
et n’oubliait personne, c’est à dire qu’il possédait parfaitement l’art de représenter. On dit qu’il déclamait très mal , et sans doute , il le savait ; quand un acteur jouait faux, il lui disait , vous ne rendez pas ma pensée, et il faisait sentir la nuance qu’il désirait. Enfin , je pars de Ferney, après avoir fait mes adieux , le jeune Buffon me conduisit jusqu’à la voiture , là, je le priai de remettre à monsieur de Voltaire , à l’heure de son déjeuner , une carte sur laquelle j’avais écrit les vers suivants ;
« J’ai vu Voltaire , oui, je l’ai vu de mes yeux
Vous qui pensez que ce grand homme est vieux
Venez chez lui, venez lui rendre hommage,
Vous ne devinerez son âge
Qu’à la blancheur de ses cheveux . »Voici un événement assez singulier qui m’arriva en revenant de Ferney. J’étais dans la diligence d’eau , de Lyon à Macon, et elle rassemblait une excellente compagnie . La conversation tomba sur la médecine, un monsieur se déclara contre les médecins et dévida sa pelote de plaisanteries et de sarcasmes, avec beaucoup d’esprit et de gaieté.
Tout d’un coup, mon homme pâlit, se trouve mal, tombe , paraît souffrir des angoisses affreuses , enfin vomit des excréments ( c’était une colique de viscères )
Tout le monde se sauve, et je reste et je fais ce qui peut se faire en pareil cas , dans un bateau . Nous arrivons à Macon, je prends le malade ( qui n’était ni grand ni gros) je traverse la planche et je le porte à l’auberge , le croyant mort, on me refuse l’entrée , je tire l’épée, je fais le Donquichotte, j’entre , je pose mon fardeau sur un lit et j’envoie chercher un médecin, qui rappelle mon homme à la vie et venge le médecin d’une manière noble.
Le lendemain, ce monsieur , après une multitude de remerciements aussi bien exprimés que vivement sentis, exigea que je lui donnasse mon adresse.