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F-Chapter 48

Page: 352-363

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CHAPITRE XLVIII

La municipalité de Paris, en renversant le pouvoir législatif, avait compté représenter le sénat Romain; elle est englobée dans la conjuration de Robespierre; on jette hors du Panthéon le cadâvre de Marat; tout prouve que les comités de salut public et de sûreté genérale étaient complices du tyran.

Il paraît que la municipalité de Paris, en se réunissant à Robespierre, avait voulu représenter le sénat Romain: elle fut englobée dans la conjuration, et ses membres envoyés au supplice.
On ne tarda pas à s’apercevoir que le parti qui avait dirigé la journée funeste du 31 mai, dominait encore.
Une proclamation le fit soupçonner: et les obstacles qu’éprouva la proposition de punir les auteurs des massacres du 2 septembre, ne permirent plus d’en douter. Alors on


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s’assura que les calamités de la France étaient autant l’ouvrage des comités de salut public et de sûreté générale que de Robespierre.
Les cruels agents de ces comités, tels que Lebon, David, Billaud-de-Varennes,Barrère, Collot-d’Herbois, Amar, Vadier, Vouland, furent décrétés d’arrestation.
Quelques jours après on créa un nouveau tribunal révolutionnaire, mais adouci, et sans faculté de confondre le crime et l’innocence.
Les quatre-vingt-seize Nantais y furent jugés et acquittés.
On examina l’affaire de Nantes, et Carrier fut accusé; il se défendit; mais les preuves se multipliant contre lui, il fut livré aux tribunaux, jugé criminel, et condamné.
Il ne faut pas oublier ici un mot que ce tigre prononça à la barre:
<< Si toute l’assemblée était examinée comme moi, il n’y aurait que la sonnette et le fauteuil du président qui pussent se tirer d’affaire >>.
En effet, on a fait de Robespierre le bouc d’Azaël; c’est, dit la convention, ce scélérat qui a tout fait; mais peut-on croire que si deux cent soixante membres bien intentionnés eussent contrarié Robespierre dans ses projets atroces, il les eût fait périr? Peut-on croire
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que si deux cent soixante membres se fussent élevés contre les emprisonnements arbitraires, les barbaries, les meurtres, ces membres auraient couru quelques risques? Non, sans doute, puisqu’en s’entendant un instant, le tyran a été vaincu. On a donc exagéré le danger de faire le bien, et il y a eu, de la part des représentants honnêtes, une pusillanimité impardonnable.
Loin de blâmer le cruel tribunal révolutionnaire, on a vu un membre solliciter un décret qui constate l’estime qui lui est due, et un autre demander l’ordre du jour, motivé sur ce que l’estime des bons citoyens lui étant due, il n’était pas permis de douter que le tribunal révolutionnaire n’ait bien mérité ….. Applaudi.
Ce n’était pas Robespierre seul qui voulait le mal, et qui l’opérait.
Est-ce Robespierre qui chassa les religieuses des hôpitaux, ces femmes qui avaient consacré leurs vies à soulager l’humanité souffrante, et les laissa sans secours, sans pension, sans asiles?
Est-ce Robespierre qui faisait écrire à un proconsul, la lettre suivante:
<< Soixante-quatre prêtres vivaient ensemble;



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je les ai fait lier deux à deux; je les ai fait traverser la ville; je les ai exposés à la risée publique: indiquez-moi la destination que je dois donner à ces cinq douzaines d’animaux >>?
Est-ce Robespierre qui accueillait une bande d’écoliers qui vinrent réciter des impiétés, et se targuer du plus grand mépris pour les opinions de leurs ancêtres?
Est-ce Robespierre, très élégant dans sa mise, qui mit en vogue le système de la
malpropreté et de l’indécence?
Est-ce Robespierre qui fit écrire, par un proconsul: « Nous avons proclamé le patriote Ance guillotineur, et nous l’avons inventé à venir dîner avec nous, pour prendre ses
Pouvoirs ».
Ce n’est pas nous, dit la pluralité des membres de la convention, qui avons fait le mal.
-- Qui donc? – Vingt-cinq ou trente scélérats qui ont usurpé l’autorité; nos missionnaires, qui irritaient le peuple. – Vos missionnaires! mais vous les connaissez pour des tigres, et c’est précisément parce qu’ils étaient tels, qu’on les envoyait en mission. – C’étaient les comités de salut public et de sûreté générale qui leur donnaient des pouvoirs. – Il fallait donc composer ces comités de personnes justes, et non


