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F-Chapter 44
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CHAPITRE XLIV.
Siége de Lyon; cruautés exercées contre cette ville; on brise les tombeaux des rois à S.- Denis ; on jette sur le pavé les cœurs déposés au Val- de -Grâce ; ouverture de la châsse de Ste.- Geneviève : ce qu’elle contenait.
Tandis que l’on panthéonisait à Paris le monstre Châlier, on mettait les Lyonnais hors la loi, pour avoir fait un acte de justice nécessaire à la tranquillité de 200 mille individus. On députe Kellerman à Lyon pour demander les canons qui étaient à l’arsenal ; il y en avait vingt pièces de différents calibres, qui furent livrées au général. Les Marseillais avaient promis des secours aux Lyonnais ; craignant pour eux-mêmes, ils ne purent fournir que peu d’hommes ; Cartaux les attaqua et les battit. L’appareil de la vengeance se déploie contre Marseille ; la plupart des citoyens se réfugient
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à Toulon qu’ils livrent aux Anglais, dans l’espoir de se mettre en sûreté. Les Lyonnais n’ayant plus que leurs propres forces, pour conjurer l’orage qui s’élevait sur leurs têtes, acceptent la constitution de 1793. Trois députés, Albite, Reverchon, Dubois- de- Crancé faisaient, à Mâcon, les préparatifs hostiles ; les Lyonnais leur envoient des députés pour assurer leur soumission aux lois de la république. Dubois- de- Crancé exige qu’ils rendent leurs armes et livrent les membres de leur nouvelle administration : s’apercevant qu’on voulait leur perte, ils courent aux armes. L’armée de Dubois- de- Crancé ne consistait qu’en dix mille hommes. Quelques Lyonnais viennent au-devant avec des branches d’olivier ; on les accueille en apparence : c’était pour les massacrer. L’attaque commence, et les assaillants sont repoussés. Soixante mille hommes se réunissent ; Dubois- de- Crancé emploie toutes les ruses possibles pour soulever le peuple ; elle ne lui réussissent pas, et le bombardement est décidé. On a recours à des machines infernales, comme celles de S.- Malo ; à des brûlots ;
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l’architecte Morand, et les bateliers, par leur intrépidité, en détruisent les effets ; le génie de l’architecte est remarqué : on jure sa mort ; et en effet, il fut la première victime. Il parut beau à Morand de mourir comme Archimède, et pour la même cause. Le pain manque aux Lyonnais, et la famine augmente les horreurs du siége ; le riche et le pauvre éprouvent les mêmes privations. Dubois- de- Crancé est appelé à Paris ; Couthon, Maignet, Collot- d’Herbois, finissent le siége. Depuis deux mois, Lyon, sans fortifications, sans canons de rempart, sans troupes de ligne, soutenait les attaques de dix mille hommes bien pourvus. Enfin, cette ville est forcée de se rendre ; tous ceux qui craignaient les fureurs de Collot- d’Herbois, se sauvent au nombre de deux mille, dans le plus grand silence ; on les poursuit, on les environne : ils vendent cher leur vie ; mais presque tous sont massacrés par des paysans fanatisés. La ville de Lyon ouvre ses portes ; Collot- d’Herbois et Javogues, deux hommes de sang, ne parlent que de clémence. Les sans-culottes demandent le pillage ; les troupes de ligne s’y opposent.
