
explication, monsieur Duverdier, major , dit : » Monsieur Crommelin sait que les morts ont toujours tort….. Je vous avais prédit monsieur le Duc, que vous ne seriez pas plus instruit en sortant de chez lui qu’en y entrant ». Les officiers savaient l’affaire du témoin, et ils me surent gré de ne point en avoir parlé ; la vérité est, que ma propre sûreté demandait ce silence. Je vivais très bien à Guise sans faire beaucoup de dépense , et pour la première fois de ma vie, j’avais placé de l’argent chez un de mes parents. La société était bonne, agréable ; je n’étais qu’à cinq lieues de ma patrie, et très voisin de la campagne où ma femme passait les étés avec mon frère et ma famille, si l’on m’avait offert , ailleurs , une place beaucoup plus considérable je l’aurais, à coup sûr refusée .
Un jour, un ami vint me demander à dîner ( sous la condition que nous serions tête à tête ) pour parler d’une chose importante qui m’intéressait . Mon cher Crommelin, me dit-il , vous êtes volé par votre commis. – Cela ne se peut pas. – Cela est , il était accablé de dettes, il n’en a plus ; il tient le meilleur de la table de Guise., et il nourrit deux maréchaux des logis qui ne lui donnent presque rien, il est ivrogne , et l’on ne boit chez lui, que des vins exquis et des liqueurs à quinze ou dix-huit francs la bouteille ; s’il y a un bon morceau au marché , c’est pour sa femme qui la paye sans le marchander. – Il a de quoi vivre, son état d’huissier – audiencier et ce que je lui donne suffisent. – Non…, au reste, dans ce moment, il bâtit au bout de son jardin, et fait couvrir sa maison en ardoises. Tout le monde a les yeux sur lui, excepté vous. – Mon prédécesseur me l’a recommandé , et m’en a dit du bien. – Il a été trompé ; cet homme est un fourbe, d’autant plus dangereux qu’il joue la bête. – Je compte avec lui deux fois par semaine ; avec la compagnie tous les mois ; je suis toujours à jour,