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F-Chapter 49
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CHAPITRE XLIX.
Journée du 23 mai 1795; mort du fils de Louis XVI; nouvelle constitution; ses défauts; lettre plaisante sur le gouvernement.
Les jacobins ne devaient leur puissance qu‘à la terreur; tous écumèrent de rage lorsqu’ils aperçurent les premiers rayons de la justice. Résolus de recouvrer leur empire, ils tentèrent d’intimider la convention, par les mêmes moyens qui leur avaient réussi de temps de Robespierre. Le 23 mai 1795, une horde furibonde se précipita dans l’assemblée, pour demander du pain et la constitution de 1793. La plupart des députés se retira; les législateurs du parti de la tyrannie se réunirent aux vociférateurs, pour obtenir le rétablissement de la tyrannie. Boissy-d’Anglas s´y opposa de
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Toutes les forces; on lui mit un poignard sur la gorge; on fit rouler une tête à ses pieds; il persista. Vernier, député du Jura, prit un moment sa place; on le menaça; il ne fut point intimidé. Voilà des hommes! …. Heureusement la garde vint secourir ces estimables et généreux défenseurs de l´humanité. Depuis cette époque, les jacobins, sous la boue, tels qu´Ancelade écrasé par le Mont-Etna, font sentir leurs mouvements, mais ils sont inutiles. Le rejeton d’une antique dynastie avait partagé l’infortune de sa famille, sous les yeux d’un appelé Simon, cordonnier, nommé son instituteur. Il n’est plus, cet aimable enfant …. Hélas! Il n’a vu l’aurore de sa grande fortune, que pour sentir son avilissement. Pour adoucir ses peines, il n’a joui, pendant sa captivité, ni des soins d’une tendre mère, ni des consolations d’un père vertueux …. Il fut isolé au milieu de ses sanglots. La postérité croira-t-elle que l’on a exercé les rigueurs les plus affreuses, contre un enfant à qui l’on n’avait rien à reprocher que le malheur d’être né. Toutes les nuits, une voix terrible allait six
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fois crier à sa porte: Capet, es-tu là? et le vacarme ne cessait que quand il avait répondu, oui, j’y suis. Il n’est plus, cet enfant; non, il n’est plus, et il a éprouvé tout ce que peut le délire révolutionnaire sur l’innocence. Sa soeur, la plus aimable de son sexe, a échappé, seule, à la rage. Mais sa vie a été rachetée, et l’on ne lui a pas adjugé la moindre part à l’héritage de ses pères. Le travail de la convention est achevé; les deux assemblées précédentes avaient donné chacune une constitution: il fallait bien que celle-ci en fît une troisième. Nous allons en donner un précis. Il y a deux chambres. La première, composée de 500 jeunes gens qui imaginent. La deuxième, de 250 vieillards qui raisonnent; et brochant sur le tout, il y a cinq pentarques qui exécutent. Sur le papier, cela se présente très bien. Mais tous les pouvoirs sont séparés, par conséquent, point d’harmonie: et les choses sont telles, que le sort de l’état dépend absolument du caractère froid, turbulent, guerrier ou pacifique du pouvoir exécutif; ainsi la France est sous le joug de cinq despotes.
