
"Recevez l'assurance de mon fidèle et sincère attachement pour vous. Le maréchal de Noailles(1)."
Peu après cette époque, le ministre m'ordonna d'aller le voir; nous passâmes plus d'une heure en tête à tête; il prit des mesures contre les corps constitués mal disposés, et me donna l'ordre de faire réparer les casernes pour recevoir un régiment de l'armée révolutionnaire, qui ne parlait que de tuer comme les bouchers. Ces casernes me donnant des relations avec les officiers (qui la plupart étaient des gens menacés) m'ont mis dans le cas de sauver bien des familles; je ne l'ai jamais dit, mais, j'ai joui de la satisfaction intérieure de faire le bien. Le pillage et le massacre étaient arrêtés, et j'ose croire que mon influence sur les officiers a paré ce coup terrible.
Le maréchal de Noailles en a eu connaissance, voici la lettre qu'il m'écrivit: "Votre humanité, monsieur, a porté des consolations dans mon cœur flétri. Je ne le croyais pas accessible à une autre émotion que celle de la douleur. Il existe donc encore des âmes pures et des esprits délicats. Il m'est doux dans mes derniers moments, monsieur, de pouvoir vous distinguer et de vous exprimer les sentiments de reconnaissance, d'estime, et d'attachement que vous méritez si bien. Le maréchal de Noailles."
Il faudrait plusieurs mains de papier pour décrire les moments heureux dont j'ai joui, en me rendant utile (toujours avec justice) à des personnes dignes de ma plus profonde vénération; si jamais le caractère d'un homme honnête fut mis à l'épreuve, c'est le mien, et j'avoue que mon cœur saigne quand je fais la revue de mes ennemis. Il en est quelques- une que je plains, mais je méprise le plus grand nombre.
(1) Il fut ce fameux duc d'Ayou si renommé à la cour pour les beaux mots.