
11 dévoilés, et les faits sont plus sûrs que les raisonnements . Voilà deux œufs, ils sont semblables , je les casse ; le microscope qui grossit un million de fois , ne m’y fait pas voir la moindre différence ; cependant l’un aurait produit un coq de bataille anglais, à tête impérieuse, ornés de plumes et de panaches variés , armé d’ergots de 18 lignes , de l’autre serait sortie une petite poulette blanche et timide .
Voici quelques traits de mon père qui feront connaître son caractère , et les singularités qui lui étaient propres. Calme , en apparence , il devenait violent quand sa patience était à son comble ; je le comparais à un fusil qui crève si on met trop de poudre . Un jour, je convoquai une grande assemblée de polissons , pour délibérer sur un combat qui devait avoir lieu , dans les fossés de la ville , entre deux partis de l’un desquels , j’étais le chef. Le rendez-vous fut un vaste cellier rempli de fagots , et il y en avait 20 de déliés pour choisir des armes , lorsque mon père vint nous trouver ; point de réprimandes, point d’observation sur le dégât ; il nous pria de le suivre . Ce jour était celui d’une grande assemblée chez ma mère . Nous ayant priés d’entrer avec le ton de la plus affectueuse politesse, il dit : « Messieurs et Mesdames , voilà les amis de mes fils que j’ai l’honneur de vous présenter.» Il y avait des enfants d’artisans en tabliers de cuir , d’autres étaient couverts de guenilles ; cette scène fit beaucoup rire ; ma mère rougit et prit fort mal la plaisanterie, mais la leçon était si bien vue , que , depuis cette époque , les attroupements et les batailles cessèrent .
Une autre fois , je m’étais chargé de régaler tous mes amis ; l’office était un grenier , rempli de pommes et autres fruits, fermé à clé et cadenas . On pouvait y aller sans échelle, par un trou assez étroit au-dessus de deux murs . Pour faire les honneurs du festin , je grimpe en ramoneur , et je vais