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La chambre des vieillards, ou raisonneurs, doit accepter ou rejeter ce qui lui est présenté, sans qu’il lui soit permis de motiver: de sorte qu’une bonne loi ne peut surnager, si elle n’est pas clairement énoncée, ou si elle se trouve fondue dans des détails susceptibles de réformation. La discussion, seul moyen de répandre la lumière, est interdite. Les ministres ont des responsabilités contradictoires; ils sont responsables de l’inexécution des lois, et l’inexécution des arrêtés du directoire, qui peut ordonner qu’une loi ne soit pas exécutée. Est-il possible qu’un gouvernement aille quand le pouvoir exécutif n’a point de part aux délibérations, et quand les ministres en sont exclus? La constitution est oppressive, par l’article qui admet les réquisitions; jamais aucun peuple libre n’a réclamé des pouvoirs aussi violents. La constitution est embrouillée, par le nombre de 376 articles: il n’en fallait pas le quart, pour renfermer tous les cas possibles. La constitution est destructive de l’instruction, puisqu’elle s’oppose aux voyages; il faut une résidence de dix années, sans discontinuité,
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pour être éligible au conseil des jeunes gens, et de quinze ans, pour être du conseil des anciens. La constitution est cruelle: elle ne parle que de punir; aucune autorité ne s’est attribué le droit de pardonner, quoiqu’il existe des cas où l’on peut être criminel sans être coupable. La constitution est immorale: elle ne parle point de l’établissement d’un culte public; à la vérité elle le permet, pourvu qu’il soit payé par ceux qui ont de la religion; par conséquent l’avarice peut étouffer les idées religieuses, et la France devenir un peuple d’athées, un peuple où la sûreté publique n’a point de base. On a voulu des législateurs, mais point d’autorité morale; On a établi des punitions, mais on a écarté les moyens répressifs; On a voulu l’ordre avec l’égalité, et sans autorité paternelle: ce qui est impossible; On a voulu la paix avec une liberté dégénérée; On a voulu de la morale sans religion; Qui diable pouvait s’attendre à de pareilles conceptions! Certes, une organisation si nouvelle doit
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entraîner les plus grands inconvénients … - Mais la machine va! – Oui, comme un moulin tourne avec de l’eau bourbeuse, jusqu’à ce que le sédiment s’accumule et l’arrête. Il faut espérer qu’après avoir parcouru toutes les régions du délire, on s’arrêtera enfin auprès de la sagesse. La constitution achevée et acceptée, il fallait que la convention s´occupât de la formation des deux conseils: que fit-elle? après avoir exercé, pendant trois ans, un pouvoir absolu, elle voulut, contre les lois, contre l´opinion publique, garder les deux tiers de ses membres, comme si tout l’esprit de la France était renfermé dans la convention; ….. mais le véritable motif était de n’avoir pas de comptes à rendre. Pour s’adjuger les deux tiers des places, elle décréta, les 5 et 13 fructidor (ou 22 et 30 août) que les deux tiers de ses membres resteraient à la nouvelle législature, et fit une accolade de ses décrets à la constitution, ne voulant pas les présenter, comme articles séparés, à la discussion des assemblées primaires. La piége était évident; les grandes villes ne pouvaient s’y laisser prendre. On s’effraya d’une continuation de domination. Alors, la convention s’environna de
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rechef de tous les buveurs de sang, et elle les envoya en mission, armés, pour présider aux délibérations des assemblées primaires. La convention fit plus: elle fit passer ses décrets aux troupes, pour les accepter, quoique dans tous les cas il leur fût défendu de délibérer sur les affaires de l’état; enfin, elle obtint par la force ce que la constitution lui refusait. L’indignation, la répulsion furent presque générales; on cria au royalisme, comme Robespierre quand on le contrariait. Les Parisiens montrèrent un instant de fermeté; on leur opposa des canons à mitraille; on mit une mèche dans les mains de Barras: et deux ou trois mille vieillards, femmes, filles, enfants, payèrent de leur vie le malheur de se trouver dans les rues. Ainsi, c’est dans le sang jusqu’aux genoux, que l’on proclama l’acceptation des décrets des 5 et 13 fructidor, par la volonté du peuple souverain; et pour récompenser Barras, on l’a investi (les mains fumantes du sang des Parisiens) du plus grand pouvoir; pour adjoint, on lui donna le signataire de tous les carnages du tribunal révolutionnaire. On devait présumer que le massacre exécuté par Barras et autres membres de la conven-
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tion, sur les habitants de Paris, l’assurait des grands meneurs, et les porterait à se reposer quelques moments; point: on envoie des Fréron, des Reverchon dans les départements du Midi, pour y semer l’épouvante et l’effroi; pour destituer, proscrire, incarcérer, égorger, et mettre enfin le sceptre de l’autorité dans les mains des plus atroces scélérats. Le calme paraît se rétablir; mais la belle loi de Trasibule, la loi de l’oubli, est encore bien éloignée. Pouvez-vous l’espérer, législateurs, quand au lieu de revenir sur vous-mêmes, pour déraciner ce qui est absurde, vous persévérez à détruire les liens harmoniques? La loi du divorce favori et le libertinage: elle rend le mariage le tombeau des moeurs; le bon mari, qui regardait comme sacré le noeud qui l’unissait à sa compagne, voit sa couche souillée; sa femme, volage, séduite par l’éclat, par la nouveauté, le quitte pour se plonger dans le vice; il la cherche; il la trouve: elle a secoué le joug de l’opinion publique, et lui répond par le divorce. La loi sur les testaments et substitutions est affreuse: elle ôte à un père, à un parent les moyens de se faire respecter, et les prive de l’avantage d’être justes.
