Il me fut très expressément défendu , non seulement de prendre des leçons d’armes, mais là encore d’entrer dans la salle , et pour me dépayser , on m’envoya à Sedan chez ma sœur , qui avait épousé un négociant de cette ville.

Mon beau-frère avait de l’esprit , mais fils unique , élevé à la brochette , il n’avait jamais été polisson . Voilà pourquoi , il était très peu indulgent sur les espiègleries. Dans ce temps-là , la franc-maçonnerie existait dans toute sa force, les maçons portaient une petite truelle d’argent ou d’or pendue à un ruban bleu. Tous les fils de francs-maçons en avaient , et cette distinction me plaisait beaucoup ; celles de mes amis étaient d’étain ou de plomb ; j’en voulus une d’argent ; comment faire ? Je limai l’argenterie , un petit orfèvre me donna un os de sèche , et en creuset je fis un moule ; une brasserie , où j’avais mes entrées libres me servit de fourneau, et je fis ma truelle d’une manière qui surprit . Malheureusement la mine où j’avais puisé mes fonds , fut découverte , et quoique le produit de mon exploitation n’allât pas à 24 sols , je fus mis au pain et à l’eau pour 8 jours , et relégué dans un galetas , près duquel les chats tenaient leurs séances nocturnes ; mais ma sœur et sa femme de chambre m’apportaient des consolations.

J’ignore par quel motif mon beau-frère donna un grand repas aux principaux officiers de la garnison ; fatigué de ma captivité qui durait depuis plusieurs jours , je m’avise de faire une pétition en vers , sur la mesure d’un des sonnets pieux de monsieur Drelincourt ; j’attache la pétition au cou d’un chat , qui, pour se délivrer de la ligature , fut la remettre . La femme de chambre porta le commissionnaire dans la salle , et bientôt je vis paraître cinq ou six officiers qui voulurent bien se charger de m’apporter ma grâce. Ils me conduisirent à table , sans toilette, ; je ne perdis pas un cou de dent , et comme j’étais bien soutenu et même

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