pas comment on peut les tailler, exactes, dans l’épaisseur d’un gobelet de cristal. La gravure, sur les pierres, est un art presque perdu, puisque nous sommes bien loin de la perfection des anciens ; probablement, ils avaient des moyens que cet homme a retrouvé. Ce Nini avait des ongles d’une longueur excessive ; je lui demandai si elles entraient pour quelque chose dans ses étonnements productions. – Etes-vous musicien ? –Oui. Alors, il tira d’une mauvaise armoire, un psaltérion organisé, dont il joua avec ses ongles de la manière la plus agréable ; je demandai à monsieur de Choiseul, si je pouvais lui offrir de l’argent ? – Gardez-vous-en bien, il nous prendrait ; vous d’une main, moi de l’autre, et nous mettrait tous deux à la porte.

Nous remerciâmes cet être extraordinaire, et nous allâmes dîner chez monsieur de Tinseau. La maison de ce prélat était ouverte aux étrangers, sa bibliothèque, à tout le monde, et sa bourse aux pauvres ; sa sœur également simple de mœurs, menait sa maison comme une femme de charge, exacte à remplir ses devoirs.

L’histoire de ce digne évêque mérite d’être connue, la voici ; elle prouvera cet axiome de morale qu’un bienfait n’est jamais perdu.

Monsieur de Tinscan, chanoine (je ne me rappelle plus de quel chapitre) voyageait dans une voiture avec de jeunes militaires et un Carme, plastron d’une multitude de sarcasmes et de propos indécents ; monsieur de Tinscan , leur imposa silence, mais comme les jeunes gens revenaient toujours aux épigrammes de Grécourt et autres, sur la vertu et la réputation des Carmes, monsieur de Tinscan, à la dînée, demanda le chef du bureau des voitures et lui dit, « nous sommes deux ecclésiastiques, qui ne convenons point à ces messieurs, ils nous le prouvent, sans cesse, par des outrages ; je vous prie de nous donner un cabriolet

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