et j’ai évité ce spectacles à mes filles . Puis , joignant les mains , et regardant le ciel, elle rendit le dernier soupir.

Après dix-sept mois de mariage, ma femme me donna un fils que j’ai eu le malheur de perdre à l’âge de six ans , et ce fut l’époque où par des raisons dictées par la crainte de ma part , et la tendresse du côté de ma femme , nous adoptâmes le fils de ma sœur , le plus aimant et le plus reconnaissant de tous les neveux. Mon fils avait une belle main, et dictait trop bien pour son âge. Je dois à l’indiscrétion d’un ami , la perte de la dernière lettre de mon fils . Cet ami me trouvant un jour le yeux mouillés par la lecture de cet écrit , ne sentit pas qu’un tendre souvenir est souvent agréable dans la solitude , croyant me rendre service, il la brûla. Je m’efforçai de lui prouver que la douleur est quelquefois un plaisir, il n’avait pas ce qu’il fallait pour m’entendre .

Il y avait vingt mois que j’étais marié , lorsqu’un événement extraordinaire , détermina mes voyages en Flandres, en Hollande, en Angleterre et en Irlande . Un nommé Richard Béhan ,Irlandais , établi à St-Quentin, y faisait des grosses affaires ; d’abord il paya très bien , mais il fit des achats si considérables , qu’il s’éleva des inquiétudes .

En sortant d’une orgie nocturne , il tua un homme ,et se sauva par les murs des remparts, sans oublier sa caisse et ses livres principaux ; on prétendit qu’il voulait un prétexte pour fuir , mais j’observai que le meurtre était un cas fortuit , et qu’il lui était facile de s’absenter , sans courir le risque d’être pendu .

Le lendemain ses créanciers vinrent prier mon père de s’intéresser à eux Mon fils me dit-il , il n’y a pas à hésiter , partez , suivez cet homme, et employez toute votre intelligence pour servir ces

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