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Le club central est rétabli ; à peine la société jacobine a-t-elle repris ses séances, que Collot vient y prononcer un discours dont les suites furent les visites domiciliaires chez les riches bourgeois ; les uns sont dépouillés, les autres conduits à l’échafaud ; les Lyonnais fuient : on les fait revenir par des proclamations douces ; mais c’était pour les arrêter. Alors les lois de sang portées contre Lyon ont leur pleine et entière exécution. On changea trois fois la guillotine de place ; des fosses profondes se remplissaient de cadavres ; le sang ruisselait dans les rues. On accuse un particulier d’avoir dit qu’il donnerait volontiers 500 mille liv. pour rétablir l’hôpital ; son supplice en fut la suite : il avait dix enfants, sa femme était grosse ; elle le suit, elle fait des efforts pour sauver son mari : elle est inondée de son sang ; des Lyonnaises tâchent de fléchir les tigres : on les attache à un poteau sur la guillotine, et on les trempe du sang de leurs frères, de leurs parents. Deux cent soixante-neuf victimes périrent dans un seul jour, et Collot fut toujours le témoin des expéditions. Trouvant cette manière d’assassiner trop
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lente, il prend le parti de faire fusiller; un soldat lui paraît avoir un mouvement de sensibilité : le monstre lui arrache son arme, tire lui-même, tue le patient, et dit, d’un ton calme : Voilà comme un républicain vise. Ensuite, pour aller encore plus vite, il fait mitrailler. La soif du sang était telle, que l’on a vu des troupes de ligne (égarées sans doute) se prêter à consommer ces infernales exécutions. On a vu les hussards de …. les cavaliers de …… entourer les malheureux dont j’ai parlé, qui venaient présenter l’olivier de la paix, et les massacrer impitoyablement ; on les a vus courir après des blessés par la mitraille, et achever ceux qui tâchaient de se sauver à la nage ; on a vu les dragons de ….. assommer ceux qui n’avaient que les membres fracassés ; je connais ces corps (couverts d’un opprobre éternel) et je ne les nomme point, parce que je présume que les officiers n’ont point participé à ces horreurs. On a vu les volontaires de la légion des Alpes déchirer le sein des femmes enceintes, découvrir l’enfant qu’elles portaient, et tuer l’embryon, qui n’avait commis d’autre crime que d’être de l’espèce humaine.
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On a vu charger des chariots, d’octogénaires, de jeunes gens, de filles de 15 ou 16 ans, pour les conduire à la guillotine. On a vu chercher, dans les familles désolées des victimes, pour satisfaire l’incontinence des potentats destructeurs ; on a vu des femmes de condamnés, exposées aux outrages de la soldatesque et des clubistes, sous le prétexte de l’égalité et de la familiarité ; on a vu des femmes de fugitifs, forcées, pour conserver une vie nécessaire à leurs enfants, de se jeter dans les bras des monstres couverts du sang de leurs parents. C’est dans l’humanité que Collot d’Herbois se vantait d’avoir puisé ses meurtres à la mitraille ; leur supplice, disait-il, n’est que d’une demi-minute. Nota, qu’il fallait un temps considérable pour lier les victimes à des arbres, et les arranger, pour que les coups portassent. Il est bon d’observer que Dubois- de- Crancé partagea les crimes de Collot, et qu’il est resté au sein de la convention : on a de la peine à concilier ces inconséquences. Dans le moment où l’on frappait ces coups d’une autorité monstrueuse, on promenait partout les bustes de Châlier, de Marat ; et pour détruire absolument le peu de morale
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publique qui pouvait encore subsister, on brûlait les livres de dévotion, les châsses des saints ; on faisait des fêtes, dans lesquelles on habillait des ânes en évêques ; on les faisait boire et manger dans des vases d’église ; on leur attachait, à la queue, la bible et l’évangile ; on attaquait les tombeaux ; on violait l’asile sacré des morts, sans excepter ceux de nos rois. Voici comment s’exprimait, à cet égard, un journaliste scélérat, nommé Prud’homme. « Comment les sans-culottes du 10 août ne se sont-ils pas transportés à S.- Denis, pour y faire exhumer, par la main du bourreau, les vils ossements de ces monarques, qui bravent encore aujourd’hui les lois de l’égalité ? un Louis XIV, un Louis XV …. ». « Que les tombeaux des tyrans cessent de souiller la terre ; que leur cendre soit jetée au vent, et qu’une pyramide transmette à nos neveux la sentence portée contre les scélérats couronnés » ! « Les cœurs embaumés, au Val- de- Grâce, sont gisants, pêle-mêle, sur le pavé de la chapelle funèbre qui les renfermait : ce n’est pas assez ; requérons que le procureur de la commune les fasse transporter dans un tombereau,
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sur la place de Grève » . Voilà ce qu’on appelle un patriote : et l’on n’a pas fait lier un homme comme cela (1) ! Cette idée du journaliste a porté une multitude de scélérats à S.- Denis, qui ont ouvert les tombeaux, volé les plombs, et ramassé les ossements, dont ils se sont amusés. Ce trait est neuf dans l’histoire des révolutions. J’espère que l’on me saura gré de donner ici copie du procès-verbal de ce que contenait la fameuse châsse de Ste.- Geneviève, à Paris, faite par S.- Eloi, orfèvre et évêque, l’an 706.
Procès-verbal.
