
elle me livra à la rage, et poussa jusqu’à m’abandonner . Une anglaise très âgée , et très impotente, qui demeurait au château , m’envoya prier de venir la voir ; je volai chez elle . « Monsieur, me dit-elle , tous mes mouvements se bornent à marcher de mon lit à ce fauteuil, et de fauteuil à mon lit ; toutes mes jouissances consistent à regarder les passants. Voilà un petit arbre dont les branches bouchent ma croisée , pourriez – vous le faire élaguer ? – Je n’y vois pas d’inconvénients, Madame, et je vais m’en occuper » . J’ordonne à un ouvrier d’élaguer les branches de cet arbre, mais le trouvant trop petit pour y grimper , et sans racines , il jugea à propos, non de le couper, mais de l’abattre par la seule force de ses bras .
Dans l’instant , le portier du château dénoncer comme dilapidateur, coupant des arbres pour les vendre à mon profit. Arrivé chez moi , un membre du district qui me prie avec honnêteté de lui expliquer pourquoi j’avais abattu des arbres ? Faites-moi la grâce de me suivre , monsieur , un être dont vous respecterez le témoignage vous fera ma réponse. Je le conduis chez l’anglaise ( qui répète la prière qu’elle m’a faite ) puis , dans le fossé on me trouva l’élagueur. – Vous ai-je ordonné d’abattre cet arbre ? – Non. – Pourquoi l’avez-vous abattu ? – C’est le poids de mon corps qui l’a fait tomber , au reste , le voilà, je n’en retirerai pas trois fagots.- Vous voyez , monsieur , dis-je au député , que mes dilapidations portent sur quinze sols ; que la cause en est accidentelle , et qu’il est question d’un service rendu à une femme de 90 ans .- Je ne croyais pas le portier aussi coquin : je vais rendre compte ; soyez tranquille , monsieur, votre action est louable. Cet honnête homme était monsieur Couhert. Quelques jours après , un artisan avide , fait une pétition par laquelle il offre 200 francs qui ne valaient pas 60 francs pour débarrasser les fossés du