
n’est pas un homme de génie ; copier la nature ou copier un tableau n’est pas la même chose ; ici les effets sont trouvés , je n’ai rien à imaginer ; au reste vous êtes un mauvais juge ; le tableau , auquel je fais semblant de travailler , est l’ouvrage de Latour , et celui que vous trouvez au dessus de mes forces est le mien. Le peintre barbouilleur furieux m’invectiva ; et je le mis à la porte, et il fut dire à Beaune et à Dijon, que j’étais le fléau des artistes. La renommée ne tarda pas à y publier ma petite épreuve , et les rieurs furent de mon côté. Vers cette époque MM Lagacherie et Charrette de Lacolmière , membres du parlement de Rennes, furent exilés à Autun, je les voyais très souvent ; monsieur de Lagacherie était un homme aussi instruit qu’aimable. Quand il faisait beau il venait me chercher pour aller disait-il , respirer l’air des Phocéens partis de Marseille, des Gaulois , des Romains et toujours il prenait des notes . On donna un jour un bal masqué , je m’habillai en douceur de bonne aventure et je fis des frais pour toutes les dames. Voici des vers pour monsieur de Lagacherie qui pensèrent me faire une affaire sérieuse,
Magistrat éclairé, citoyen malheureux,
De l’intérêt du peuple, innocente victime,
Par un abus ………… on vous un fait un crime
D’avoir l’âme éclaircir
Votre mort est digne d’envie
Bienfaiteur de votre patrie
On rend justice à vot vertu
Et l’on retrouve en vous l’âme de RéguliersHeureusement, j’étais masqué et le lieutenant criminel ne put en avoir de copie . Comme le même traiteur nous servait , monsieur de Lagacherie et moi, son domestique, nommé St-Martin , m’apportait souvent mon dîner , ce qui lui fit connaître que j’avais un certain maniement d’argent. Cet homme ayant fait un enfant à une femme de chambre, se maria et ne suivit point son maître à Rennes, quand l’exil fut levé.