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  Isaac Book





F-Chapter 47

Page: 344-351

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CHAPITRE XLVII.

Robespierre fait une nouvelle tentative pour envahir l’autorité; il succombe; affaire décisive du 9 thermidor.

Robespierre, enhardi par la caste entière des jacobins; comptant sur des secours puissants; assuré des dispositions de la commune; ne pouvant douter du dévouement du chef de la force armée, et de ses aides de camp; espérant tout de l’erreur des sections de Paris, prend le parti de faire une tentative; mais il fit deux lourdes fautes en conjuration, de ne pas avoir arrêté son plan, et de s’être laissé pénétrer; c’est une chose très remarquable, en effet, qu’un homme, qui avait toujours marché lentement, se soit comporté en étourdi; ce n’était pas ainsi qu’il s’était conduit pour abattre le parti de la Gironde.
Midi sonne; Robespierre, qui rarement allait à l’assemblée, s’y trouve ce jour-là; S.- Just paraît; son regard est farouche: il monte à


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la tribune pour une motion d’ordre. Là, il attaque la sagesse des représentants, et désigne les membres qu’il fallait sacrifier.
A peine a-t-il commencé, qu’il est interrompu par une voix qui l’accuse.
“J’au vu, hier, dit Tallien, la séance des jacobins, et j’ai frémi pour la patrie; j’ai vu se former l’armée du nouveau Cromwell, et je me suis armé d’un poignard pour lui percer le sein, si la convention n’a pas le courage de le faire arrêter à l’instant ».
Le voile se déchire, la trahison se montre; en vain Lebas, ami de Robespierre, s’efforce de la masquer: sa voix coupable est étouffée.
Une discussion s’élève, tous les traits sont dirigés sur Robespierre et ses complices; mille crimes se développent, et portent le sceau de la conviction.
Robespierre oppose d’abord un calme imposteur; il se couvre du manteau de l’hypocrisie; mais, voyant les preuves se multiplier et grêler sur lui, il insulte, il menace, et, dans un brouhaha terrible, il est décrété d’arrestation; son frère demande à partager son sort, parce qu’il a partagé ses vertus, c’est-à-dire ses crimes: son arrestation est également décrétée, et la même mesure s’étend


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sur Lebas, Couthon, Lejeune et S.- Just. On demande à ce dernier le discours dont il avait commencé la lecture: il le rend assez machinalement, sans réfléchir qu’il donnait des armes contre lui.
Enfin, l’assemblée ordonne que les décrétés sortiront par la barre; alors, la gendarmerie s’empare des coupables: et les décrets s’exécutent.
Fleuriot, maire, et Payan, procureur- syndic, provoquent un conseil général de la commune; ce conseil arrête que deux de ses membres iront haranguer le peuple, et l’inviter de se réunir à ses magistrats, pour sauver la patrie.
Voici un précis de la harangue:
“La patrie est en danger; des scélérats dictent des lois; on poursuit Robespierre qui a fait décréter le principe de l’être suprême et de l’immortalité de l âme; St- Just, cet apôtre de la vertu, qui fit cesser les trahisons du Rhin; Lebas, Couthon, Robespierre le jeune, qui brûlent de l’ardeur patriotique … Peuple! lève-toi; ne perdons pas les fruits du 10 août et du 31 mai; précipitons tous les traîtres au tombeau ».
Les ordres sont donnés pour que les troupes enveloppent les magistrates;


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la gendarmerie est commandée; l’artillerie des sections doit venir à son secours; on invite les jacobins à renforcer la commune.
Le tocsin sonne, les barrières se ferment, des apôtres sont en mission pour corrompre les sections; les administrateurs de police ont des ordres secrets; les prisons ne s’ouvrent et ne se ferment qu’à la voix de la commune; on propose d’arrêter les presses des journalistes, et tous les députés traîtres, désignés par Payan; on se déclare insurgés, et la proclamation (signée Louvet) est conçue en ces termes:
“Le conseil général de la commune proclame l’insurrection contre les oppresseurs du peuple, qui veulent faire périr ses défenseurs ».
On ordonne de ne plus reconnaître la convention. Il faut lire cet acte impudent, pour y croire; le voici:
“ Le 9 thermidor, au 2.e, la commune révolutionnaire ordonne au nom du salut du peuple, à tous les citoyens, de ne reconnaître d’autre autorité qu’elle; d’arrêter tous ceux qui, abusant de la qualité de représentants du peuple, font des proclamations perfides, et mettent hors de la loi ses défenseurs; déclare que tous ceux qui n’obéiront point à


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cet ordre suprême seront traités comme ennemis du peuple.