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La loi sur la majorité achève de briser les rapports entre les pères et les enfants; anéantit l’autorité des premiers; livre les autres à la fougue des passions; expose les hommes vertueux à voir, dans leurs familles, des mariages mal assortis: et par cette même raison, la haine et la discorde se propager. Ces trois lois seules suffiraient pour abrutir une nation, par la licence et l’immoralité. Après sept ans d’expérience, de calamités et d’horreurs, vous vous obstinez, pour votre propre intérêt, et non celui de la France, à conserver, sous le nom de république, un gouvernement qui peut aller aux Français, qui est absolument dépourvu de rapports avec leurs vieilles habitudes, leur caractère, leurs moeurs, leurs usages, leurs coutumes. Il est évident que quand vous avez décrété la république, en un clin d’oeil, sans examiner, sans discussion, vous n’avez ni senti, ni compris ce que vous faisiez. Tout gouvernement est république une et indivisible; car tout gouvernement est le résultat d’un pacte social, combiné pour l’intérêt général. Vous avez bien senti le pacte social, puisque vous avez employé la force pour le faire accep-
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ter; quant à l’intérêt général, vos combinaisons n’ont pas été jusque là; votre unique intérêt a présidé aux délibérations; ainsi, le peuple, dont vous parlez sans cesse, n‘est que cette vile plébe, que vous payez pour prêcher le désordre et tourmenter le véritable peuple. Je dis que tout gouvernement est république, parce qu’il a pour but de garantir à chacun ses propriétés; ainsi, attaquer une propriété, c’est attaquer l’universalité, parce que chaque propriété est garantie par la masse entière. Je dis que la république est toujours une, parce que la justice est une. Je dis qu’elle est toujours indivisible, parce que nulle partie ne peut en être séparée, distraite, aliénée. Le peuple seul a la puissance; le peuple seul a le droit de déléguer; par conséquent, sous ce rapport, le peuple est réellement souverain; mais comme il ne peut exercer continuellement sa souveraineté, il la concède à 1500, à 745, à 5, à un seul. Ainsi tout gouvernement est république. Mais ce ne sont pas là vos principes; vous avez toujours confondu le pouvoir délégué
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avec celui de la masse entière, et vous agissez comme s’il vous avait été dit: << Allez, renversez, détruisez, abolissez tout, sans réserve; ne respectez aucun pacte, pas même ceux par lesquels telles villes, telles provinces se sont données à la France; brûlez les chartres, les contrats; abîmez les finances: et du milieu des décombres, sans plan, sans ordres, sans combinaisons, sans convenances, élevez une constitution absurde; vous êtes des avocats, des procureurs, des marchands, des boutiquiers, des laboureurs; imaginez-vous, qu’en un instant, et par enchantement, vous êtes devenus des législateurs, c’est-à-dire, l’espèce d’hommes la plus rare >>. << Pour rétablir les finances, gardez-vous de choisir des personnes qui se soient livrées à cette étude; croyez que vous êtes des Sully, des Colbert: cela suffit >>. Où sont ces écoles qui formaient aux talents une jeunesse innombrable? Où sont ces académies, dont les flots de lumière se répandaient sur la surface du monde entier? L’abyme tricolore a tout englouti; les Delille, les Laharpe sont proscrits, et je vois, à leur place, dans le temple du goût, des Sieyes, des Chénier, et autres cuistres ramassés
