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F-Chapter 42
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CHAPITRE XLII.
Moyens employés pour perdre la reine ; elle est transférée à la Conciergerie ; sa situation ; acte d’accusation contre elle ; son interrogatoire ; ses réponses ; son exécution ; réflexions sur la condamnation de Marie-Antoinette.
Tandis que la France entière, excepté la caste appelée sans-culottes, gémissait sous le poids des persécutions, on travaillait sourdement à inculper la reine assez fortement pour la faire périr. Le journaliste Prudhomme fut payé pour
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écrire ces mots marqués au coin de la scélératesse : « Si vous avez un jour une monarchie, la mère du jeune roi, se ressouvenant de Catherine de Médicis à laquelle on l’a tant de fois comparée, voudra se signaler ». « Toute puissante sur l’esprit du Charles IX moderne, elle obtiendra son consentement pour une nouvelle S.- Barthélemy. A certaine heure, le son d’une cloche servira de signal pour égorger, dans une seule nuit, tous les républicains : et un million d’hommes sera massacré >>. Une multitude d’artistes prostituèrent leurs crayons et leurs burins pour tracer les caricatures les plus infamantes, et monter l’esprit public à la haine contre la veuve infortunée d’un roi innocent. Le 2 juillet 1793, la reine fut transférée à la conciergerie : ce qui fit connaître le dessin de la sacrifier. Lorsque l’on parcourt ces salles immenses du Palais, ces galeries remplis de boutiques où s’étale ce que le luxe a de plus agréable, on a peine à concevoir que, sous l’épaisseur d’une simple voûte, sont des chaînes, des grilles, des guichets, des guichetiers, des
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cachots affreux, des haillons, et tout ce que l’humanité a de plus effroyable. C’était cependant dans ce séjour infecté du méphitisme le plus dégoûtant, et dans le plus grand dénuement, que gémissait Marie-Antoinette, fille d’un empereur, femme d’un roi, mère d’un dauphin. Elle resta dans cet état épouvantable jusqu’au 14 octobre de la même année, époque où elle fut traduite au tribunal meurtrier, composé de ses ennemis. Voici l’extrait succinct de l’accusation portée contre elle par Fouquier Tinville, le bourreau de la France.
La reine est prévenue d’avoir conspiré contre la république, à l’instar des Messaline, des Brunehaut, des Frédégonde, des Médicis ; d’avoir été, depuis son séjour en France, le fléau, la sangsue des Français ; De concert avec ses frères et l’infâme Calonne, d’avoir dilapidé les finances ; D’avoir fait passer des millions à l’empereur : ce qui a épuisé le trésor national ; D’avoir usé de tous les moyens qui étaient en elle, pour opérer une contre-révolution ; D’avoir donné un repas aux gardes du corps, où l’on a chanté des chansons qui exprimaient le plus grand dévouement au trône ; D’avoir fait circuler des écrits contre-révolutionnaires ;
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D’avoir occasionné une disette; D’avoir formé des conciliabules anti-révolutionnaires, qui ont provoqué les massacres du Champ- de- Mars et de Nancy ; D’avoir voulu anéantir les droits de l’homme ; D’avoir préparé l’évasion du roi ; D’avoir fait fermer les Tuileries ; D’avoir décidé son mari à apposer son veto contre les décrets relatifs aux princes, et prêtres réfractaires ; D’avoir fait nommer des ministres et des généraux ; D’avoir été d’intelligence avec les députés impurs ; D’avoir fait la conspiration du 10 août ; D’avoir protégé les Suisses et les chevaliers du poignard ; D’avoir vu faire les cartouches pour la défense des Tuileries ; De s’être tellement familiarisée avec les crimes, qu’oubliant sa qualité de mère, et la démarcation prescrite par les loix de la nature, elle donnait des leçons de lubricité à son fils, âgé de huit ans.