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y placer les enragés de la convention, connus par leurs caractères sanguinaires. – C’était contre notre gré. – Examinons la chose, sous différents rapports. Vous avez accueilli les députés de Bédouin qui sont venus faire le tableau des calamités de leur ville. Bien!
Vous avez rappelé les soixante-treize députés emprisonnés depuis 13 mois. Très bien!
Vous avez jeté, hors du Panthéon, le cadavre impur de Marat. Bon!
Vous avez fait justice des scélérats qui se sont gorgés de sang …. Excellent! Mais, vous ne vous êtes montrés que dans vos propres dangers.
Vous êtes-vous soulevés contre les tyrans, quand la terreur est devenue le ressort et l´arme du gouvernement? quand la fortune, l´honneur, la vie, n´avaient plus de garanties? quand les tribunaux n´obéissaient qu´à l´intérêt et aux caprices des gouvernants?
Vous êtes-vous soulevés contre les tyrans, quand vous avez vu la France se couvrir de prisons? quand Collot- d’Herbois vous disait, le 17 septembre 1793: « Il ne faut rien déporter; il faut détruire et ensevelir tous les conspirateurs; qu’ils soient arrêtes; que le lieu de leur arrestation soit miné; que la mèche,


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toujours allumée, soit prête à les faire sauter ».
Vous êtes-vous soulevés, quand Barrère interpréta votre loi des suspects, d’une manière si vaste, que tout individu quelconque pouvait être enveloppé dans son application? Selon ce monstre, les suspects étaient:
« Les nobles, les fanatiques, les incrédules, les aventuriers, les étrangers, les opulents, les pauvres, les citadins, les habitants des campagnes, les politiques, les marchands, les banquiers, les éloquents, les indifférents, les lettrés: le tout sans définitions; quel est donc l’homme qui, sur des motifs aussi vagues, pouvait échapper à la détention ou au supplice, dans un feu- de- file, c’est-à-dire, dans une condamnation générale ».
« Il se pourrait, vous disait Barrère, qu’il y eût quelques réclamations justes; mais faut-il que le législateur voie ses portiques remplis de pétitionnaires »?
De tout temps, il a été reconnu qu’il valait mieux sauver vingt coupables que de faire périr un innocent; vos principes étaient qu’il valait mieux périr mille innocents que de sauver un suspect.
Vous êtes-vous soulevés, quand Barrère vous disait encore? << Déblayons le sol des


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intrigues; il faut marcher vite; il n’y a que les morts qui ne reviennent pas >>!
Vous êtes-vous soulevés contre la tyrannie, quand vous avez eu connaissance de feuilles volantes, remplies de trois ou quatre cents noms de personnes qu’on devait juger en vingt-quatre heures? sur lesquelles Fouquier-Tinville écrivait: « Envoyez moi les pièces, surtout celles des femmes Bruni, Vigny, Colbert, Maulevrier, Narbonne, Guerin, Dossun, Crussol, Clermont-Tonnerre, Chimay, Darmentières, Frécot, Lanty, S.t-Simon, Thiart, Monaco, Querrohent; ces femmes seront demain mises en jugement, c’est-à-dire guillotinées » …. et le scélérat n’a pas les pièces!
Vous êtes-vous soulevés, quand Fauvetti écrivait d’Orange: « Roman, Fonrosa est détestable: c’est un formaliste: Melleret ne vaut absolument rien: Il lui faut des preuves; Dieu veuille que Ragot, Fernex et moi, ne soyons pas malades; car la guillotine n’irait pas >>?
Vous êtes-vous soulevés, quand Collot-d´Herbois, Pillot et Gravier écrivaient? << Nous démolissons Lyon à coups de canon; soixante-quatre conspirateurs ont été fusillés hier; deux cent trente tomberont demain dans les fossés;


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la guillotine, la fusillade ne vont pas mal; quatre-vingt et jusqu’à deux cens sont fusillés tous les jours; on a le plus grand soin de ne pas discontinuer les arrestations, pour ne pas laisser les prisons vides ».
« Quelles délices tu aurais goûtées, si tu avais vu avant-hier tomber deux cent neuf aristocrates! quelle majesté dans cette fête! tout édifiait »!
Vous êtes-vous soulevés, quand des Lyonnais vinrent à la barre, vous dire? << Vous avez voulu punir des coupables, mais non avec atrocité. On met les Lyonnais à la bouche des canons; on les mitraille, et l’on achève à coup de sabres, de baïonnettes, de pioches, de pelles, ceux qui n’ont perdu qu’un bras ou une jambe >>? Que fîtes-vous alors? Au lieu de prendre des mesures pour faire cesser ce carnage, vous envoyâtes la pétition aux comités, et vous souffrîtes que Collot- d’Herbois lui-même en fût le rapporteur.
Vous êtes-vous soulevés, quand Collot- d’Herbois et Fouché ont fait passer cette instruction dans les départements du midi?
« Tout est permis à ceux qui agissent dans le sens de la révolution; il n’y a de danger pour le républicain, que de rester en arrière ».