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dans la fange de la littérature: hélas! il est probable que les productions de nos grands génies ne seront, pour la génération qui s’élève, que des hiéroglyphes inexplicables. A la vérité vous avez dit, dans le préambule de vos droits de l’homme, que l’ignorance est la cause des malheurs publics; c’est pourquoi vous avez voulu que chaque paysan sût lire vos lois, vos placards, vos gazettes, et même pérorer dans les sociétés populaires. Quelle impéritie! Quoi! vous ne savez pas que l’homme du peuple qui se croit bel esprit, est toujours un mauvais ouvrier; et que dans les campagnes, il ne faut qu’une plume pour deux cent bras! Voulez- vous rendre une commune turbulente, récalcitrante, rebelle? faites- y étudier dix jeunes gens: quand ils reviendront chez leurs parents, faute de connaître les nuances sociales, vous les verrez altiers, impudents, méprisant tous ceux sur qui ils ont quelque supériorité; ils répandront l’esprit ergoteur; ils se mêleront de toutes les affaires publiques; ils critiqueront les administrations; ils ne voudront pas payer les impôts, par telle ou telle raison; ils feront des mémoires; ils cabaleront, et solliciteront un ordre de chose qui leur soit particulier.
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L’expérience prouve que le mauvais sujet d’un village est toujours le paysan qui a été au collège, et dans le fait, les instructions révolutionnaires sont peut-être, de tous les maux, ceux qui se réparent le plus difficilement. On dit, La modération ne peut s’allier avec l’ignorance: et l’on en conclut que l’éducation doit être mise au rang des supériorités nationales: mais que deviendrait le mouvement social, si l’artisan voulait que son fils eût l’éducation de l’artiste, de l’homme de loi, du littérateur, ou de tout autre état qui exige le développement des facultés morales. Rien n’est plus facile que de niveler les fortunes; il ne faut qu’une puissance tyrannique: mais ordonner le pillage n’est pas un nivellement. Quand la hache renverse un chêne, on en plante un autre qui grossit avec le temps. Si le chêne nuit à quelques plantes, au-moins il sert d’asile aux oiseaux. Que de paysans avides de posséder ce qu’ils n’ont point obtenu, ont regretté leurs bons seigneurs! J’en connais beaucoup de cette espèce. Que l’art de tromper le peuple est facile! Il aime à entendre parler de ses droits, de sa puissance, de sa liberté. Plus touché de sa
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prétendue grandeur que de sa misère; plus affectée de son espoir que de ses souffrances, il croit qu’en temporisant, il verra la prospérité publique sortir des ruines de la monarchie. Il a cru, ce peuple, que pour établir le règne de la liberté, il fallait établir le règne de la terreur et de l’inquisition la plus violente; lâcher la bride aux dévastateurs; renouveler sans cesse l’effroi; violer le secret des lettres; sonder la pensée; enfin, se livrer à tous les excès de la tyrannie populaire. Bien persuadé que les victimes étaient les ennemis de son bonheur, il allait applaudir à leur exécution. On lui persuadait qu’il fallait du sang, pourqu’il puisse jouir de toutes les richesses: et il allait le voir couler avec transports; mais on a beau l’enivrer, lui fasciner les yeux, l’endormir par des promesses, le besoin le réveillera, et malheur à ceux qui l’ont trompé, qui l’ont rendu l’instrument de leurs forfaits; il n’avait que de faibles liens: maintenant il porte des chaînes rivées; il en sent le poids, et ne demande qu’à s’en débarrasser. La révolution était nécessaire au peuple qui se croyait opprimé, comme une maladie l’est à l’homme sain, pour connaître le prix
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de la santé; mais il faudra bien du temps pour opérer la convalescence de l’état, après l’épuisement où il se trouve. Deux banqueroutes successives achèvent de l’exténuer. Et dans quel temps arrivent ces banqueroutes? Quand par un emprunt forcé, on a volé la moitié des revenues; quand les représentants du peuple ont envahi toutes les fortunes monétaires, dépouillé les édifices publics, les temples, les maisons; quand, gorgés d’argent et de papiers, auxquels ils donnent une valeur arbitraire, ils jouent à la hausse et à la baisse, en tenant le balancier; s’approprient avec une impudence sans exemple, les débris de la France; ruinent quinze mille familles, et jouissent avec un monstrueux égoïsme, des fruits de leur brigandage. Le peuple de Paris était fait pour être le plus aimable de l’univers; mais hérissé de frivolité et de délire, pour tout ce qui est neuf, il s’est livré, au nom de la vertu, à tous les excès et à tous les crimes (1).
