
TROISIEME PARTIE
Oequam memento rebus in arduis servare menteru
Hor.OdIII, liv a.Conservez dans le malheur la présence de votre esprit .
Quoique monsieur Necker fut le dispensateur des grâces, et que je l’eusse connu lorsqu’il était l’associé de monsieur Thélusson , la répugnance que j’ai à demander , m’empêcha de l’importuner . J’apprends enfin , qu’il a la bonté de penser à moi, et l’intention de me rapprocher de ma famille, je me rends chez lui pour le remercier, et c’est madame qui m’introduit. « Le grenier à sel de Guise est vacant, me dit-il , sa situation vous convient ; il vaut plus que ce que vous avez , je vous conseille de le prendre en attendant mieux ». après lui avoir exprimé ma reconnaissance , je le prie de permettre que je prenne le terme d’un mois pour finir absolument toutes mes affaires. –« Je vous conseille de débuter par prendre possession ; de vous faire remplacer , et de demander un congé ».
Je suivis son avis ; mon frère me remplaça , et ma femme s’occupa du cautionnement qui était de 15 000 francs en numéraire.
Il fallait que j’allasse au Havre- de- grâce , pour retirer des papiers, de nature à inquiéter , j’en fais le voyage et j’obtiens en une matinée la tranquillité que six mois et vingt lettres n’avaient pu me procurer.
Me promenant sur les bords de la mer ( spectacle , que j’ai toujours aimé) je vois de loin , du feu, beaucoup de monde, et je sens une odeur assez désagréable ; je m’approche , on fabriquait de l’huile pour les corroyeurs, et j’apprends qu’elle vient d’une jeune baleine que des pauvres pêcheurs ont