
Je passe quelques jours à écrire des circulaires et à prendre des renseignements; un matin, je vois arriver chez moi deux municipaux, l'un nommé Prévost, l'autre Quillet. Leur début fut de me proposer la destruction d'un vaste bâtiment appartenant à monsieur Guy, homme que les intendants des grands seigneurs peuvent prendre pour modèle; on connaît ses talents, sa fortune, son équité, son désintéressement, sa modestie, et ses vertus. J'examine les raisons de ces municipaux, elles me paraissent absurdes; ils disent que ce bâtiment ôte le soleil aux maisons voisines, et m'instruisent (assez gauchement) qu'il y a procès entre la commune et le propriétaire, fondé sur un abus d'autorité; ce qui était vrai, car, le bâtiment, construit pour l'avantage d’un seul individu, est au milieu d'une rue et masque beaucoup de maisons. Je répondis à ces messieurs que l'objet de ma mission était de conserver et non de détruire; que, par leur propre exposé, il existait un procès, que tout procès est incertain; qu'il me paraît convenable, d'attendre un jugement, et qu'ils ont la liberté de le provoquer; au surplus, je leur demandai s'ils parlaient en leurs noms, ou s'ils étaient les organes de la municipalité?
Ils me répondirent, qu'ils venaient de la part du peuple. En ce cas, messieurs, il y a eu une délibération publique, je vous prie de me la communiquer. Alors, le piston de la haine se mit en mouvement, et fit sortir des calomnies qui furent insérées dans les gazettes d'alors.
J'ai cherché assez long-temps le fil de ma besogne, parce que les adjudicataires de bois et autres débiteurs ne se présentaient point: il n'en était pas de même des créanciers, l'eau était trouble, tout le monde voulait y pêcher. L'idée me vint de faire des réclamations excessives; alors, on produisit des comptes, c'était la clef que je cherchais. Apportez-moi vos titres, disais-je aux créanciers; ayez tous de la confiance, je m'engage, je fais le serment de ne rien écrire que de concert avec vous. Cette marche m'a