Est-il rien de plus vague, de plus décousu, de plus dénué de vraisemblance, qu’une pareille dénonciation ? Et quand la reine aurait machiné, influencé sur l’esprit de son mari ; provoqué un veto juste, et qui pouvait sauver ses frères : où sont les crimes ? Et, quand elle aurait dépensé beaucoup d’argent : n’était-elle pas sous puissance de mari ? avait-elle une responsabilité ? De deux
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choses l’une : ou le roi le permettait, ou ses ministres étaient des fripons. Mais combien a-t-elle dépensé ? 40, 50, 60 millions ? Cavons au plus fort, mettons-en 75 ; eh bien! ce n’est pas un pour cent sur la dette de l’état en 1789 (1). Si la femme d’un négociant, en faillite de 300,000 liv., avait dépensé mille écus en superfluités, l’accuserait-on d’avoir causé la ruine de la maison ? Dans l’exacte vérité, qu’est-ce qu’une reine de France ? C’est la compagne du monarque, destinée à donner des héritiers ; dans le cas de toutes les femmes (je le répète) elle n’est responsable de rien ; donne-t-elle des bons ou des lettres de change : ils n’ont de valeurs que par l’approbation du chef ; sont-ils payés : il y a consenti. Aimables Françaises, vous avez apostrophé votre souveraine ; j’ai quelques fois entendu des voix douces, prononcer contre elle des condamnations foudroyantes. Examinez-vous bien : en est-il une seule
(1) Maintenant il est connu que Marie-Antoinette n’a pas autant dépensé, dans tout son règne, que la reine d’Espagne dépense dans uns année.
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de vous, qui, environnée de tout ce que le faste a de plus séduisant, n’eût dépensé comme elle (1) ? Ses torts sont excusables : ils prenaient leur source dans une excessive générosité. Et par qui Marie-Antoinette est-elle accusée de dilapidations ? par ceux-là même qui ont creusé des abîmes et y ont englouti des milliards …. Mais revenons au tribunal révolutionnaire, et voyons son interrogatoire.
La reine, à la barre.
Lecointre, marchand à Versailles (2) l’accuse d’avoir été la divinité d’une multitude de fêtes, depuis 1779 jusqu’en 1789 (3) ; d’avoir assisté à des repas de gardes- du- corps ; d’avoir distribué des drapeaux ; d’avoir applaudi à la chanson ô Richard, ô mon roi ; d’avoir rejeté la santé de la nation.
Le président. Avez-vous des observations à faire sur la déposition du témoin ? La reine. Je n’ai aucune connaissance de la plus grande
(1) Il faut écarter de la question les laides et les bégueules. (2) Mauvaise tête, et député. (3) Fallait-il que ce fût madame Lecointre.
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partie des faits énoncés par le témoin : j’ai donné deux drapeaux à la garde nationale ; j’ai fait le tour de la table des gardes- du- corps : voilà tout. Le président. Etiez-vous dans la salle, quand la santé de la nation a été rejetée ? La reine. Je ne le crois pas. Le président. Ne teniez-vous pas des conciliabules ? La reine. Jamais je n’ai assisté à aucun conciliabule. Le président. Avez-vous connaissance du lit de justice tenu par Louis Capet ? La reine. Oui. Le président. N’était-ce pas Desprémimil et Thouret qui les rédigeaient ? La reine. Je l’ignore absolument. Le président. Quelles furent les délibérations prises pour envelopper les représentants ? La reine. Jamais je n’ai entendu parler de pareilles choses. Le président. Vous n’ignoriez pas qu’il y avait des troupes au Champ- de- Mars ? La reine. Je le savais. Le président. Quel en était le motif ? La reine. Pour rétablir la tranquillité publique. Le président. Avez-vous connaissance du projet du ci-devant comte d’Artois, de faire sauter la salle des députés ? N’est-il point parti parce que l’on craignait son étourderie ? La reine. Je n’ai jamais ouï dire que mon frère eût eu le dessein dont vous parlez ; mais je sais qu’il est parti de son plein gré. Le président. Pourquoi les Polignac étaient-ils si riches ? 2. 18
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La reine. Parce qu’ils avaient des places lucratives. Le président. Comment êtes-vous sortie pour vous sauver à Varennes ? La reine. A pied. Le président. Par quel endroit ? La reine. Par le Carrousel. Le président. N’est-ce pas vous qui avez ouvert les portes ? La reine. Oui. Le président. A quelle heure êtes-vous partie ? La reine. A onze heures trois quarts.
