
Il me sut gré d’une distinction qui chatouillait son amour propre , et m’a toujours traité avec bonté , même quand je l’ai consulté sur des ouvrages littéraires. J’avais apporté d’Angleterre les instruments de physique et d’astronomie , un domestique de la maison , nommé Lapierre ,,m’accablait de questions, toutes les fois qu’il venait faire mon lit, et j’y répondais avec bonhomie. Un jour, que je lui expliquasse l’usage d’un astrolabe , l’idée bizarre de lui dire qu’on se servait de cet instrument pour faire venir le diable. – Bah ! le diable, je n’y crois pas. – Vous avez tort . – J’ai servi un curé qui en riait . – Quoi ! devant ses paroissien ! – Oui. – C’était une bête. – Mais , monsieur , de bonne foi , pouvez-vous me faire voir le diable ? – Certainement. – Quand ? – Ce soir . – Je vous prends au mot. – Nous verrons cela. Le diable m’occupa toute la journée , j’avais du phosphore de Kunkel ; une lanterne sourde, je peignis sur le verre une tête de mort en transparent ; la cave de la maison était en T , j’y descends , je remplis un panier de bouteilles cassées ; j’attache une sonnette à un très petit fil d’archal.
Après ces premières dispositions , je loue un habit de masque extraordinaire , et j’endoctrine un jeune voisin , fils d’un vitrier , connu pour n’avoir peur de rien. Il arrive à huit heures , je le mène dans la cave ; je lui sers de valet de chambre , et je fais une répétition, inutile, car l’intelligence du faux diable suffisait. Tout était prêt, lorsque Lapierre vint me trouver . – Hé bien ! verrai-je le diable ? – Non pas aujourd’hui ; il faut des préparatifs ; vous auriez dû m’en faire ressouvenir plutôt. _ Je me doutez bien monsieur que vous reculeriez . – Moi, reculer ! suivez-moi. Je prends un livre intitulé : Chiromancie de Bellot , rempli de figures bizarres. J’entre dans la cuisine , j’y ramasse un tison allumé, et j’enfile dans la cave. Là, ouvrant mon livre , je trace un cercle avec le tison,
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