(1) Je n’appelle point peuple de Paris, ces scélérats avides de sang qui ont commis les crimes de la révolution: je sais que c’étaient des étrangers; mais on ne peut pardon-
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La bonne compagnie a cessé d’être celle où se rassemblent les gens honnêtes et vertueux, mais bien les sociétés où l’on excelle à pallier le vice. On n’appelle plus esprit fort celui qui, par sa philosophie, est au-dessus des secousses de la fortune, mais l’homme impie qui brave l’être suprême, et se conduit s’il n’y en avait point. Le blasphème est dans la bouche des prêtres qui, après avoir exercé les fonctions sacerdotales, ont abjuré leur Dieu. Les excès les plus honteux se nomment maintenant galanterie. La vigilante charité n´a plus l´art d´intéresser la vanité même. Ces touchantes associations, qui allaient au devant du malheur, n’existent plus. Ceux qui ne peuvent s’accoutumer à l’industrie du jour, qui n’ont ni assez de force, ni assez de santé pour se prêter à des travaux mécaniques, après avoir été ruinés par des remboursements illicites, mais autorisés,
ner aux Parisiens, de ne point avoir déployé leurs forces pour les chasser, et d’avoir été apathiques quand il fallait montrer de l’énergie.
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offrent partout les horreurs du besoin et de la mort. Que l’on emploie tant qu’on voudra les mots les plus empathiques, les belles phrases, les ressources de l’art oratoire: jamais on ne pourra effacer ce que l’on éprouve. L’égoïsme est porté à son comble; on ne voit à Paris que des tables de traiteurs, où se rassemblent des Epicuriens qui, au milieu des sanglots, des larmes et du désespoir, étudient tranquillement l’art de manger. Des hommes, en tabliers de cuir, viennent y dévorer la substance de leurs familles ….. Que fais-tu, malheureux? – Je fais un bon repas. – Tes enfants n’ont pas de pain. – Que m’importe; demain je divorce, et j’abandonne cette engeance qui me fatigue …. Ah! Dieu! Le vice semble lier chaque branche de l’arbre social, et s’identifier avec lui. Je vais au spectacle: les loges sont garnie d’ouvriers, d’ouvrières, qui au lieu de travailler, cherchent la dissipation et le plaisir; le fait est, que personne n’est à sa place. Je parcours la ville: je ne vois que des maisons démeublées, des rues où l’herbe croit, des débris de monuments magnifiques, à côté d’une statue de plâtre rongée par l’air cor-
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rosif qui l’environne. Partout j’entends le cri du désespoir et de la faim. L’estimable auteur du journal intitulé: l’Accusateur Public, dit avoir vu, dans l’intervalle de dix minutes à la longueur d’une rue, sept malheureux tomber d’inanition; un enfant à la mamelle, mourir sur le sein de sa mère, dont le lait avait tari; une femme se battre avec un chien, près d’un égout, pour lui enlever un os: cette femme était religieuse, sans parents, sans amis, rebutée partout, à qui le gouvernement ne payait pas une pension insuffisante. Tout créancier est ruiné par son débiteur, qui le paye avec presque rien (1). Un père de famille s’est retiré avec 3000 liv. de rente; il vivait sans faste; il pouvait nourrir et entretenir ses enfants; il a besoin d’un sac de blé, pesant 240 livres, qui valait 24 francs:
(1) Je connais une veuve estimable et riche, qui avait laissé tout ses fonds dans une maison de commerce: ses associés, qui se sont trouvé des coquins, après avoir acheté de gros fonds, l’ont remboursé avec des assignats. Il est à ma connaissance que madame L.P.D.B. a été remboursée de cent mille livres prêtées en écus, avec moins de vingt louis d’or.