Un chirurgien canonnier témoigne avoir vu des bouteilles sous le lit de la reine, ce qui lui fait croire qu’elle avait donné à boire aux officiers Suisses. Il reproche à la reine d’avoir été l’instigatrice des massacres, d’avoir fourni de grosses sommes à son frère, pour faire la guerre aux Turcs, et assure tenir ces faits d’une bonne patriote.
Le président. Avez-vous des observations à faire ? La reine. Quand je ne suis pas dans ma chambre j’ignore ce qui s’y passe. Le président. Avez-vous donné de l’argent pour faire boire les Suisses ? La reine. Non. Le président. Où avez-vous passé la nuit du 9 au 10 ? La reine. Dans mon appartement, avec ma soeur Elizabeth ; nous ne nous sommes pas couchées. Le président. Pourquoi ne vous êtes-vous pas couchées ?
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La reine. Parce que le tocsin a sonné à minuit. Le président. N’avez-vous pas vu chez le ci-devant roi, des chevaliers du poignard ? La reine. J’ai vu beaucoup de monde. Le président. Etiez-vous à la revue, le 10 ? La reine. Non. Le président. N’avez-vous pas eu un entretien avec d’Affry ? La reine. Je ne crois pas l’avoir vu ce jour-là. Le président. Ne lui avez-vous pas demandé si l’on pouvait compter sur les Suisses ? La reine. Je n’ai jamais parlé de cela.
Hébert, substitut du procureur de la commune, dépose avoir des preuves de conspiration, dans un cœur enflammé traversé d’une flèche, trouvé dans un livre de prières, sur lequel était écrit, Jésus, miserere nobis, et dans un chapeau trouvé dans la chambre d’Elizabeth, qui avait appartenu à Louis Capet. Il assure en outre, que le petit Capet fut surpris par Simon dans les pollutions qui le faisaient dépérir, et qu’il avait déclaré avoir appris ces choses de sa mère et de sa tante.
Le président. Qu’avez-vous à répondre à cela ? La reine. Je n’ai aucune connaissance de ces faits ; seulement que le cœur est un présent fait à mon fils par sa sœur ; à l’égard du chapeau, il a été donné du vivant de mon époux.
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Hébert observe qu’il avait échappé à sa mémoire un fait important, qui est qu’après la mort de Louis Capet, l’accusée et sa belle sœur avaient pour l’enfant les plus grandes déférences ; qu’il était placé toujours au haut bout de la table, et servi le premier.
La reine. L’avez-vous vu ? Hébert. Je ne l’ai pas vu ; mais toute la municipalité l’attestera. Le président. N’avez-vous pas dit à Michonis (1) que vous craigniez qu’il ne fût pas réélu à la nouvelle municipalité ? La reine. Oui. Le président. Quel était le motif de vos craintes ? La reine. C’est qu’il était humain envers les prisonniers. Un juré. Citoyen président, je vous invite à observer que l’accusée n’a pas répondu aux faits dont a parlé Hébert à l’égard de ce qui s’est passé entre elle et son fils. La reine. Si je n’ai pas répondu, c’est que la nature refuse de répondre à une pareille inculpation faite à une mère (Ici la reine paraît très émue) ; j’en appelle à toutes celles qui sont ici. Le président. Qui vous a fourni la voiture avec laquelle vous êtes partie ? La reine. Un étranger. Le président. De quelle nation ? La reine. Suédoise.
(1) C’était un municipal.
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Le président. Pourquoi avez-vous voyagé sous le nom d’une baronne Russe ? La reine. Parce que je ne pouvais pas sortir de Paris autrement. Le président. Pourquoi avez-vous quitté Paris ? La reine. Parce que mon époux l’a voulu.
Un nommé Terrasson dépose qu’il a vu l’accusée, en revenant de Varennes, lancer un regard vindicatif sur les citoyens, et que peu après arriva la scène du Champ- de- Mars.
Le président. Combien de prêtres aviez-vous au château ? La reine. Le nombre nécessaire pour dire la messe. Le président. Etaient-ils insermentés ? La reine. La loi permettait au roi de choisir ceux qu’il voulait. Le président. De quoi avez-vous parlé dans la route avec Péthion et Barnave ? La reine. De choses indifférentes.