« Après nous être transportés dans un bâtiment situé à la monnaie, et avoir reconnu que les scellés étaient sains et entiers, sur la porte de la chambre où était la châsse de Ste - Geneviève, nous avons reconnu que l’opinion publique avait été grandement trompée, sur le prix exagéré auquel on a porté la valeur de cette châsse, dont la majeure partie est de pierres fausses. Les diamants et les perles fines fausses, n’ont été estimées avec les parties d’or et d’argent que 23,830 liv. (2) >>.
(1) Ce même scélérat a prétendu que le garde-meuble avait été volé par les gens du roi et de la reine.
(2) Cela peut être ; mais n’y avait-il pas là quelques acteurs de la scène des diamants de la couronne ?
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« Nous avons trouvé dans cette châsse, une caisse en forme de tombeau, couverte et collée en peau de mouton blanc, et garnie de bandes de fer dans toutes ses parties, de neuf pouces de largeur et de quinze pouces de hauteur. Ladite caisse, contenue avec du coton, sur lequel nous avons trouvé une petite bourse en soie cramoisie, ayant d’un côté un aigle à double tête, et de l’autre deux aigles avec une fleur de lys au milieu, brodée en or ; dans la bourse un petit morceau de voile de soie, dans lequel est enveloppée une espèce de terre. Dans le cercueil, il s’est trouvé deux petites lanières de peau jaune ; dans une des extrémités, un paquet de toile blanche, attaché à un lacet de fil : dans ce paquet 24 autres petits paquets, les uns de toile, les autres de peau, et plusieurs bourses de peau de différentes couleurs ». « Une fiole lacrymatoire bouchée avec un chiffon, contenant une liqueur brunâtre desséchée : une bande de parchemin, sur laquelle est écrit : Una pars casuloe sancti Petri, principis apostolorum, et plusieurs autres inscriptions sur parchemin que nous n’avons pu déchiffrer (1) ». « Ces 24 paquets en contenaient beaucoup d’autres plus petits, renfermant de petites parties de terre, qu’il n’est pas possible de décrire (2). « Un de ces paquets, en forme de bourse, contient une tête en émail, de la grosseur d’une petite noix, et d’une
(1) Il fallait les dessiner comme elles étaient ; on aurait trouvé les déchiffreurs. (2) On peut facilement décrire une terre rouge, jaune, calcaire ou autre.
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figure hideuse, dans laquelle est un papier contenant une petite partie d’ossement » ; « Un autre paquet de toile blanche gommée, contenant les ossements d’un cadavre, et une tête sur laquelle il y avait plusieurs dépôts de sélénite ou plâtre cristallisé : nous n’y avons pas trouvé les os du bassin (1) ; vous avons aussi trouvé une bande de parchemin, portant ces mots : Hic jacet humatum sanctoe corpus Genovefoe ; plus un stylet de cuivre en forme de pelle d’un côté, et pointu de l’autre : instrument qui servait aux anciens à tracer sur des tables de cire ». « Cette châsse fut réparée en 1614 : c’est probablement à cette époque que furent substituées les pierres fausses aux fines. Le corps de la châsse est de bois de chêne très épais. « Entre autres choses bien extraordinaires, on voit sur cette châsse une agate gravée en creux, représentant un Mutius Scevola, brûlant sa main : au- dessous est gravé Constantia. Sur une autre pierre est un Ganymède enlevé par l’aigle de Jupiter, et sur d’autres des Vénus et des amours ». Il manquait à cette châsse le billet de Nitocris, femme d’Evilmérodac ; elle fit placer son tombeau au-dessus d’une porte de Babylone avec une inscription qui défendait de toucher aux richesses qu’il renfermait. Darius le fit ouvrir, et n’y trouva que ces mots : << Si tu n’étais pas insatiable d’argent, et
(1) Toute femme a un os nommé bassin.
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dévoré par une basse avarice, tu n’aurais pas violé le tombeau des morts …. (1) Mais, reprenons le fil interrompu de notre narration. Le tribunal allait son train ; des milliers de victimes allaient à la mort sans avoir été entendues. Trois mots : Feu de file, condamnaient en masse vieillards, veuves, femmes, jeunes gens, filles, enfants. Si quelqu’un voulait parler, ces mots : Tu n’as pas la parole, le faisaient taire. On mettait les condamnés dans les mains du bourreau ; on leur coupait les cheveux ; et la fatale charrette venait les prendre. On a entendu un charmant enfant (1) prononcer ces mots avec la naïveté de son âge : « Monsieur le bourreau, on dit que vous voulez me tuer : mais je ne vous ai jamais fait de mal ; de grâce, M. le bourreau, ne me tuez point ». Voici un fait de férocité bien singulier : Un commis voit sur la liste des condamnés le nom d’une de ses connaissances ; il témoigne sa peine et ses regrets à un autre commis : << Que faire pour le sauver ? ils sont comptés.
