
Le peintre Natoire se trouva dans la voiture , sans doute , il y était encore pendant le combat. L’Anglaise était au désespoir , parce qu’elle se croyait la cause de cette scène sanglante ; elle déchira un magnifique mouchoir de batiste , pour me faire des compresses ; plein de sang , et il y en avait jusque dans mes souliers.
En arrivant à Paris , je me fais conduire chez un conseiller au Parlement avec qui j’avais dîné la surveille . Mon état l’alarma , il envoya chercher un chirurgien , et ne voulut pas que je me rendisse chez ma tante sœur de ma mère .
Gardez-vous bien ,me dit-il le lendemain de parler de cette affaire ; si vous avez blessé un homme ou deux, portant la livrée de l’Ambassadeur , la chose est grave .Rendez grâce à la providence , de ce que vous avez rencontré un officier de la cour assez humain pour ordonner au cocher de vous conduire à Paris ; sans cela , vous étiez perdu ; Une excellence est puissante, le jour de son entrée , et une Excellence vénitienne a bien de la morgue.
J’ai mandé tout bonnement à mon père ce qui s’était passé , et au lieu de quinze jours , je gagnai un mois ; J’ai rencontré aux Tuileries la bonne Anglaise ; elle m’apprit qu’elle était femme d’un lieutenant-colonel , et m’invita d’aller dîner avec son mari , qui était informé de ma conduite envers elle. L’année suivante , je fis un voyage à Paris , et j’y fis assez singulièrement connaissance avec Diderot ; j’étais invité à dîner à la campagne avec ce philosophe ; on était dans un grand jardin lorsque j’arrivai. Après avoir salué tout le monde du corps et de la tête , je jette mon coup d’œil ; j’aborde Diderot , et je le salue personnellement . -Monsieur , je n’ai pas l’honneur de vous remettre . – Je le crois bien , car voilà la première fois que j’ai celui de vous voir . – Comment savez-vous que mon nom est Diderot. –Parce que , lui dis-je à l’oreille, vous n’avez pas une physionomie comme tout le monde .