
Une sciatique m’avait empêché de jouir de la permission d’aller me promener sur la terrasse avec deux gardiens à mes frais. Je prie mon frère de demander la même grâce au comité ; il s’y rend, on le fait attendre longtemps ; je m’impatientais, lorsque je le vois revenir. As-tu la permission ? – Oui : et une bonne, c’était ma liberté absolue.
J’ouvre mon secrétaire qui était dans la cheminé, je prends le manuscrit dont j’ai parlé, je le mets dans une coëffe de nuit. Après avoir rendu visite à tous mes camarades ( on sent qu’en pareil cas, les commissions et les lettres ne manquent point ) je me présente à la porte. - Qu’est-ce que tu emportes-là ? – Voyez …. Pour ne pas donner la peine de balayer à celui qui me succédera, j’emporte les ordures ; c’était mon manuscrit. – Tu es bien obligeant …passe. Mon premier soin fut d’aller chez la bonne dame Lem … La surveille, elle avait reçu sur le pont, une porte-feuille rempli de papiers précieux que la confiance avait mis entre mes mains, qui m’ont suivi partout, et que je ne voulais pas exposer. Comme le sort de plusieurs familles en dépendait, j’avais pris les mesures pour qu’ils fussent remis dans le cas où j’aurais succombé ‘1) Quand je voulais faire passer un avis, je l’écrivais, puis, le plaçant entre deux morceaux de bois, je le lançais par-dessus les fossés, et madame Lem …. Le ramassait en faisant semblant de cueillir de l’herbe.
Enfin, me voilà libre, mais dénué de tout et sans argent. Toute la liste civile fond chez moi et me prie de reprendre ma place, rien de plus flatteur sans doute, mais il est des ponts, dans la vie, où il faut ‘arrêter. Après avoir conservé une forêt de 9000 arpents,
Le croira-t-on ? Ceux à qui j’ai rendu ces services, me sont devenus très indifférents ; chaque société, chaque ville, chaque pays, a un caractère qui lui est propre.