Magdelaine Rosay, femme Richard, ci-devant concierge à la conciergerie, dépose que le gendarme Gilbert lui a dit que l’accusée avait reçu la visite d’un particulier, qui lui avait remis un œillet. Marie Devaux, femme Arelle, dépose que ce particulier avait remis un billet plié dans un œillet, et qu’elle a vu le particulier une seconde fois dans la journée.
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La reine. Il est venu deux fois dans l’espace d’un quart d’heure.
M. Destaing, ancien militaire, déclare connaître l’accusée depuis qu’elle est en France ; avoir à s’en plaindre, mais qu’il dira la vérité. Le président à Destaing. Avez-vous entendu quelque chose au château ? Destaing. J’étais présent quand on est venu dire à l’accusée que le peuple de Paris allait arriver pour la massacrer, et qu’il fallait partir ; que montrant un grand caractère, elle a répondu : Si les Parisiens viennent pour m’assassiner, ce sera aux pieds de mon époux ; mais je ne fuirai pas. La reine. Cela est exact ; on voulait m’engager à partir seule. Le président. Vous avez soutenu ne pas avoir mené votre fils par la main dans la salle des gardes- de- corps. La reine. Je n’ai pas dit cela ; j’ai dit que je croyais n’avoir par entendu l’air ô Richard, ô mon roi.
Simon, cordonnier, choisi pour être précepteur de l’enfant royal, déclare que Louis Capet et sa famille savaient ce qui se passait et que le petit Capet lui révélait tout.
Le président à Simon. Est-il à votre connaissance que l’on traitât Capet en roi ? Simon. Je sais qu’à table sa mère et sa tante lui donnaient le pas.
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François Tiffet dépose que la reine a signé deux bons. La reine. Je désirerais que le témoin déclarât la date de ces deux bons. Tiffet. L’un était du 10 août ; l’autre, je ne me le rappelle pas. La reine. Comment aurais-je pu signer un bon le 10 août ? à huit heures du matin j’étais à la convention. Le président. N’avez-vous pas reçu de l’argent dans la loge du logographe ? La reine. Non pas dans la loge, mais bien pendant les trois jours que nous sommes restés aux feuillants. Le président. Combien avez-vous reçu ? La reine. Vingt-cinq louis simples : ce sont les mêmes que l’on a trouvés dans mes poches, lorsque j’ai été conduite à la conciergerie ; et regardant cette dette comme sacrée, je les ai conservés intacts. Le président. Comment nommez-vous la personne qui vous les a prêtés ? La reine. La femme Anguel.
On ouvre un paquet. Le président. De qui sont ces cheveux ? La reine. De mes enfants morts et vivants ; de mon époux. Le président. Quels sont ces chiffres ? La reine. C’est une table pour apprendre à compter à mon fils. Le président. Qu’est-ce que la femme Silentin dont voilà le nom ?
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La reine. C’est celle que je chargeais de mes affaires. Le président. Quel est ce Brunier dont voici le nom ? La reine. C’est le médecin de mes enfants. Le président. De qui est ce portrait ? La reine. De la princesse Lamballe. Le président. Et ces deux autres ? La reine. Ce sont ceux de deux dames avec qui j’ai été élevée à Vienne. Le président. Leurs noms ? La reine. Mecklembourg et de Hesse. Le président. Quels sont ces vingt-cinq louis ? La reine. Ceux qui m’ont été prêtés aux feuillants. Le président. N’avez-vous jamais commandé des habits de sœurs grises. La reine. Jamais. Le président. Aviez-vous connaissance des accaparements de blé qui se faisaient en France ? La reine. Je n’ai aucune connaissance d’accaparements. Le président. Il paraît que vous faisiez faire à votre mari ce que vous vouliez ? La reine. Il y a loin du conseil à l’exécution. Le président. Bailly et Lafayette n’ont-ils pas été les coopérateurs de votre fuite ? La reine. Non. Le président. Vous vous trouvez en contradiction avec votre fils. La reine. On fait dire à un enfant de huit ans ce que l’on veut. Le président. Mais il l’a répété plusieurs fois. La reine. Et moi je nie le fait.
