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  Isaac Book





F-Chapter 46

Page: 334-343

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CHAPITRE XLVI

Affreuses persécutions; mort d’Elizabeth, soeur du roi; motifs absurdes de sa condamnation; Robespierre veut régner exclusivement; il tente d’épurer la convention; il est repoussé, et va se fortifier aux jacobins.

Tandis que les proconsuls et leurs subalternes exerçaient dans les départements le despotisme le plus affreux; qu’ils persécutaient , proscrivaient, dénonçaient à la vengeance du peuple, c’est-à-dire, livraient au massacre les ennemis de l’anarchie, les gens sages qui n’applaudissaient pas au vertige révolutionnaire; qui voyaient avec douleur l’extinction des lumières dont la France était éclairée; la chute des bases de l’instruction publique; les autels consacrés à l´athéisme; l’égoïsme, comme un poison corrosif, détruire l’union sociale, et isoler tous les hommes; enfin, la perte de cette brillante jeunesse, espoir de l’empire et des générations futures.


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Tandis que tout cela se passait, dis-je, sur la surface entière de la France, la convention courbait la tête des Parisiens sous le plus affreux joug; elle élevait des bastilles plus cruelles que l‘ancienne; prodiguait ses bienfaits à la perversité, à l’ignorance; dédiait des autels à la fraternité, dans le temple de la mort; faisait des invocations à la nature, en punissant le fils qui avait secouru son père, ou le père qui n’avait pas abandonné son fils (1) ; envoyait, chaque jour, cinquante victimes à l’échafaud; confiait la direction, la manutention des prisons à des bourreaux persécuteurs, qui, réellement avaient le droit de vie et de mort sur les détenus. Il est sûr que le scélérat riche obtenait des notes favorables: il était regardé comme une éponge que l’on pouvait presser; l’homme honnête, pauvre au contraire, occupant une place inutile, n’avait aucune chance en sa faveur:


(1) En vertu de quelle loi avez-vous fait passer de l’argent à votre fils, émigré? demandait un juge à un père prêt à aller au supplice. = En vertu d’une loi plus sage et plus impérieuse que celle qui me condamne: celle de la nature, comme à tout ce qui est animé.


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son air triste était un crime; on le représentait comme un avare, un gueux, un ennemi de la révolution: et cette désignation suffisait pour le conduire au tribunal, d’où l’on ne revenait point.
Voici un passage des Verrines de Cicéron, qui nous fait franchir les siècles qui nous séparent de cet écrivain; il semble qu’il soit notre contemporain: que l’on écrive Robespierre au lieu de Verres, et le tableau paraîtra peint en 1793.
« On plonge dans les cachots les malheureux que Verrès a condamnés; leur supplice s’apprête; d’avance on tourmente leurs parents, leurs amis …… Etendus à la porte de la prison, les pères et mères y passent la nuit; ils ne demandent que la permission d’embrasser leurs enfants. Devant cette porte, se tient le guichetier et le bourreau du prêteur: c’était le licteur Sestius qui comptait la douleur, les larmes des infortunés, et en recueillait le tribut. Pour entrer, vous donnerez tant; pour apporter des vivres, tant; …… Vous aimez vos enfants: que me donnerez-vous pour les tuer d’un seul coup? ….. Et l’on payait cette faveur”.
« Comme on exposait les cadavres aux bêtes,


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Sestius leur disait encore: Payez, et je les enterrerai ….”
“ Payez, payez: c’était le seul mot des guichetiers « .
Ces moments, sans doute, furent terribles à Rome; mais jamais l’histoire n’a fait mention d’assassinats publics et universels, respectés par un peuple entier.
Jamais il n’a été parlé de gens qui semblaient avoir acheté le droit d’égorger à tant par tête; jamais des hommes de sang et de carnage n´ont pris la dénomination de patriotes purs et prononcés.
L´observateur sentimental, qui prendra un jour la peine de parcourir les maisons d´arrêts, y verra des traces bien touchantes de sentiment et de désespoir; partout il lira, sur les murs:

“Adieu! ma tendre mère, je ne te verrai plus”.
“Adieu! chère épouse, demain j’aurai vécu « .
“O toi ! qui allais faire le bonheur de ma vie, mon dernier moment est pour toi ».
<< J’ai survécu à ma famille entière: ma femme, mes enfants ont passé sous la hanche, et j’ai 80 ans! bourreaux! par pitié, ôtez-moi la vie; mais ce sentiment vous est étranger ».

On a trouvé des bijoux, des tresses de cheveux,



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des portraits, avec ces mots ou autres, dans le même sens:

“Qui que vous soyez, si vous avez un coeur, remettez ce paquet à son adresse ».

Que de choses intéressantes sont devenues la proie des guichetiers.
Un jeune homme arrive de voyage, il cherche son père dans le lieu qui l’a vu naître …. Où est-il ce père, si bon, si tendre? – Il est guillotiné. –Et ma respectable mère? – Vous n’en avez plus. – Et ma soeur? – Elle expire. – Entrons, que je t’embrasse. – On l’a chassée d’ici. – Quoi! expirante! – Oui: la maison est un bien national; elle est vendue, et j’en suis le propriétaire.
Le malheureux parcourt les rues: il ne les reconnaît plus; on lui montre un homme: Voilà le dénonciateur de votre famille: il court, il le tue, et ne se sauve pas. La sensibilité a donc aussi sa fureur? Cette scène se répétera plus d’une fois, et il se passera bien du temps avant que l’ordre social reprenne son équilibre.
Le dernier événement remarquable de 1793, fut la reprise de Toulon sur les Anglais, le 16 décembre: ce qui changea la face des


