Un administrateur me dit ; : - Retournez à votre poste, on s’occupe de vous. Son extrême sensibilité ne lui permettant pas sans doute de soutenir la vue d’un malheureux, il aime mieux l’éloigner ; le fait est, qu’il s’embarrassait fort peu que je vécusse ou mourut de faim. Il est peut-être ridicule de me mettre en parallèle avec la régie d’alors, mais les circonstances me le permettent, et c’est ici la place du fait que je vais raconter.

Je me promenais tristement dans le parterre de saint-germain, le hasard me fait entrer chez une vieille femme nommée Futinotte, portière d’une des grilles ; je la trouve mangeant du son délayé dans de l’eau, dont une volaille affamée n’aurait pas voulu. – Que faites-vous la ma bonne ? – Je dîne. – Pourquoi mangez-vous cela ? – Parce que je n’ai pas autre chose. Un mouvement de sensibilité que je ne puis rendre me serre le cœur, et je me trouve mal. Revenu à moi, je prie cette femme de me suivre. – « Je ne puis marcher.- Vous prendrez mon bras, je vous porterai s’il le faut. Je la traîne à la municipalité, où il y avait plus de cinquante personnes. Je dis ce que j’ai vu, je pérore avec autant d’agitation que d’énergie, et je requiers que l’on donne à cette femme un boisseau de farine pris dans le dépôt qui était sous la garde municipale.- Qui le payera ? – Dieu. – Qui est son caissier ? – Moi. On me fit payer 400 francs, et je reconduisis la malheureuse chez elle. ( 1) Il me restait un parti à prendre pour me garantir de la faim, celui d’aller dans ma famille. Je pars avec Martin, garde de la forêt, jeune homme de six pieds, fort, agile et courageux, dans une charrette attelée de deux chevaux, et couverte d’une vieille tapisserie. Nous arrivons à Gomez, on ne veut pas nous recevoir et il était tard ;



(1 ) Jamais l’idée m’est venue de faire une retenue sur mas gages.

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