
se rassemblent dans le cimetière, à côté duquel était un fossé. On m’arrête en passant , pour me prier de lire un décret qui venait d’arriver. « Bonne nouvelle ! leur dis-je ; jusqu’ici vous avez payé le sel quatorze sols, le voilà réduit à six sols . – Nous le voulons à un sol. – La chose ne dépend ni de vous , ni de moi …….Mes amis, soyez sages ; votre intérêt y est attaché . Il peut vous survenir une grêle, une disette, un incendie, le gouvernement ne viendra pas à votre secours, si vous vous faites mal noter …. – Jetons-le dans le fossé » …… Le fossé était fort large et contenait peut-être six pieds de boue liquide et fétide. Je mets mon épée sous mon bras et la tire à peu près au tiers, pour voir si elle ne tenait pas au fourreau. – Arrachons- lui son épée. – La voilà ; que le plus hardi de nous vienne la prendre. – Alors, je me retirai avec Beaufils à pas très lents ; quinze paysans me suivirent , mais quand ils marchaient trop vite, en me retournant seulement ; ils s’écartaient. Un orateur de la troupe ( c’était le fils du maire ) déclare que je suis sorcier . – Que j’ai tiré du feu du bout de son nez , que le cordon de ma sonnette l’a mordu ; que j’ai allumé un pétard au fond d’un seau d’eau, que j’ai fait courir des canards de liège dans l’eau avec un morceau de fer , que j’ai allumé une allumette sans briquet ; que je les ai menacés de la faim, et de la grêle, que cela est mon pouvoir, enfin , que j’ai mes poches pleines de mèches pour mettre le feu au village ». Sur cet exposé, on conclut qu’il faut m’assassiner quand je passerai par les lois pour m’en retourner.
Je me rends chez Beaufils. –« Je prévois , madame, qu’il y aura du tapage ; je resterai jusqu’à demain. – Non ; nous ne pouvons vous offrir un lit, d’ailleurs , vivant dans le pays nous n’avons rien à craindre. Vous partirez de bonne heure parce que les jours sont courts ;