
un peu , plusieurs voix me crient « courage ! cela va bien ! » L’article des faits, après mon exorde, fut terrible, j’exhibai chaque pièce, on claqua des mains et le juge avait la bouche ouverte d’étonnement ; ce n’était pas le Bailly que j’aurai récusé, il le savait, mais un pauvre diable, esclave de Saulce. Tous les deux me voyaient et m’entendaient d’une chambre voisine de l’auditoire. On espérait me prendre à parti, pour des personnalités ; je fus sage, clair et méthodique. Saulce et le Bailly s’apercevant de l’indignation générale, 1° , sur la nature du procès, 2°, de ce qu’ils n’étaient pas sur le siège, envoyèrent quelqu’un qui parla à l’oreille du juge. Ils craignaient l’appel à un tribunal, où je me serais exprimé avec moins de retenue. Je gagnai mon procès selon mes conclusions, avec dépens.
Triompher d’un baillage entier, dans son propre tribunal, n’était pas une victoire ordinaire, pour un homme qui, de sa vie , n’avait eu de procès , absolument étranger à l’art d’écrire dans ce genre et encore plus , à celui de parler en public ; tout le monde le sentit, et je fus embrasser par plus de cent personnes , avant de rentrer chez moi. Mais on dressa de nouvelles batteries. On mit à mes trousses , tous les avocats de la ville, et les femmes les plus persuasives pour me relâcher de mes droits ; on fit même intervenir la mienne à qui on écrivait. J’étais irrité, je sacrifiai ma vengeance , et je retirai à peu près vingt pour cent de ma perte. Le croira-t-on ? Le chou du Bailly garda sa place, et le public indigné, fut obligé de l’employer. C’est ainsi que le baillage d’un Prince du sang adoré, était géré par ceux à qui il accordait sa confiance. L’ apôtre de la vérité aurait passé pour un imposteur s’il eut porté la moindre plainte.
Un jour , je rencontre Saulce, nez à nez, dans un spectacle, il me regarde, je le fixe et ne baisse point les yeux. – « Avez-vous quelque chose à me dire ? – Oui. – Où ? – A la porte. -- - Quand ?