(1) Telle était cette fameuse châsse de Ste.- Geneviève qui faisait des miracles. (1) Mademoiselle de Faudoas.
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il n’est pas possible de le soustraire – Quoi ! tu es embarrassé ! il n’y a qu’à en prendre un autre de la chambrée ». La chose se fait ; au départ de la charrette, on fait lever un homme qui allait être mis en liberté : et il va à la guillotine ! Un jeune homme de 18 ou 20 ans est conduit à l’échafaud, parce qu’il a un fils qui porte les armes contre sa patrie ! on sent que c’était une méprise de nom : cela était égal. La duchesse de Biron fut jugée sur un acte d’accusation dressé contre son homme d’affaire. Un prisonnier recevait l’acte d’accusation d’un autre ; s’il en faisait l’observation, l’huissier répondait : Cela ne fait rien, je vais changer le nom. Un acte d’accusation fut construit en ces mots : Tête à guillotiner ! on n’en demandait pas plus. Après la loi du 22 prairial, qui supprimait les interrogatoires et les défenseurs officieux, on voyait les records qui à peine savaient lire, ou des garçons de bureau, prendre des noms ; et ces noms, à la suite les uns des autres, formaient la sentence de mort. Quatorze jeunes filles de Verdun furent
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guillotinées pour avoir dansé à un bal donné par le roi de Prusse. On avait ordonné aux nobles de sortir de Paris ; une femme d’un certain âge, ne put obéir, faute de moyens : il y avait trois jours qu’elle n’avait mangé ; on la conduit à la conciergerie ; elle ne savait où était son mari : son acte d’accusation lui apprend qu’elle est veuve. On appelait fournées, les charrettes qui portaient les victimes ; et la guillotine, la planche aux assignats. Le projet était formé de faire des fournées de 150 personnes à la fois ; c’est pourquoi on avait creusé un aqueduc à la barrière S.- Antoine, pour charrier le sang humain. Robespierre, S.- Just, Collot- d’Herbois, Barrère, Carrier, disaient que la France était trop peuplée ; que 15 millions d’âmes lui suffisaient ; que, par conséquent, on avait beaucoup de marge pour les massacres : comme ces scélérats ne demandaient que des prétextes, tout accusé était sûr de périr. Le fermier se faisait délateur de son propriétaire, pour ne pas payer des arrérages, ou pour devenir lui- même propriétaire, à vil prix (1) ;
(1) En général, cette classe avide est maintenant
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Le valet le devenait de son maître, soit parce qu’il l’avait volé, soit parce qu’il avait l’intention de le voler ; Le débiteur l’était de son créancier ; L’homme avide, de celui dont il convoitait la place ; Le lâche, de celui qui l’avait humilié ; Le voisin, pour obtenir un bien de convenance ; L’héritier, du bonhomme qui se portait trop bien. Jamais les foudres de la Zone torride, jamais les ouragans de l’Amérique, jamais, enfin, les explosions les plus terribles des volcans, n’ont fait périr autant de monde que la liberté, l’égalité et les droits de l’homme, en France. La Vendée était révoltée ; on avait besoin d’un homme cruel pour ravager ce pays : Carrier était sanguinaire et féroce, le choix tomba sur lui. Son début fut une perfidie ; pour ramener à la raison, disait-il, le peuple égaré, il publie
environnée de richesse, et couchée très mollement, tandis que le propriétaire est sur la paille : celui-ci est payé avec rien, et il a la charge des contributions.