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« Agissez en grand; prenez tout ce qu’un citoyen a d’inutile; le superflu est une violation des droits du peuple ».
Vous êtes-vous soulevés, quand Collot- d’Herbois écrivait? « Il faut licencier soixante mille Lyonnais, et les répandre; la population de Lyon licenciée, il sera facile de faire disparaître cette cité, et de dire avec vérité: Lyon n’est plus ».
« C’est de vous, jacobins, que nous avons reçu notre mission de purger le midi » …. C’est de vous, jacobins! …….. Et qui avait donné le pouvoir aux jacobins d’ordonner des massacres? C’était bien le cas de se soulever!
Avez- vous frémi d’horreur, quand le comité de salut public écrivait à Joseph- Lebon?
« Continuez votre attitude imposante; l’amnistie est un crime qui ne peut en couvrir d’autres: les forfaits ne se rachètent point contre une république: ils s’expient sous le glaive >>.
“Les dénonciateurs ont bien mérité de la nation”.
« Secouez sur les traîtres, le flambeau et le glaive: marchez sur la ligne révolutionnaire. Le comité applaudit à vos travaux ».
« Nous vous adressons un arrêté du comité de salut public, qui étend vos pouvoirs ».


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Vous êtes-vous soulevés contre les noyades et les mariages de Carrier, les incendies de Bédouin, les massacres d’Arras, de Cambray, d’Avignon, etc. etc.?
Avez-vous frémi d’horreur, quand vous avez vu prendre sur les galères, dans les cachots, et parmi les étrangers les plus féroces, tous les agents et chefs des comités et armées révolutionnaires?
Enfin, avez-vous frémi d’horreur, quand vous avez vu des générations entières immolées; des traînées d’enfants, de jeunes gens, de pères de familles, de vieillards à cheveux blancs, enchaînés deux à deux, et conduits au supplice de la guillotine, de l’eau ou du feu, sans autre motif que celui d’être déclarés suspects? Ces horribles spectacles se sont exécutés sous vos yeux; les cris des victimes ont pénétré jusqu’à vos oreilles, et vous les avez entendus de sang-froid! et les massacres ont duré dix-huit mois, sans que vous prissiez des mesures pour les faire cesser! Les prétextes ne suffisant point, pour assouvir la rage sanguinaire des gouvernants, n’avez-vous pas vu créer celui de muscadin? N’avez-vous pas vu arrêter, emprisonner, fusiller, guillotiner une multitude de jeunes gens, qui n´avaient commis


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d’autre crime que de ne pas être habillés en galérien ou jacobin? En doutez-vous? lisez cette lettre, adressée au tendre, au sensible, à l’estimable Richer- Sérisy.

« Vous annoncez une guerre à mont aux buveurs de sang; frappez sur le monstre qui m’a privé d’un de mes fils. Ce jeune homme allait partir de Moulins, avec la dernière réquisition, quand le comité révolutionnaire de cette commune le fit arrêter comme muscadin, (voilà son prétendu et seul crime) et l´a envoyé au tribunal sanguinaire établi à Lyon, par Collot- d’Herbois: c’est là qu’il a été condamné à être fusillé ».
« Marquez donc au front cette bête féroce: son supplice ne me rendra pas mon fils; mais, il effrayera ceux qui, comptant sur l’impunité, pourraient tenter de renouveler les scènes tragiques qui ont fait tant de victimes, et sauvera peut-être bien des innocents. Je plaide ici la cause des pères, et les clients sont nombreux ».
Signé RENAUD LAGRELAY.

On verra que vos principes sont restés les mêmes, parce que vos meneurs n’ont pas varié.
Il faut, quelques fois, dites-vous, que la justice soit voilée; pour guérir les ulcères invétérés, il faut des amputations; oui, en chirurgie: mais en politique, non. Cicéron le prouve; et pour donner plus de force à son raisonnement, il le place dans la bouche de Laelius et Scipion.


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Nihil, tam inimicum quam justitiam civilati,, nec omnino nisi magna justitia geri aut stare posse rempublicam.

C’est une prétention fausse de croire qu’on ne puisse réussir dans le maniement des affaires, sans commettre quelques fois des injustices.
L’orateur ajoute:
Le fondement de toutes les règles politiques est, que l’on ne peut bien gouverner, sans garder, en tout, une exacte justice.
A la mort de Robespierre, la convention, rassasiée de sang humain, ouvrit les prisons: et les meurtres juridiques cessèrent; mais le despotisme sanguinaire subsistait toujours.
Les jacobins, étourdis, terrassés, firent des efforts pour se relever: on ne leur en donna pas le temps.
Il parut un décret qui leur interdisait toute communication avec les sociétés populaires des provinces: ce qui fit cesser les flagorneries, et par suite décliner leur pouvoir.
On a attribué à leur vengeance, l’incendie de la bibliothèque de S.-Germain-des-Prés, et l’explosion de la poudrerie de Grenelle. Je ne nie pas qu’ils ne fussent capables de toutes les atrocités possibles; mais il y a assez de

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choses vraies, pour ne pas recourir au vraisemblable.