
l’ancienne anthologie. Cette justification n’était pont nécessaire ; on n’était pas fâché que j’eusse tiré sur une minaudière que l’on n’aimait point.
Quand aux chapitres des ridicules, je le traduisis en anglais et l’ayant fait imprimer avec les plus grandes précautions , je le plaçais dans le roman étranger.
Fort de cette ruse, je trouvai fort extraordinaire que de belles dames se reconnaisset dans un tableau anglais, que n’ayant vu chez elles que de perfections, il était impossible que j’eusse pu faire la moindre allusion.
Le coryphée de la grande société vint me trouver le lendemain, et me demanda si je pouvais prouver ce que j’avais traduit fidèlement . Je lui remis le livre anglais avec la traduction mot pour mot, phrase par phrase . Je lui fus si complètement justifié , que l’on me combla de politesse.
J’eus le malheur de tomber encore une fois dans la disgrâce, mais celle –ci ne fut que momentanée ; on en a beaucoup ri et quand on rit, ordinairement la colère cesse .
Des dames nobles, voulant jouer la comédie, ne le pouvaient pas, sans m’associer à la roture. La distribution des rôles , la supériorité des talents( qui n’était pas du côté noble ) donnèrent lieu à de très grandes divisions ; la morgue , l’envie, d’un côté ; l’amour-propre, la vanité peut-être de l’autre, mettaient sans cesse des obstacles à la concorde.
On eut besoin d’une enseigne d’aubergiste, et l’on me pria de la faire. Je proposai l’enseigne de l’Union, on crut que je peindrais deux mains l’une dans l’autre ; une idée moins simple se présenta . je peignis un chien, un lièvre , un chat , un rat, un oiseau, mangeant dans la même écuelle. Lorsqu’on leva la toile, les éclats de rire partirent de tous côtés ; on en chercha la cause, et il se trouva que mon enseigne était considéré comme un sarcasme ; je fus obligé de me sauver.