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son fermier le lui apporte, et dit: rendez-moi 600 liv., et ma redevance est payée. Voici une plaisanterie pleine de sel, que je place ici, parce qu’elle est historique, et qu’elle peint bien parfaitement l’état des choses.
Au rédacteur du Courrier Républicain.
<< Je suis marchand; j’ai un associé qui me ruine, en criant toujours contre moi: il n’a mis aucun fond dans ma maison, et prélève chaque année, outre la totalité du bénéfice, une partie de mon capital. Il s’est associé avec moi malgré moi; il est aussi associé avec vous malgré vous; il s’associe avec tout le monde malgré tout le monde. Quand on invoque les lois contre lui, il fait de suite fabriquer des lois qui le favorisent: car, il est aussi associé avec ceux qui font des lois >>. << Vous allez me demander le nom de cet universel associé: son nom est Gouvernement >>. << Il faut que je vous raconte la manière dont il s’est conduit dans notre société. J’avais acheté des marchandises fort chères. Il s’est mis dans la tête que nous devions les vendre bon marché, et avec ses amis fabricants de lois, il a établi un maximum, en vertu duquel il s´est emparé du fond total de notre magasin, et m’a donné en échange des billets souscrits par lui, qu´il m´a dit équivaloir aux marchandises qu´il m´enlevait >>. << Avec ses billets, j´ai acheté tout juste la moitié des marchandises qu´il m´avait prises >>. << Quoiqu´il n´eût mis aucun fond dans ma maison, j´ai
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cru que ce qu’il appelait maximum, était une dissolution de société, à la suite de laquelle nous partagerions, par égale portion, les marchandises communes: et je me regardais comme trop heureux, d’être débarrassé à ce prix d’un associé si peu raisonnable: point du tout >>. << Le mois de Fructidor dernier (Septembre 1795), il m’a demandé une patente. Je regardai cela comme un reliquat de compte: la somme n’était pas forte; je pouvais la payer avec les mauvais billets de mon ci-devant associé: je payai, bien persuadé que j’étais débarrassé de lui: point du tout >>. << Quatre mois après, il me demande un compte général de nos bénéfices (le coquin oubliait qu’il avait réduit mon avoir à moitié): ce compte général, il l’appelle Emprunt forcé. Je ne savais pas ce que cela voulait dire: personne ne l’a su et ne le saura jamais; mais mon associé me menaçait de faire vendre mes meubles: ses associés, fabricants de lois, lui en avaient donné le droit, qu’ils n’avaient pas eux-mêmes. Ne pouvant mieux faire, je payai. Il avait déjà pris la moitié de mes marchandises: à présent il en a les deux tiers; un tiers me reste, c’est bien peu: mais enfin, suis-je quitte d’un si cruel associé? point du tout >>. << Trois mois après, le voilà qui souscrit des billets nouveaux; et en leur donnant le nom de mandats, il prétend que tous ses associés sont obligés de les recevoir pour numéraire. Alors j’appris que j’avais toujours des relations de société avec lui; car ses commis vinrent chez moi le sabre à la main, enlevèrent encore la moitié de mon tiers, et me laissèrent des billets, que je gardai, car personne n’en voulut >>. << Un cri général s’éleva contre cette nouvelle manière
