’action qu’elle venait de commettre, comme d’un devoir envers sa patrie menacée par ce scélérat.
Elle répondit à toutes les questions qui lui furent faites, avec une netteté et une précision étonnantes.
D. Reconnaissez-vous ce couteau ?
R. Oui : c’est celui avec lequel j’ai tué l’anarchiste.
D. Comment avez-vous pu former le projet d’assassiner un homme que vous ne connaissiez pas ?
R. Je l’ai fait pour sauver cent mille personnes.
D. Avez-vous fini la lettre que vous écriviez à l’abbaye ?
R. Non, mais il n’y a plus qu’une phrase à y ajouter, qui est : « Le chef de l’anarchie n’est plus : vous aurez la paix ».
La veille se son exécution, elle écrivait :
« Lorque je lui eus parlé de vous et des


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administrateurs du Calvados, il me dit que dans peu de jours il vous ferait tous guillotiner à Paris ; ces derniers mots décidèrent de son sort ».
« Si le département met sa figure avec celle de S.-Fargeau, il pourra faire graver ses dernières paroles en lettres d’or ».
« Je ne vous donne aucun détail ; les journaux vous parleront assez de cet événement et de moi >>.
Charlotte Corday était une fille d’éducation et d’esprit. Tandis qu’elle était à son interrogatoire, s’apercevant qu’un peintre la dessinait, elle se plaça de la manière la plus avantageuse, et pria l’artiste de faire passer à sa famille quelques-uns de ses portraits.
Cette fille était de S.-Saturnin, en Normandie ; elle avait une physionomie douce, qui contrastait avec l’énergie de son caractère.
Elle montra de l’héroïsme en allant au supplice, et en imposa à la populace par sa contenance ; elle se débattit lorsque le bourreau toucha à ses jupes pour les lier ; mais elle resta tranquille quand elle sut que cela était nécessaire. Elle rougît lorsqu’on lui ôta son mouchoir ; et ses joues avaient encore le rouge

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de la pudeur, lorsque sa tête fut montrée au peuple.
On fit une espèce de reposoir au Luxembourg pour exposer le cœur de Marat à la vénération publique ; et l’on choisît le plus précieux des vases qui se trouvaient au garde-meuble, pour le déposer.
Un orateur lut un discours qui avait pour épigraphe :
Cœur sacré de Jésus, cœur sacré de Marat, vous avez les mêmes droits à nos hommages.
Il conclut, en disant que Jésus était un prophète, et Marat un Dieu.
En applaudissant à l’auteur, on lui a dit que Marat était trop au-dessus de Jésus, pour souffrir le parallèle.