
saillies ) souvent il était forcé d’y pérorer. Ne passant point comme les paysans, tous avides , tous cruels, quand il est question de leur intérêt , je ne pouvais me mettre à leur merci. A coup sûr , j’aurais éprouvé une dénonciation, et peut-être compromis ma famille. Il fallait que je fasse quelque chose , mais je voulais que les fonctions de ma place, loin de porter le cachet de la terreur, me permirent d’être juste. Une régie particulière me parut remplir ce but , sans quoi, je n’aurais pas accepté. J’ignorais qu’en conciliant l’obéissance et l’équité , je passerais sous le joug d’une société d’égoï stes , qui , s’abandonnant au flux et reflux des opinions , donnait à ses préposés l’ordre de se sacrifier et les sacrifiait elle-même à la rapacité ou à la fureur du premier énergumène qui élevait la voix ; vendue , enfin non seulement au plus infâme tribunal qui ait jamais existé, mais encore à un ministre chargé de l’indignation publique,(1) J’étais persuadé qu’il y avait un esprit mi-
( 1) Il est certain que la régie est fille de la terreur ; qu’elle cédait au premier venu qui le contrariait, fut-il non subordonné , comme Couturier à Versailles, qu’elle a souffert que des conventionnels sans caractère , créassent des commissaires , des agents , des receveurs pour voler des émoluments de ses préposés, sans opposer la moindre barrière à ce désordre. Que moi , régisseur , ayant payé 8 000 francs pour des dégâts opérés par la grêle , par mon ordre de mon directeur, elle m’a fait perdre 7 000 francs sur cette somme , en ne me remboursant que dix-huit mois après, sans égard à la dépréciation des assignats , indépendamment des intérêts que j’ai payés au prêteur mon frère. Il était cependant démontré que le défaut de vice du département , sur les pièces de dépenses , était une faute du contrôleur – général , puisqu’il les avais prises pour comptant d’une part, et que de l’autre, j’étais en prison.
Si les administrateurs n’avaient pas été vendus au ministre Ramel, auraient-ils créé le droit rigoureux et le droit non rigoureux comme un échappatoire , pour me ravir mes remises sur une futaie et sur des lois calins dont on a fait charbons pour l’approvisionnement de Paris, après un an de captivité et d’angoisses, sans avoir commis d’autres crimes que de m’être sacrifié pour elle, en obéissant à ses ordres Si les administrateurs de la régie n’avaient pas été vendus , n’auraient-ils pas plaidé ma cause quand Ramel, après m’avoir promis justice, eut ‘infamie de réduire à 2 000 francs toutes les dépenses faites pour créer la liste civile absolument dénuée de matériaux , en y comprenant un déplacement de quarante lieues et un travail de trois mois jour et nuit avec des commis , etc., etc. ? Si l’on m’avait au moins payé cette somme , j’aurais sacrifié sans murmurer mes avances et la moitié de mon salaire, mais , on a placé ces 2 000 francs , dans l’arriéré ; et les régisseurs ont gardé sur cette injustice , le plus profond silence ! Méprisant également le ministre et son opération, jamais je n’ai touché en lard. Au reste, rien ne se perd… J’ai cru cette pose nécessaire pour n’avoir pas l’air d’un déclamateur irrité, qui s’abandonne à son ressentiment aux dépens de la vérité.