Signé LOUVET, et autres.

Ensuite l’ordre est donné d’aller arracher Robespierre et ses amis, des mains barbares qui les retiennent.
On demande des forces à Choisy, à Bercy, et autres municipalités voisines.
On fait plus, on dresse un manifeste pour les armées.
“ Unissez-vous à nous, braves armées, contre les tyrans”.
Les jacobins se coalisent avec la commune, et approuvent toutes ses mesures.
Henriot ordonne à toutes ses forces de se porter à la maison- commune; il fait battre la générale; commande la réunion de tous les citoyens; subordonne les canonniers par les promesses les plus séduisantes; fait défendre à la commission des poudres, et aux gardes de l’arsenal, de délivrer quoi que ce soit, sur tout autre ordre que celui de la municipalité; va prêcher la révolte contre la convention; crie aux armes; paraît dans les faubourgs, tantôt comme commandant, tantôt comme orateur de la populace.


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Henriot est arrêté, et délivré par Coffinhall; Robespierre et ses complices sont également retirés des prisons et conduits à la mairie; Couthon vient les joindre; St- Just s’y trouve; Lebas écrit de tous côtés.
Henriot se remet à la tête d’une force armée, et conduit dans la cour du Palais national, une artillerie formidable.
Alors, la convention prend une attitude imposante; elle détache plusieurs de ses membres pour éclairer les citoyens, et d’autres pour diriger les forces.
Henriot est repoussé; la commune est enveloppée; l’espoir se perd; les conjurés tentent de s’ôter la vie.
Robespierre se tire un coup de pistolet et se casse la mâchoire; son frère ses précipite du haut d’une fenêtre; Lebas se tue; St- Just se rend lâche; Henriot, jeté du haut en bas d’une fenêtre, se trouve dans un lieu sale et obscure; Couthon, paralytique, attend qu’on vienne l’enlever.
Ces brigands ont tous péri par le glaive de la loi; et leur mort a délivré la France des tyrans les plus affreux qui aient jamais existé.
J’étais en prison à cette époque; les passants font aux prisonniers, des signes de joie:


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la nouvelle y pénètre; sa confirmation est écrite sur les visages des Cerbères …. Quels transports! On s’embrasse avec une effusion qui ne peut se rendre: << La mort ne plane plus sur le têtes; les noirs chagrins, les cruelles inquiétudes se dissipent; l´enfer se change en lieu de délices; les femmes, les enfants, les amis ont la permission d´entrer; les provisions arrivent sans entraves; les motifs d´arrestations sont délivrés à chaque prisonnier, et la liberté en est la suite; la vérité est, que l´on n´avait à reprocher aux plus coupables, que quelques légères indiscrétions.
Le hasard est un mot vague: ses effets sont le cours inaperçu des choses naturelles, conduites par un moteur; on ne peut guères douter qu’il n’y ait une providence qui dirige les événements, quand on considère que Robespierre creusa lui-même son tombeau; il fut enterré dans la même fosse qu’il avait fait disposer pour recevoir des milliers de victimes, dévouées à la mort, comme complices de la prétendue conspiration du baron de Baz, dénoncée par Lacoste, sans preuves.
Robespierre était un coquin, trop lâche pour avoir le véritable esprit révolutionnaire, trop borné pour savoir saisir les circonstances favorables.


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S’il avait eu la moitié du génie de Cromwell, il n’aurait pas perdu à la commune, en délibération, le temps précieux qu’il pouvait mettre en actions.
Il avait une force terrible, des partisans nombreux, toute la horde des jacobins à sa disposition, des brigands (qui, pour l’ordinaire ont beaucoup d’énergie) à ses ordres; des canons, de la poudre, des armes, des canonniers captivés; le préjugé populaire en sa faveur; l’art de séduire la populace.
Il pouvait marcher sur la convention, qui n’était point sur ses gardes, au moins qui n’avait aucune disposition: indubitablement il aurait réussi à la détruire, et à se créer dictateur; mais Robespierre n’était qu’un lâche coquin, que l’histoire ne peindra pas même comme un grand scélérat.