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La reine donne un papier à un de ses défenseurs.
Le président. Qu’est-ce que ce papier ? La reine. Hébert a dit que dans nos hardes et souliers, on nous faisait passer des correspondances ; pour ne pas l’oublier, j’ai écrit que tout ce qui nous parvenait était visité par des officiers de police. Le président. Quels sont les papiers qui ont été brûlés à la manufacture de Sèvres ? La reine. On ne m’a pas consultée : je crois que c’était un libelle. Le président. Comment se peut-il que vous ignoriez cela ? C’était Riston qui était chargé de négocier l’affaire. La reine. Je n’ai jamais entendu parler de Riston ; au reste, si j’avais été consultée, je me serais opposée à ce que l’on brûlât un libelle contre moi. Le président. Lorsque vous avez épousé Louis Capet, n’avez-vous pas conçu le projet d’unir la Lorraine à l’Autriche ? La reine. Non. Le président. Vous en portez le nom ? La reine. Parce qu’il faut avoir un nom. Le président. Quand vous avez demandé au ministre l’état de l’armée, n’était-ce pas pour l’envoyer au roi de Hongrie ? La reine. Il eût été inutile de faire passer l’état d’une chose publique. Le président. N’avez-vous pas abusé de l’influence que vous aviez sur votre mari ? La reine. Jamais.
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Le président. Où avez-vous pris de l’argent pour faire construire et meubler le petit Trianon ? La reine. Il y avait un fond destiné à cet effet. Le président. Il fallait que ce fond fût bien considérable ; car le petit Trianon a coûté beaucoup ? La reine. Cela se peut … peut-être plus que je ne voulais ; mais on a été entraîné dans la dépense peu- à- peu. Le président. N’est-ce pas au petit Trianon que vous avez connu la femme Lamotte ? Le reine. Je ne l’ai jamais vue. Le président. N’a-t-elle pas été votre victime dans l’affaire du collier ? La reine. Elle n’a pas pu l’être, puisque je ne la connaissais pas. Le président. Vous persistez donc à nier ? La reine. Mon plan n’est pas la dénégation ; J’ai dit la vérité. Le président. N’avez-vous pas forcé les ministres des finances à vous donner des fonds ? La reine. Jamais. Le président. N’avez-vous pas sollicité Vergennes de faire passer six millions en Hongrie ? La reine. Non.
Mattey, concierge, déclare avoir vu des médaillons de cire, dont un s’est cassé en tombant.
La reine. Ces médaillons étaient au nombre de trois : l’un représentait Voltaire ; le second, des fleurs ; le troisième une Médée. C’est celui de Voltaire qui a été cassé.
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Un témoin. Je demande que l’accusée déclare si le jour que l’on a fait l’honneur à son mari de le décorer du bonnet rouge, il n’y a pas eu un conciliabule, pour faire composer des placards royalistes par le nommé Esmenard, rue Platrière. Le reine. Je ne connais pas ce nom-là. Le président. Pourquoi, vous qui aviez promis d’élever vos enfants dans le sens de la révolution, avez-vous inculqué des erreurs à votre fils, en le traitant avec des égards ? La reine. Il était trop jeune pour lui parler d’affaires politiques : je le plaçais à table de manière à être à portée de le servir moi-même. Le président. N’avez-vous rien à ajouter à votre défense ? La reine. Hier, je ne connaissais pas les témoins ; j’ignorais ce qu’ils avaient à déposer. Eh bien ! personne n’a rien articulé de positif. Je finis en observant que je n’étais que la femme de Louis XVI, et qu’il fallait que je fisse ses volontés.
Chauveau et Tronçon- du- Tainville parlent en faveur de la reine. Elle est conduite hors de l’audience. Alors Fouquier- Tinville exhale toutes les infamies qu’il avait déjà dites. Herman parle en énergumène ; il dit qu’une grande lumière peut se tirer de l’interrogatoire : celle que Marie-Antoinette avait la confiance de son mari ; il termine en disant que tous les événements politiques qui ont eu lieu depuis cinq ans déposent contre elle.