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affaires politiques, sur lesquelles il n’entre pas dans mon plan de m’appésantir.
Après avoir condamné le roi et la reine; après avoir massacré tant de victimes, sur des soupçons vagues de dévoument à la famille des Bourbons et au culte de la Divinité, la rage se porta sur Elizabeth, qui n’avait commis d’autre crime que d’être soeur du monarque.
Modeste, humble au milieu des grandeurs, courageuse dans le danger, sublime dans le malheur; elle était bien digne de monter, comme victime, sur l’autel de la férocité.
On l’accusa, et ce fut Fouquier- Tinville, salarié pour répandre le rang innocent; on l’accusa, dis-je, d’avoir provoqué la guerre extérieure, fomenté la guerre civile dans l’intérieur, fourni des secours en hommes et en argent aux ennemis; d’avoir des intelligences criminelles, et d’entretenir des troupes; enfin, d’avoir préparé les dispositions pour assassiner le peuple.
J’observe que la même accusation portait sur madame de l’Aigle, veuve (avec qui j’ai eu des relations de société, et dont je puis certifier la sagesse et la tranquillité), et sur un domestique, nommé d’Etigny, qui fut jugé, en masse, avec elle, et traîné au supplice, dans le même tombereau.


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Est-il possible de supposer qu’une princesse qui ne possédait rien, qui n’était, qui ne pouvait être consultée sur les affaires politiques, qui n’avait aucune influence dans les conseils, pût entretenir des troupes?
N’est-il pas évident qu’une veuve, qui ne jouissait que d’un petit revenue, ne pouvait envoyer, aux ennemis, des secours en hommes et en argent?
Le sens commun n’est-il pas blessé, quand on inculpe un domestique, parce qu’il a provoqué la guerre extérieure.
Cela est aussi absurde, que si l’on conduisait un enfant à la mort, pour avoir emporté, dans ses poches, les canons du Pont-Neuf.
Il est clair que le jury n’examinait rien, et que quand il était monté au feu de file, personne ne pouvait échapper au supplice.
Elizabeth! vous fûtes un ange dans le siècle le plus corrompu; j’ai vécu, je vis encore avec des personnes qui vous approchaient, et je tiens d’elles, que la beauté, les grâces, l’esprit étaient vos moindres qualités; que vous unissiez toutes les vertus à la philosophie la plus sage; que jamais vous n’avez fait une seule action qui ne portât le sceau de la prudence, du jugement, ou de la sensibilité.
Parmi les traits d´héroïsme et de bonté qui


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ont signalé votre vie, en voici deux, du même jour, qui doivent être recueillis. Le 20 juin on cherchait la reine pour la massacrer …… Où est-elle? criaient des forcenés: nous voulons sa tête. Vous leur présentâtes votre sein, et cherchâtes à les induire en erreur; quelqu’un observant que vous n’étiez point la reine, vous répondîtes: Eh! messieurs, ne les détrompez point, ne vaut-il pas mieux qu’ils versent mon sang que celui de ma soeur? Presque dans le même instant, un deputé s’évanouit; il est abandonné; personne ne pense à le secourir: l’humanité vous fait oublier vos propres dangers; vous allez le rappeler à la vie. Que la vertu a d’empire! Vous calmâtes le fureur des brigands qui vous environnaient.
Elizabeth! victime d’une rage épidémique, ceux qui vous devaient des autels, vous ont trainée ignominieusement au supplice. Mais vous vivez dans les coeurs des Français, et l’histoire vous érigera un monument plus durable que l’airain.
Le 9 thermidor 1794 est une époque célèbre dans la revolution Française.
On vient de voir, qu’alors la France n’était qu’un coupe-gorge, gouverné par des buveurs


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de sang; les uns en mission pour envahir les propriétés, et tracer un plan général d’assassinats; les autres placés à la tête des départements, pour exécuter ce plan.
La destruction de ces tyrans changea, en un instant, la surface entière de la France.
Cet événement mérite quelques détails. En voici le récit succinct, mais fidèle.
Robespierre, fatigué de partager la puissance avec dix de ses collègues, s’était restreint à un triumvirat; le féroce Couthon, le sanguinaire S.- Just étaient ses acolytes; probablement son but était de les sacrifier, lorsqu’il aurait fait usage de leurs talents et de leur credit: car la tyranie veut régner exclusivement.
Ce scélérat préméditait le massacre de la représentation nationale; ses moyens étaient la protection de Fleuriot-Lescot, chef de la commune, et de Henriot, chef de la force armée Parisienne.
Tel que Carilina, qui avait choisi la fête des Saturnales pour frapper ses coups, Robespierre comptait exécuter son projet, le jour où les cendres du jeune Viala devaient être deposées au Panthéon (1).

(1) Ce Viala était un petit polisson, qui, narguant


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Robespierre , à la tribune, faisait des discours pleins d’audace; déjà, sous l’enveloppe séduisante de l’éloquence, il mettait en avant des principes despotiques. On le devine, et il est accablé d’un torrent de vérités terribles.
Le bruit des désagréments que ce factieux avait éprouvés au sénat Français, précède sa visite aux jacobins; il s’y rend: il est plus accueilli que jamais.
Il lit le discours repoussé par ses collègues, et ce discours reçoit les plus vifs applaudissements.
Les jacobins veulent s’épurer, veulent écarter de leur sein tout ce qui ne pense pas comme Robespierre.


une sentinelle, fut tué, et que Robespierre n’a fait panthéoniser, que pour plaire à la populace.