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de s’ouvrir un crédit: et il fut décidé que les billets de Gouvernement n’étaient pas du numéraire >>. << Pour le coup, me dis-je, il ne pourra plus rien me demander: point du tout. Aujourd’hui, il me demande encore un reliquat de compte qu’il appelle patente, et il ne veut pas que je le paye avec ses propres billets: il prétend que ce que j’ai reçu pour cent francs, à coup de sabre, ne vaut que cent sous >>. << Mes commis sont moins nombreux que les siens, et d’ailleurs ils ont été désarmés le 14 vendémiaire, à la suite d’une querelle élevée aussi pour une rupture de société. Que faire? je payerai: sans doute ce sera la dernière fois: point du tout, me répondez-vous, moins que vous n’ayez plus de quoi payer. << Quelqu’un m’a dit que Gouvernement, mon associé, avait aussi beaucoup d’associés, qui agissaient avec lui comme il a toujours agi avec moi: c’est un malheur de plus, puisqu’il faut qu’il prenne non seulement pour ses éternels besoins, mais encore pour les besoins éternels de ceux qui le volent. << Pour me consoler, on m’a représenté que si Gouvernement gérait mal ses affaires intérieures, il s’ouvrait un grand crédit chez l’étranger, et qu’il établissait des sociétés partout. Qu’y gagnerai-je? Plus les sociétés se multiplieront, plus Gouvernement prendra, plus ses associés fripons le voleront, et notre misère sera aussi grande que notre réputation >>.
Signé BONNEFOI, rue Dénis (ci-devant Saint).
Rien n’est mieux peint que ce petit tableau.
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La vérité est, qu’il n’existe plus de conventions sociales; que la loi Attrape qui peut est en pleine vigueur, et que le gouvernement lui-même, après avoir épuisé ses ressources, se trouve réduit à faire le métier de corsaire. C’est encore un fait, qu’il s’est élevé des fortunes énormes, de rapines, et que parmi les conventionnels, à la vérification des choses, il se trouvera bien des coquins; mais ces fortunes tiendront-elles? Au moins elles feront ressource, à la renaissance de l’ordre. Tremblez, tyrans! le drame de la révolution aura son dénoûment: et je vous attends à la chute de la toile. Nous avons des victoires; hélas! on endort la nation au son des prospérités. Souvent la situation des vainqueurs est pire que celle de vaincus. J’ai pillé l’Italie, écrivait Annibal: envoyez-moi de l’argent! J’ai vaincu les Romains: envoyez-moi des troupes. Que l’on fasse des médailles, pour éterniser nos exploits: on sera forcé de graver, sur les revers, la faim, la misère et le désespoir. Il est calculé qu’il faut un million d’âmes pour fournir 20,000 soldats; la France, à la rigueur, n’en pouvait donc avoir que 500 2. 25
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mille; et maintenant vu la dépopulation, elle n’en peut armer que 300 mille; aussi la France est-elle dans un marasme affreux; les bras manquent à l’agriculture, aux ateliers, aux usines, aux fabriques; et chaque victoire augmente son excessive maigreur. J’ai vu les chemins jonchés de jeunes gens, liés deux à deux, conduits par des gendarmes, pour aller à la boucherie; car il n’y a plus de tactique: les généraux Français ne connaissent d’autre moyen, que de sacrifier beaucoup d’hommes, pour produire de petits effets. Faut-il prendre un fort gardé par 500 hommes? on en fait tuer dix mille; le fort est pris, la garnison se retire: et voilà ce que l’on appelle une victoire. Nous avons des alliés, des puissances neutres: à quel prix? D’abord, elles nous méprisent, et les flagorneries ne sont que des moyens pour nous miner. L’un reçoit les diamants du garde-meuble; l’autre, l’argenterie de Louis; l’autre, les brillants d’Antoinette; l’autre, les meubles précieux de la couronne; ces puissances veulent bien nous envoyer en échange quelques grains de blé, quelques mauvaises étoffes, invendables
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chez elles: et bronchant sur le tout, de superbes promesses; mais un épuisement total en est la suite.
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