
trois seaux d’eau, par un jet qui sortait de rocher et tombait dans le réservoir de la pompe.
J’entre dans la machine à feu presque mourant, on me déshabille ( il fallait mettre ma chemise en lambeaux pour l’ôter, étant collée sur ma chair , amalgamées avec une sueur froide . Réchauffé, je retourne chez moi, sans chemise, bien couvert à la vérité , ce qui ne m’a pas garanti d’une toux violente que j’ai conservé dix- huit mois, et qu’un accès de fièvre a enlevé.
Il était survenu un dégel subit, et par-dessus une gelée très forte. La poste n’allait point, les barrières étaient fermées , ma seule ressource était de faire quinze lieues à pied, en couchant à Cambrai. On marche très bien, quand il fait froid, et je fis mes huit lieues très lentement, m’arrêtant , cependant à chaque cabaret que je rencontrai, pour me chauffer.
Une dame m’avait prié de lui apporter une livre de Makoubac, espèce de tabac dont elle aimait le goût. La commission me parut bien délicate pour un ancien entreposeur, mais c’était un service qui ne tirait point à conséquence et qui pouvait même s’avouer, sauf à ne pas se laisser prendre.
J’étais bien sûr de ne pas être fouillé à St – Quentin , mais je n’avais point pensé au Catelet dont le corps de garde était dans le grand chemin à deux portées de fusil du bourg. J’avais un bonnet de laine, qui me couvrait les oreilles ; une vielle redingote, et de gros gants de paysans ; certainement , je n’avais pas l’air d’un homme qui pouvait passer, à pied, librement . Je suis arrêté. – « Messieurs, vous me faites grand plaisir ; c’est une occasion de me réchauffer ; trouvez bon que j’entre dans votre corps de garde » . Je me déboutonne, j’avais un habit galonné, une veste brodée, des culottes de velours, on me fait place auprès du feu.