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une amnistie générale; huit cents malheureux viennent lui remettre leurs armes; on les fait fusiller; on lui amène une femme et deux enfants dont l’un à la mamelle : il envoie cette mère à la mort ; on lui demande ce qu’on fera des enfants : il faut les tuer, dit-il, ils pourraient venger leur mère. Vers cette époque, il parut quelques lois modérées ; mais c’était un piége ; l’intention était de rappeler des pères à leurs familles, des négociants à leurs affaires, pour les piller et les immoler : c’est ce qui arriva, comme à Lyon. Le nommé Thureau distribue son armée en douze colonnes ; il ordonne aux soldats d’égorger tous les cultivateurs. Hentz et Francastel, députés, l’un de l’Eure, l’autre de la Moselle, voient fusiller des municipaux en écharpes, embrocher des enfants vivants, au bout des baïonnettes, ou les jeter dans le feu, violer les femmes et les éventrer après en avoir joui, brûler des magasins de grains, et restent paisiblement enveloppés de leur dignité. Personne ne doute que le spectateur tranquille de ces scènes, est plus atroce que l’homme hors de lui, qui suit les impulsions de la fureur.
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Ce système de tuerie était la suite du projet de Robespierre, de faire égorger indistinctement tous ceux qui avaient une fortune suffisante pour vivre avec aisance ; selon cet homme féroce, pour commencer il y avait cent mille affaires à déblayer ! et cent mille chefs de familles tiennent à une énorme quantité de citoyens. Voici de quelle manière se donnaient les pouvoirs aux agents chargés d’exécuter les ordres des tyrans.
Extrait d’un arrêté de l’ancien comité de sûreté générale et de surveillance de la convention nationale, du 11 floréal, an 2.e de la république Française une et indivisible.
« Le comité ordonne aux autorités civiles et militaires, sous quelque dénomination qu’elles existent, de donner aide et secours au citoyen Dossonville, porteur du présent, chargé d’exécuter l’arrêté, séparé du présent, qui lui est confié » ; « Défend expressément auxdites autorités, de chercher à en connaître la teneur et les dispositions, comme aussi de s’opposer ou de refuser directement ou indirectement d’exécuter les réquisitions qu’il sera dans le cas de leur faire, au nom du comité, même verbalement, soit de jour, soit de nuit, ni d’apporter aucun obstacle ou retard à sa marche ou à ses opérations ; l’autorise à mener
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avec lui le citoyen Dumonceau, et à s’adjoindre telle personne qu’il avisera, sans qu’il puisse être permis aux autorités civiles et militaires, de s’y opposer et d’en prendre connaissance ; leur enjoint expressément de déférer et d’obéir aux dispositions du présent. Les représentants du peuple, Elie Lacoste, Moyse Bayle, Amar, Louis (du Bas-Rhin), Vouland, Jagot, Dubarran.
La plume tombe des mains, en transcrivant de pareilles horreurs. Quoi ! il est permis à six ou sept coquins, délégués pour faire des lois, de détruire, selon leur bon plaisir, des villes, des provinces entières ! Quoi ! en parlant du bonheur des hommes ; ayant sans cesse les mots liberté, égalité, sur leurs lèvres, ces monstres, sur une discrétion, une bêtise, un soupçon, une calomnie, enverront à la mort la vertu, l’innocence ! et cette proscription s’étendra jusque sur les enfants à la mamelle ! et les autorités civiles et militaires seront forcées de prêter la main à ces infamies ! Quelle est la chose la plus étonnante, ou l’audace des tyrans, ou le degré d’avilissement où la France est parvenue ? On croirait que de pareils actes sont le dernier terme où puisse aller la barbarie
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du despotisme : non, lecteurs, je réserve des choses, peut-être plus étonnantes, à votre indignation. Robespierre était parvenu, comme par enchantement, à un degré de puissance au-dessus de toutes les autres. Les assemblées populaires le préconisaient, et puisaient chez le crime l’encens dont elles l’enivraient ; les brigands avaient chassé de leurs repaires toutes les idoles, pour n’y adorer que le dieu Maximilien : dans cet état de choses, il voulut abattre toutes les factions, même celles qui lui avaient été utiles. Il ne restait à Danton, chef du parti d’Orléans, d’autre ressource que de se réunir au parti de Robespierre ; mais les cordeliers et les jacobins, dont l’inimitié subsistait toujours, se connaissaient trop bien, pour se fier les uns aux autres. La réconciliation étant impossible, il fallut dissimuler des deux côtés. Robespierre ne pouvait s’élever qu’en feignant d’idolâtrer le peuple, qu’il voulait réellement subjuguer ; c’est pourquoi il écarta, de toutes les places, les gens instruits, et ceux qui jouissaient de quelque fortune, pour les
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donner à des hommes sans talent, et pauvres, choisis dans la basse classe. On a trouvé, chez cet homme, des tables de proscriptions contre la probité, les richesses et les talents.
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