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Ensuite, on propose les quatre questions suivantes: Est-il constant, 1. Que Marie-Antoinette est convaincue d’avoir eu des intelligences avec les puissances étrangères ? 2. Qu’il y a eu des manœuvres, et qu’elle y a coopéré ? 3. Qu’il existe des complots tendant à allumer la guerre civile ? Marie-Antoinette est-elle convaincue d’avoir participé à ces complots ? Les jurés restent une demi-heure aux opinions, rentrent et font une déclaration affirmative sur les quatre questions. On ramène la reine à l’audience ; on lui prononce sa sentence de mort, et elle l’écoute sans qu’il paraisse la moindre altération sur sa figure. Il est quatre heures du matin, et c’est 16 novembre 1793 : à onze heures du même jour elle est conduite au supplice, les mains liées derrière le dos ; elle regarde la force armée avec le plus grand sang-froid, malgré les outrages qui lui étaient prodigués. Dans la rue S.- Honoré les flammes tricolores paraissent occuper
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son attention. Elle monte sur l’échafaud, et meurt avec le plus grand courage. Il ne faut qu’avoir le sens commun pour sentir que Fouquier- Tinville et Hébert étaient deux scélérats, et les témoins, de vils dénonciateurs stipendiés ; que le président tordait son imagination pour faire des questions captieuses, et que le jury était composé de gens vendus aux triumvirs. Excepté l’infâme calomnie d’Hébert, transmise par Simon, cordonnier, précepteur du jeune roi, que la reine repoussa avec tant de dignité, il n’y avait rien qui pût l’inculper ; il n’y avait rien, dis-je, qui pût la faire traduire devant un tribunal quelconque. Rien n’est plus vague que la dénonciation de l’accusateur public ; aucune preuve n’est articulée ; rien n’est plus absurde que le dire des témoins. Que l’on compare l’accusation, les témoins et l’interrogatoire, on ne verra point que Marie-Antoinette ait eu des intelligences avec les puissances étrangères ; qu’elle ait coopéré à des manoeuvres criminelles, ou participé à des complots. Elle a donc été accusée calomnieusement, jugée sans preuves, et exécutée innocente. On la conduisit au supplice, exposée aux sar-
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casmes d’une populace effrénée, dans la même charrette, peut-être, qui avait servie pour la Brinvillier, la Lescombat, et autres monstres femelles qui ont affligé l’humanité …. Mon cœur saigne. Robespierre lui-même, son bourreau, fut indigné de la manière dont on avait traité Marie-Antoinette dans son interrogatoire. Dinant chez Vénua, restaurateur, avec Barrère et S.- Just, ce dernier répéta la manière sublime dont elle avait repoussé la calomnie sur son fils. << Que cet Hébert est bête ! dit le farouche tyran ; à son dernier moment il lui laisse le triomphe de l’intérêt public >>. Barrère répondit : La guillotine va couper un puissant nœud à la diplomatie de l’Europe. L‘infortunée Marie-Antoinette, si votre âme plane sur la France, vous n’ignorez plus que le fanatisme n’a pas aveuglé tous les Français ; que les gens sages et sensibles n’ont cessé de vous admirer et de vous plaindre ; qu’une multitude d’écrivains ont consacré leurs plumes pour peindre votre amabilité et vos malheurs. La postérité saura que vous fûtes belle, intéressante, pleine de grâces et d’attraits (1) ;
(1) Voici deux vers latins, anciens, qui prouvent que
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ces écrivains diront que vous parûtes toujours calme dans le danger, sublime dans l’adversité, majestueuse au milieu des outrages. Ce seul mot, lorsqu’il fut question de témoigner contre d’Orléans : J’ai tout vu, j’ai tout entendu, j’ai tout oublié, passera aux générations les plus reculées. Ils diront, enfin, ces écrivains, que vous ne cessâtes pas un instant d’être reine, même dans ceux où les plus grands héros ont montré de la faiblesse.
la beauté est héréditaire dans la maison d’Autriche.
Bella gerant alii : tu, felix Austria, nube ; Namque Mars aliis dat tibi regna Venus.
Que les nations te fassent la guerre, heureuse Autriche, l’hymen te suffit : Vénus te donne les sceptres que Mars n’accorde qu’aux héros.
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