Le beau-frère de ce geôlier , nommé Mistrolet était boucher ; le bonheur auquel il aspirait était l’ordre d’assommer tous les prêtres. Il y en avait un assez grand nombre et je les invitai à ne pas se réunir ou tout du moins à ne pas chanter.

J’avais senti la nécessité d’apprivoiser cette bête féroce, et comme l’argent était le plus puissant des moyens, je déterminai mes camarades à lui donner chacun quinze sols par jour , ce qui faisait pour notre chambrée deux cent soixante-dix francs par mois. Notre porte ne fut plus fermée la nuit, cela évita le plus sale et le plus incommode de tous les inconvénients. Un jour , cet homme me fait signe de le suivre . Il me mène à une des croisées du réfectoire, et me dit : « - On a massacré les prisonniers dans les geôles de Versailles, et l’on parle de venir ici ; regarde, il n’y a pas huit pieds d’ici au perron ; vois-tu cette porte là-bas ? – Oui. Hé bien ! si ce que je prévois arrive , elle sera ouverte, tu peux y compter ». – Mistrolet , dis-je , en lui remettant cinquante francs , accepta cela .Je refuse sa générosité , si elle ne porte pas sur toute la chambrée, qui t’aime autant que moi. Il réfléchit et prononça, va pour toute la chambrée ! ce qui lui valut une forte gratification. Le massacre n’eut pas lieu ; sans doute un emplacement aussi vaste à fait craindre une vigoureuse résistance. Il est certain que nous aurions vendu nos vies le plus cher possible.

J’arrive au château de St-Germain , et l’on me donne pour logement une antichambre qui avait cinq ou six portes . on voulait que je me plaignisse , je ne le fis point, mon silence excita la pitié , on me plaça dans la plus mauvaise chambrée, composée de prêtres incontinents qui ne se cachaient pas plus que Diogène ) de moutons , et de gens sans éducation. Dès que Lemaire , garde meuble, sût mon arrivée , il parut avec un très bon lit ; heureusement je ne restai pas longtemps dans ce repaire ;une petite chambre

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