envoyés au château et non en prison. Vouliez- vous que je désapprouve des gens qui ont fait leur devoir ? il faut apaiser cette affaire . – Nous venons vous offrir de l’argent. – Combien ? – Cent louis. – Il y a un garde blessé. – Nous lui donnerons 120 francs. – Soyez tranquilles, messieurs et faites – moi la grâce de venir demain déjeuner avec moi, vous serez contents , ou je me trompe fort. Je pars en poste pour St- Quentin, je rends compte au directeur , je peins les suites affligeantes de cette affaire ; les cent louis l’attendrissent ; il voit comme moi, consent à l’arrangement , et comme le contrôleur était absent, sur l’avis de son secrétaire, il s’en rapporte à ma prudence : j’exigeai , cependant , qu’un de ses commis vint avec moi, pour être témoin de ce qui se passerait. Les gardes arrivent ; je tire le capitaine à part, et je le mets dans ma confidence , il avait l’esprit juste, et voyait avec peine une guerre ouverte entre un régiment ( aigri par la haine) et ses brigades, le parti que je prenais lui fit grand plaisir. « Je suis sûr, lui dis-je , que la compagnie , pour ne pas être aux prises avec le ministre de la guerre, ne désapprouvera pas ma conduite ; j’ai carte blanche, un témoin intelligent de la direction , et rien ne porte sur vous ; laissez-moi faire, et ne riez point ; la plaisanterie que je prépare , est très sérieuse. »

Je dicte le procès- verbal, l’uniforme du régiment est dénaturé ; tantôt la capture est du sel , tantôt le sel se métamorphose en tabac ; on ne sait si les cavaliers ont pris les gardes , ou si les gardes ont pris les cavaliers, c’était un salmis, bien écrit, de déraison, assaisonnée d’un peu d’esprit. J’en ai envoyé copie à la compagnie avec une ample lettre explicative, elle ne m’approuva pas ni ne me désapprouva par écrit ; mais un jour, dînant chez monsieur Couturier, avec cinq ou si fermiers – généraux, il me présenta , et dit : voilà notre verba-

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