avait des qualités au-dessus de sa place ; il n’était point avide , et aimait à rendre service ; on pouvait se fier à lui , les moutons le dénoncèrent, on le renvoya , et son successeur, homme immoral, fut un cerbère de la plus affreuse espèce ; celui-ci ancien sacristain, avait épousé sa sœur , et vivait des vols qu’il faisait aux prisonniers. Il aurait été dangereux de se plaindre, parce que c’était sous sa cheminée que se faisait le rapports adressés à Fouquier Tinville. Douze personnes qui n’étaient pas contentes de sa conduite, furent envoyés à la guillotine.

Les moutons ( c’est ainsi que l’on nommait les traîtres ) entraient librement dans ma chambre, jetaient les yeux sur tout , comme par distraction, et me volaient quand ils le pouvaient. Que fait Crommelin ? demandaient sans cesse le club et le comité. – Il dessine le paysage qui est devant sa croisée ; il rit toujours, il mange son pain sec sans murmurer , et il ne se mêle absolument de rien.

Une députation arrive de Paris pour examiner la cour du château et y placer une guillotine ; j’étais à une fenêtre ; la voix monte et un prisonnier a l’oreille fine, je vois le portier s’approcher d’un des commissaires, et je l’entends, très distinctement dire : - Est-ce que l’on ne s’occupe point de l’homme au tableau. – La poire n’est pas mûre, mon ami, mais cela ne tardera pas » . Sans doute il avait été question de moi au comité. La bonne madame Lemaire avait la bonté d’employer tous ses moyens pour savoir ce que l’on disait ; ayant appris que j’étais le onzième pour la guillotine, elle vint me voir avec une bouteille d’eau de vie, qui était le mot de passe pour le geôlier. Ne pouvant s’entretenir avec moi qu’en sa présence, elle m’avertit du danger où j’étais avec une très grande sagacité. – « Ah ! le charmant paysage, dit-elle, en regardant la fenêtre . – Madame, vous allez le voir mieux , et je vais à la croisée . – Prenez garde à vos caisses de tableaux

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