La troisième était un nain nommé Nini, il n’avait pas quatre pieds de haut ; la longueur de son bras, depuis l’épaule jusqu’au bout de ses doigts, n’était que de quatorze pouces, enfin la grosseur de sa tête me le fit prendre pour un Samoyéde ; mais il n’a pas existé, et peut-être, n’existera – t’il jamais, un homme aussi étonnamment adroit.

Nous entrâmes dans son atelier sans qu’il prit garde à nous ; après avoir examiné une multitude de portraits, en terre cuite, de la plus grande perfection et d’un fini précieux, monsieur de Choiseul lui dit « Nini, il faut nous montrer votre portefeuille. – C’est du temps perdu ; vous ne vous y connaissez pas. – Je vous amène un grand connaisseur. – Peut-être comme tant d’autres !… Nini nous fit voir de très mauvaises choses, qui sûrement n’étaient pas de lui ; je n’y fis aucune attention ; il nous montra une esquisse heurtée seulement, mais pleine de feu !; - Ah ! on peut regarder ça ; il y a de l’imagination et de la facilité. Alors, prenant un autre porte-feuille, il déploya ses vrais trésors. J’ai pris, pour les plus superbes gravures que l’on puisse voir, des dessins faits à la plume, en observant les dégradations, non, par des nuances différentes, mais par la finesse des traits ; cette observation lui fit plaisir. – Que cela est bon ! m’écriai-je !; - Je le crois bien, me répondit le nain ; il n’y a pas deux Ninis dans le monde ; regardez ce gobelet, et dites que vous avez vu ce qu’il y a de plus rare, sans excepter le cachet de Michel Ange. Cet homme avait taillé dans le cristal quatre loupes de même foyer, et vis à vis de chacune un paysage avec des figures presque imperceptibles, mais qui, vues à travers la loupe, paraissaient avoir une proportion de cinq ou six ligne. Callot ne dessinait pas mieux que cet homme ; figures, perspective, arbres, terrasses, attitudes d’animaux, tout était parfait. Je sais de quelle manière on ait des loupes par le frottement ; mais, je ne conçois

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